Rosa Candida

L'ouvrage:
Le narrateur a vingt-trois ans. Il a une fille qu'il a eue par accident. Sa mère est morte. Il quitte son père et son frère jumeau, emportant une certaine variété de fleurs. Il va devenir le jardinier d'un monastère.

Critique:
Malheureusement pour moi, je n'ai pas du tout sympathisé avec le personnage principal. Je pense que ceux qui apprécient ce roman aiment surtout ce personnage très particulier. Il est rêveur, a la possibilité de ne pas se soucier du lendemain, et donc de poursuivre son rêve. En soi, c'est une bonne chose. Cependant, beaucoup de choses chez lui m'ont exaspérée.
C'est très bien de tout faire pour accomplir ses rêves, mais je n'ai pas aimé l'irresponsabilité totale dont il fait preuve. Avoir un enfant par accident, c'est déjà discutable. Mais en plus, ne pas vraiment s'en occuper, fuir sa vie, se détourner de son père... tout cela m'a déplu. Je m'attendais à le voir mûrir au cours de son voyage. Je me disais que ce voyage était quelque peu initiatique, que le héros finirait par comprendre certaines choses... Pour moi, il ne grandit pas vraiment. Il apprend à vivre avec la souffrance des départs (définitifs ou non) que la vie lui inflige. Son père évolue puisqu'il finit par le comprendre. Mais lui...
Parfois, ses réactions font sourire, car il a l'air d'une espèce d'ingénu parachuté dans notre époque. Seulement, c'est plus agaçant qu'amusant. J'ai eu envie de le secouer, de lui dire de sortir de sa bulle... On dirait qu'il vit à côté du monde et non dedans. Je pense que c'est son décalage, sa rêverie, sa fragilité, son ingénuité, et même son immaturité, qui charment ceux qui tombent amoureux de ce roman. En effet, le personnage a un certain charisme. J'y ai été absolument insensible, mais je comprends qu'il puisse toucher. C'est un personnage qui invite à croire en soi. C'est très bien, mais lui a la possibilité matérielle de poursuivre son rêve. Tout le monde ne l'a pas. Je trouve un peu dommage qu'il n'ait pas eu à se battre davantage pour son rêve, ce qui l'aurait peut-être mûri. On me dira qu'il finit par avoir une grosse responsabilité, et que cela le fera mûrir... C'est vrai. Il commence à évoluer à partir du moment où il accepte cette responsabilité, mais l'évolution n'est pas flagrante. Elle débute avec cette acceptation.

Quant à l'histoire, il ne se passe pas grand-chose. En général, cela ne me dérange pas. Ici, j'ai été gênée parce que le lecteur se retrouve dans une espèce de huis clos avec le personnage, et pour moi qui ne l'appréciais pas, cela a été éprouvant. D'habitude, j'aime bien lire les petits détails d'un moment de la vie d'un personnage, et quand il ne se passe rien, mais qu'il y a une ambiance, et que les personnages sont sympathiques, cela me convient.

J'ai apprécié les parents du narrateur. Le père est touchant: il dispense une affection maladroite, mais sincère. Il veut ce qu'il y a de mieux pour ses fils, il veut garder vivante l'image de sa femme...
La mère était, elle aussi, une rêveuse. Elle s'entendait très bien avec le héros. Il me semble, pourtant, qu'elle n'avait que le côtés positifs de cette propension à la rêverie. La façon dont elle agit à la fin m'a émue. Elle prouve que l'amour est capable de nous faire accomplir l'impossible. En outre, sa délicatesse, sa préoccupation pour les siens jusqu'au bout font d'elle un être à part.
Le lecteur a d'autres aperçus d'elle, notamment à travers ses recettes et son amour des fleurs. Les recettes font sourire, car elles sont un peu loufoques, et nous montrent cette femme comme une magicienne. Quoi qu'elle fasse (soupe de cacao), quels que soient les ingrédients dont elle se serve (des pruneaux dans la soupe de poisson), et quelles que soient les doses (elle ne les a pas notées sur son cahier), ce sera toujours délicieux. C'est elle que l'on regrette d'avoir manquée, c'est sa fantaisie que l'on aurait voulu rencontrer au détour de ces pages, c'est avec elle qu'on aurait aimé cuisiner, rire, et peut-être même aimer les fleurs.

Je n'aime pas du tout les fleurs. Je me suis donc un peu ennuyée lorsque le narrateur en parlait, et détaillait certains de ses travaux. Cependant, j'ai la sensation qu'un personnage que j'aurais apprécié aurait bien mieux fait passer cela pour moi.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Guillaume Ravoire. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.
Je ne connaissais pas du tout ce comédien. Sa voix est douce, agréable, empreinte de sérénité. Sa lecture est fluide. Il ne surjoue pas, et n'est pas monotone. Malgré mon aversion pour le personnage, je pense que le lecteur a réussi à entrer dans sa peau, et à interpréter le livre comme il le fallait.

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