Close enough to touch

L'ouvrage:
Jubilee Jenkins est allergique aux gens. Si sa peau entre en contact avec une peau humaine ou avec un tissu ayant touché une peau humaine et n'ayant pas été lavé, elle a des boutons. Cela peut aller jusqu'au choc anaphylactique.
Voilà neuf ans qu'elle vit seule chez elle. Cela fait qu'elle a développé un début d'agoraphobie. Les choses se compliquent, car elle doit sortir de chez elle et trouver un travail.

Critique:
J'ai beaucoup aimé 90% du roman, et ai été très déçue par la fin.

Je suis très vite entrée dans l'histoire. On sent tout de suite que Jubilee est lucide, qu'elle fait ce qu'elle peut avec ce qu'elle a, sans tomber dans le pathos. Elle a des problèmes à régler avec son passé, notamment avec sa mère, mais aussi avec son présent. Elle est souvent drôle quant à sa situation. Par exemple, lorsqu'elle fait l'exercice de relaxation auquel elle ne croit pas vraiment, mais dont elle aimerait bien qu'il réussisse. Elle a souvent des réflexions caustiques, est attachante. On se met à sa place, imaginant ce que serait un monde où on ne pourrait avoir aucun contact physique. Au long du roman, j'ai tenté d'imaginer l'héroïne vivant toujours avec ce paramètre, et elle a éveillé ma compassion. Pourtant, sa manière d'agir est parfois agaçante. Je n'ai pas vraiment compris pourquoi elle répugnait à dire aux gens de quoi elle souffrait. Cela engendre des malentendus inutiles en général, et un assez important entre Eric et elle. Bien sûr, je ne suis pas à sa place, je ne sais ni ce que je ressentirais ni comment je réagirais. Cependant, s'obstiner ainsi ne peut créer que malentendus et relations compliquées. C'est la même chose concernant l'éventuelle porte de sortie (si j'ose le dire ainsi) que lui propose son médecin. Je comprends bien qu'elle ait peur de la déception d'un échec, mais son attitude est obtuse.
C'est d'ailleurs à cause de Jubilee que la fin est ce qu'elle est. L'auteur a sûrement voulu créer un final romantique et spectaculaire, et pour cela, il fallait que la jeune femme se montre aussi stupide avant. Je ne suis pas cynique, j'ai mon côté fleur bleue, mais ici, j'ai trouvé ce qu'a voulu faire Colleen Oakley à la fois niais et inutile. Elle complique les choses pour rien. Si, au début, on peut comprendre les raisons qui font agir Jubilee, lorsqu'elle change d'avis à propos d'un élément donné, il semble aller de soi qu'elle fera pareil pour le reste, surtout qu'elle en a envie. J'ai donc été déconcertée, surprise et déçue qu'elle n'en fasse rien. Ah oui, mais c'était pour préparer le grand final censé faire pleurer le lecteur. Moi qui suis assez sensible, cela m'a laissée de marbre. J'aurais préféré quelque chose de plus simple, qui serait arrivé avant: une conversation téléphonique maladroite, entrecoupée de répliques humoristiques, par exemple (comme un écho de celle qui a lieu à un moment du roman). Bien sûr, elle aurait pu être suivie d'un passage similaire à la dernière scène du roman, mais cela aurait été plus réaliste, et plus dans l'horizon d'attente de certains lecteurs. Colleen Oakley a voulu trop en faire. D'ailleurs, elle termine son roman en laissant entrevoir que rien n'est résolu. Pour moi, c'est une autre faille. J'en ai assez des auteurs qui abandonnent leurs personnages alors que cela mériterait davantage d'explications et de renseignements, pensant faire un superbe effet, laissant le lecteur se débrouiller avec sa frustration. Je le dis ici à tous les romanciers: ce qu'ils croient être de très bonnes trouvailles n'en sont pas. Combien de fois mon mari et moi avons-nous pesté après ces fins où on attend encore des réponses?! Parfois, une fin ouverte, en demi-teinte, est une bonne idée, parce qu'elle est à l'image du roman, et est quasiment obligatoire. Mais souvent (et c'est le cas ici), le lecteur veut des fins plus construites, plus abouties que ce que proposent les auteurs.

J'ai préféré Eric à Jubilee. Il se débat avec des soucis qui semblent ordinaires, mais qui varient d'une personne à l'autre. Il essaie vraiment de se remettre en question par rapport à son entourage. J'ai même trouvé qu'il était très patient, étant régulièrement rabroué par ses enfants, son ex-femme, Jubilee... Bien sûr, il est parfois un peu long à comprendre les émotions, les sentiments des autres, mais il essaie. Il fait sourire parce qu'il ne voit pas les livres qui ont parlé à sa fille et à Jubilee sous le même angle. D'ailleurs, j'ai beaucoup aimé leurs discussions (je les aurais souhaitées plus poussées) sur certains livres. J'en avais lu au moins deux, et j'ai trouvé sympathique de lire d'autres avis que les miens, même si ce sont ceux de personnages. À ce sujet, ils évoquent «Les pages de notre amour», de Nicholas Sparks, que j'ai beaucoup aimé quand j'avais entre quinze et dix-sept ans. Je suis plutôt d'accord avec le point de vue d'Eric. Bien sûr, j'ai pleuré en le lisant, et je l'ai lu plusieurs fois, mais j'étais adolescente. Jubilee a vint-huit ans. Il est un peu étrange qu'elle réagisse encore comme j'aurais réagi à dix-sept ans...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Simon and Schuster Audio.
Candace Thaxton lit les chapitres narrés par Jubilee, Kirby Heyborne lit ceux racontés du point de vue d'Eric, et Jonathan Todd Ross lit les articles du Times.