Auteur : O'Farrell Maggie

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vendredi, 4 avril 2014

L'étrange disparition d'Esme Lennox, de Maggie O'Farrell.

L'étrange disparition d'Esme Lennox

L'ouvrage:
Un jour, Iris Lockhart est contactée par l'hôpital psychatrique Coldstone. On lui apprend que sa grand-tante (Euphémia, dite Esme, Lennox), enfermée depuis soixante-et-un ans, doit sortir et que c'est à elle de s'en occuper. Iris n'y comprend rien. Elle n'a jamais entendu parler de cette femme.

Critique:
Voilà un livre très dur, bien écrit, et aux allures terriblement réalistes.

J'ai d'abord apprécié la structure du roman. L'auteur alterne le présent et le passé, mais elle s'y prend de deux manières quant au passé. D'abord, un narrateur omniscient décrit la vie d'Esme, puis certaines choses sont vues du point de vue de Kitty, la soeur d'Esme. Lorsque nous sommes dans la tête de Kitty, certains souvenirs se mélangent à son présent, et différents moments de son passé sont racontés en même temps. L'auteur use pour cela de phrases courtes, propres à montrer tous les sentiments de Kitty, sentiments qu'elle refuse d'admettre, mais qui transparaissent.
Pour certains autres pans de l'histoire, Maggie O'Farrell parle à demi-mots, notamment pour ce qui arrive à la fin. J'ai trouvé cela judicieux, d'abord parce que c'est percutant, mais aussi parce que toute l'histoire d'Esme repose sur des non-dits, des malentendus, des choses qu'on a forcé une jeune fille à refouler, à taire. C'était plus facile que de se remettre en question, ce qui n'est pas évident quand on est psycho-rigide, avide d'être dans la norme, et qu'on est malade nerveusement à la moindre contrariété.

On ne sait pas vraiment si Esme, adolescente, souffrait de maux quelconques, mais il est évident qu'ils étaient bénins, auraient pu être soignés par de bonnes conversations et une écoute attentive, et ont été provoqués par sa famille. J'ai eu du mal à croire qu'on pouvait enfermer des gens et les laisser pourrir dans leur «prison» pour des motifs si discutables. Je ne parle pas seulement d'Esme. En effet, à un moment, Iris consulte les archives de Coldstone, et les motifs d'enfermement qu'elle lit sont choquants.

Maggie O'Farrell décrit très bien cette famille abritant une enfant qui ne pouvait pas entrer dans un moule et qui, au final, était bien seule. Esme est un personnage très attachant, très complexe, et très fort. Je suis convaincue qu'être enfermé en hôpital psychiatrique alors qu'on est sain d'esprit est le meilleur moyen pour devenir fou. Surtout lorsqu'on a une nature comme celle d'Esme, et qu'on subit ce qu'elle a subi.
Kitty peut paraître moins manichéenne que les parents des deux filles, mais je ne lui accorde aucune circonstance atténuante. Je ne peux pas développer afin de ne pas trop en dire.

Iris est, elle aussi, victime des conventions, d'une société policée. Elle ne parvient pas à se défaire de scrupules ou d'une envie d'être comme on la souhaite. Je la comprends, mais je me dis aussi qu'elle a la possibilité d'en sortir, quitte à affronter certains orages. J'ai apprécié qu'à tant de temps d'écart et avec deux histoires totalement différentes, Iris et Esme se retrouvent confrontées au même genre de situations. C'est ce qui fait que l'histoire d'Iris est moins banale qu'il n'y paraît.
J'ai trouvé un peu dommage qu'Iris ne connaisse pas tous les détails de l'histoire d'Esme. Elle parvient à en comprendre les grandes lignes, mais j'aurais aimé qu'elle sache tout.

La fin est à l'image du roman. Elle est brutale et inéluctable.

Il y aurait énormément de choses à dire sur ce roman riche, profond, sensible, percutant, délicatement pensé et écrit.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Cette lectrice enregistre beaucoup d'ouvrages. Elle a une voix sympathique, et souvent, son jeu est bon car elle ne surjoue pas et n'est pas monotone. Pour ce roman, je pense que les parties où Kitty pense n'ont pas été faciles à interpréter, car elle passe brusquement d'un sujet à l'autre. Jacqueline Duperret parvient très bien à montrer ces changements en marquant les points de suspension sans en faire trop.

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lundi, 27 janvier 2014

En cas de forte chaleur, de Maggie O'Farrell.

En cas de forte chaleur

L'ouvrage:
Londres, 1976.
Ce matin-là, Robert Riordan sort acheter le journal, comme à son habitude. Mais il ne revient pas. Sa femme, Gretta alerte la police, puis ses enfants: Michael Francis, Monica, et Aoife. Ceux-ci décident de se rendre chez leurs parents. Ces retrouvailles quelque peu forcées vont les obliger à se pencher sur leur passé.

Critique:
Par petites touches, Maggie O'Farrell nous fait entrer dans cette famille. À première vue, la façon dont est racontée l'histoire peut paraître brouillonne, mais en fait, c'est travaillé, chaque mot est pesé, et surtout, la place de chaque phrase est soigneusement pensée. L'auteur louvoie beaucoup entre le présent et le passé. Chaque protagoniste est présenté, puis il se souvient d'un pan du passé, puis revient au présent. Le roman est comme un grand puzzle que le lecteur devra assembler. En effet, certains éléments sont donnés, puis l'intrigue continue. Ces éléments semblent anodins, puis au détour d'une anecdote, l'auteur dit quelque chose qui fournit une explication à cet élément apparemment anodin. J'aime bien cette façon de faire parce que cela permet au lecteur de se forger une opinion petit à petit. Il peut même, au départ, avoir une opinion erronée. Par exemple, au début, j'ai eu du mal à comprendre Aoife. Au fur et à mesure de l'intrigue, elle gagne en épaisseur, elle est plus facile à cerner et à apprécier. Sa marginalité la rend à la fois sympathique et exaspérante. D'autre part, ce week-end avec sa famille fait qu'elle va évoluer, se remettre en question.

J'ai eu plaisir à côtoyer cette famille terriblement humaine. Durant ce week-end, ils se révèlent, trouvent le courage d'aborder les sujets tabous. On voit bien que le frère et les soeurs, malgré la jalousie et l'animosité qu'ils ressentent, sont complices, et s'aiment profondément.

Au début, je n'appréciais pas trop Monica non plus, je la trouvais gauche, et j'avais l'impression qu'elle ne voulait pas sortir d'une vie qui lui déplaisait. Là encore, le fait d'en apprendre davantage combiné à son évolution font que j'ai appris à l'apprécier.

Pour Michael Francis, c'est un peu le contraire... Je n'ai pas fini en le détestant, loin de là, mais une chose (que je ne dirai pas pour ne pas trop en dévoiler) m'a gênée. Il est quand même globalement sympathique, et lui aussi évolue de manière positive.
Lors de ce week-end, ces trois protagonistes osent faire face à leurs peurs, à des blessures enfouies. C'est ce qui fait qu'ils sont positifs.

Il n'y a que Gretta que je n'ai pas réussi à apprécier. Elle semble évoluer de manière positive, je pense, mais c'est minime. Peut-être est-il trop tard pour que Gretta se remette vraiment en question.
Quant à Robert, il garde une part de mystère. Cependant, lui aussi semble profondément humain avec ses contradictions, ses désirs, ses actes pas toujours reluisants...

Ce livre explore très bien le thème de la famille au travers de ces personnages, de leurs réactions, de leurs sentiments, de leur psychologie dans une intrigue remarquablement agencée, d'une plume fluide, qui ne s'embarrasse pas de fioritures. On retrouve certaines constantes: sans le savoir, le père et le fils vont suivre le même chemin concernant un paramètre précis.
Il est intéressant de voir que l'éclatement et la soudure de la famille ne s'expriment pas seulement par leurs dires. Par exemple, Aoife a mis de la distance entre elle et les siens tant moralement que géographiquement. Cependant, tout comme les autres, elle est profondément attachée à ses racines.

Quant à la fin, elle m'a satisfaite. Elle reste ouverte, malgré les dernières phrases. En effet, les choses ont changé, et c'est à nous d'imaginer comment chaque personnage fera avec, surtout Robert et Gretta.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Belfond


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