Tu seras notre enfant

L'ouvrage:
Cherie King, adolescente pommée, accouche d'une petite fille. Elle l'appelle Grace-Serenity, puis s'enfuit de la clinique, abandonnant l'enfant. Peu après, elle meurt dans un accident de voiture. Les services sociaux, ignorant l'identité du père de Grace, décident de la placer en vue d'une adoption. Mais les choses se compliquent lorsque le père, Matt Harrison, se manifeste.

Critique:
Pas facile de chroniquer ce livre pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il fait partie de ceux dont il faudrait expliciter certains éléments pour pouvoir argumenter son point de vue, et que justement, il faut en dire le moins possible pour ne pas gâcher la lecture.

Charity Norman décrit des situations très complexes. Ce qui pourrait sembler un caprice de la part de Matt est, à mon avis, plus profond. D'ailleurs, cela pousse Matt à avancer, et à mûrir un peu.
l'ambiance chez les Harrison est assez perturbante. L'auteur est parvenue à me faire ressentir la même chose que Jack, spectateur involontaire, impliqué malgré lui dans cette histoire. C'est-à-dire que les Harrison ont éveillé ma compassion et mon dégoût. Ils sont égoïstes mais charismatiques. D'autre part, il n'est pas certain que l'espèce de chantage exercé sur Deborah soit si simple. D'autres raisons, plus ou moins valables, sous-tendent la plus visible. L'histoire de cette famille peut être vue sous différents angles. L'auteur en donne des exemples en la faisant raconter par Deborah, puis résumer par Lucy. Chacune a un point de vue différent sur les mêmes faits.
Il est amusant que Charity Norman fasse correspondre les histoires de deux personnages de deux familles qui ne se connaissent pas, et montre les conséquences de la lâcheté de l'un et du courage (ou de l'égoïsme) de l'autre.

Quant au nœud du problème, la romancière s'y attaque avec sensibilité et justesse. Elle oppose habilement le facteur humain à la machinerie des services sociaux, des juges, etc. Dans la «bataille» qui s'engage, le lecteur est forcé de prendre parti. En tout cas, cela a été mon cas. Sachant tous les tenants et aboutissants de l'affaire, je n'ai pu m'empêcher de penser que dans l'intérêt de tous, il valait mieux que certains s'effacent.

J'ai souvent du mal à supporter les personnages qui font de leur but unique le fait d'avoir un enfant. Je trouve que c'est s'enfermer. J'ai donc eu du mal à comprendre Laïla. Certes, j'ai compris qu'elle souffre, mais j'ai eu de la peine à admettre que sa vie s'effondre, qu'elle remette tout en question, même son mariage, alors que David et elle s'aiment profondément. À part cela, c'est un beau personnage.
Hilda est probablement le personnage le plus agaçant, surtout à cause de ses préjugés très marqués (Comment ne pas frémir quand elle soutient mordicus que la délinquance est héréditaire!) et son refus systématique de se remettre en question.

Le livre ne souffre d'aucun temps mort. l'intrigue est bien agencée et bien menée. Le narrateur est omniscient lorsque nous voyons Laïla et David. De ce fait, les points de vue des deux personnages sont tour à tour adoptés. Lorsque le lecteur est en présence des Harrison, le récit est à la première personne, du point de vue de Jack. J'ai trouvé ce choix judicieux, car malgré son implication, Jack est assez impartial pour décrire les faits avec le moins de préjugés possible. Il nous permet d'appréhender tous les Harrison de la même façon. Le point de vue constant de l'un des Harrison aurait été agaçant, car chacun aurait été trop centré sur lui-même, rejetant sans cesse les problèmes sur les autres. Bien sûr, les Harrison ne restent pas ainsi, mais leur évolution est lente, et ne se fait pas de la même manière et à la même vitesse.
La fin n'était pas facile à mettre en place. Je ne parle pas de ce qui se passe, mais de la manière dont cela se passe. Le tout devait rester crédible et ne pas tomber dans le mélo. Charity Norman s'en est très bien tirée.

Éditeur: France Loisirs.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Joëlle Munos-Loubier pour le GIAA
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

Acheter « Tu seras notre enfant » sur Amazon