La mariée de l'ombre L'ouvrage:
Seconde guerre mondiale.
Raphaël et Marie ont grandi ensemble. Leurs parents sont voisins. Ils ont vingt ans, ils s'aiment. Leur mariage est donc célébré sur la petite île bretonne où ils ont grandi et vivent. Le jour même, sitôt la cérémonie achevée, Raphaël s'en va. Il part combattre pour son pays. Il fera partie de la marine, car étant pêcheur, il connaît bien la mer.

Les années d'occupation passent. Raphaël apprend la vie d'une assez rude manière. Sur l'île, on doit supporter l'occupant, se plier à ses règles.
Trois ans après le départ de son mari, Marie annonce à ses parents qu'elle attend un enfant.

Critique:
J'ai eu du mal à entrer dans ce livre. Je l'ai même reposé après le chapitre quatre.
Puis, j'ai décidé de lui donner une autre chance. Bien m'en a pris. Il est un peu long à démarrer, et il évoque un sujet que maints ouvrages ont analysé: la seconde guerre mondiale, les jeunes hommes qui quittent brusquement leur vie pour être plongés dans l'enfer des combats, l'occupation qui engendre plusieurs types de réactions chez les "colonisés"... Même si le lecteur aguérri connaît tout cela, les sujets sont exploités avec justesse.

Lorsque ce décor est planté, l'histoire d'une femme s'ajoute à cela. Marie se démarque: son mari est loin, l'île où elle habite est occupée, et elle attend un enfant. Les habitants de l'île se montrent intolérants. Ils sont pleins de préjugés. Ils oublient la personnalité de Marie pour ne voir en elle qu'une putain qui a peut-être forniqué avec l'occupant. Cette réaction peut se comprendre: les habitants de l'île se connaissent tous, ils sont tenaillés par la faim et la haine de l'occupant. Marie est une victime idéale. Ils déchargent leur colère et leur frustration sur elle. Et puis, cela leur fait une petite distraction. Ils s'ennuient: Marie leur permet de cancaner.
Si le lecteur la juge moins sévèrement, moins arbitrairement, s'il trouve les insulaires stupides et bornés, il ne peut s'empêcher de blâmer Marie.

La fin fait de Marie une héroïne. Elle a fait sa propre guerre contre l'ennemi. Malgré le rejet de tous, (sauf du curé qui la croit pêcheresse, mais n'est pas aussi fermé que les autres), Marie protège son île. Le roman se termine brusquement: dès la dernière explication donnée. C'est d'autant plus percutant. Ca incite le lecteur à toujours essayer de se débarrasser de ses préjugés. Bien sûr, lorsqu'on n'a pas d'explications, on ne peut s'empêcher de juger par rapport à ce que nous savons, par rapport aux données que nous avons. Personnellement, j'ai commencé par blâmer Marie, puis j'ai réfléchi. J'avais imaginé des circonstances beaucoup plus rocambolesques et invraisemblables, (quelque chose qu'on aurait trouvé dans un mauvais roman, un Danielle Steel ou un Barbara Cartland, par exemple), mais ma conclusion était la vérité.

Je vous conseille ce petit livre qui remet certaines choses à leur place, et dont l'auteur, malgré la gravité des sujets traités, a su parfois ajouter des scènes amusantes et détendantes.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Karine Girard pour la Croix des Landes.

Acheter « La mariée de l'ombre » sur Amazon