Auteur : Nicholls David

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vendredi, 24 avril 2015

Nous, de David Nicholls.

Nous

L'ouvrage:
Angleterre.
Après plus de quinze ans de mariage, Connie annonce à Douglas qu'elle veut le quitter. Les choses seront d'autant plus difficiles pour lui que la famille (le couple a un fils) doit bientôt partir faire «le grand tour», c'est-à-dire sillonner l'Europe pour des vacances qui, au moment où elles furent organisées, avaient pour but de rapprocher les Pettersen.

Critique:
Avec justesse et sans trop en faire, David Nicholls analyse les rapports entre ses personnages. Il montre comment des gens différents ont pu cohabiter pendant plusieurs années, et partager des moments de bonheur. Le lecteur ne pourra s'empêcher de caricaturer un peu, et de penser que l'union entre Douglas et Connie était vouée à l'échec dès le départ à cause, justement, de leur très grande différence de caractères. On se dira rapidement que Connie a choisi la stabilité de Douglas parce qu'elle savait qu'elle en manquait, mais qu'au fond, ce n'était pas du tout ce qui lui fallait. C'est là que l'auteur introduit quelques subtilités, montre que tout n'est pas si simple, pas aussi simple que le prétend Douglas dans le chapitre «Points de vue», en tout cas. David Nicholls invite le lecteur à se méfier des raccourcis et des préjugés. Ce n'est pas parce que Connie veut quitter son mari qu'elle n'a pas été heureuse avec lui.

Au long du livre, nous découvrons ce qui fait que ces trois personnages (surtout Douglas et son fils, Albee) ont du mal à s'entendre. Par une série de retours en arrière savamment distillés, le romancier donne plusieurs exemples de la manière dont les Pettersen élevèrent leur fils. J'ai trouvé cela très intéressant. Je ne m'étais jamais demandé comment les choses se passaient quand les parents ont une conception très différente de la manière d'élever un enfant. Ensuite, je me suis fatalement demandé à quel parent je ressemblerais le plus. Je pense que beaucoup de lecteurs feront cela, et de ce fait, comprendront mieux celui des deux dont ils partagent les convictions.

L'auteur évite un écueil. À un moment, on pense que le roman va prendre un certain tournant un peu convenu. Or, certaines choses sont allées trop loin pour que cela soit crédible. Heureusement, David Nicholls s'en sort bien. Là encore, il parvient à nuancer les choses.
D'une manière générale, il ressort de ce roman qu'il ne faut pas essayer de changer la nature profonde de quelqu'un. Tant pis s'il se fait mal, s'il fait des choix malheureux: s'il est intelligent, il saura tirer une leçon de ce qui lui arrive. Bien sûr, tout comme dans la vie, on rencontre certains personnages qui ne tirent aucune leçon de leurs erreurs.

Je n'ai pas apprécié Cat, même si elle s'humanise un peu au fil du livre. Je n'aime pas ce qu'elle représente. Elle tient à être libre, à ne rendre de comptes à personne, mais n'hésite pas à jouer les parasites: voir le mémorable épisode du buffet à volonté. On me dira qu'à sa place, j'aurais probablement fait la même chose. J'espère que j'aurais su me donner les moyens de ne pas agir ainsi...
Tout au long du roman (et pas seulement à travers Cat) l'auteur oppose deux façons de penser: les rêveurs et les pragmatiques. Il ne dit pas lesquels s'en sortent le mieux, c'est à nous de voir dans quelle catégorie on veut se ranger. Chacune a ses avantages et ses inconvénients.

Comme je l'ai dit plus haut, le passé et le présent alternent au long du roman. En général, je n'aime pas cette façon de faire. Ici, c'est particulièrement approprié, car on découvre les personnages par petites touches et de plusieurs manières. Les retours en arrière font qu'on les cerne mieux, mais ils sont placés à des endroits où ils seront plus percutants que si l'histoire avait été chronologique. Le lecteur se fait une petite idée des personnages en observant leur présent, puis un retour en arrière judicieusement placé l'aide à mieux comprendre les choses et à nuancer sa pensée. Si l'auteur avait d'abord raconté le passé d'une seule traite, je pense que dès le départ, le lecteur aurait eu tendance à avoir une opinion trop tranchée sur tel ou tel protagoniste.

Ce roman est moins léger que «Pourquoi pas», le seul autre livre de cet auteur que j'ai lu. Cependant, on trouve des pointes d'humour, que ce soit certaines répliques, situations, ou personnages. Karen, la soeur de Douglas, est à la fois exaspérante et drôle.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Patrick Donnay.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Je connaissais très peu Patrick Donnay. Pour moi, il s'est parfaitement glissé dans la peau des personnages, et plus particulièrement du narrateur, Douglas. Son jeu est naturel. J'ai été ravie qu'il ne force pas sur les accents étrangers pour les noms propres, d'autant que dans ce roman, il y avait matière à en faire trop, car nous visitons plusieurs pays.
À un moment, alors que les protagonistes sont à Paris, certains mots (dont des titres de chapitres) sont prononcés en français avec un petit accent anglais. Je suppose que c'est le moyen de montrer que ces mots sont en français dans le texte original. J'ai trouvé cela judicieux. Je sais qu'en général, les éditeurs audio ne font pas lire les notes comme «en français dans le texte» aux comédiens, ce en quoi je les remercie, car je trouve que cela alourdit le texte, et que ce n'est pas nécessaire. Ici, j'ai trouvé intéressante la manière dont l'éditeur et le comédien ont trouvé comment le faire passer.

Les chapitres sont très courts. Je crois que les plus longs durent dix minutes. Audiolib a choisi de mettre plusieurs chapitres sur la même piste. Tout comme le fait de couper un chapitre en deux pistes s'il fait plus d'un quart d'heure, je n'aime pas le fait d'en mettre plusieurs sur la même piste. Pour moi, ce n'est pas «propre». Comme je l'ai déjà dit, je pense que sur un livre papier, le lecteur ne trouverait pas cela approprié.

À certains moments, le mot «clairement» dans le sens d'«évidemment» est employé. Je ne sais pas si le traducteur a pensé que ce mot était davantage approprié qu'un autre, ni ce qui est écrit dans la version originale, mais cela m'a gênée. Je trouve que ce mot est un peu trop utilisé dans ce sens-là, et que, de ce fait, il est quelque peu galvaudé. En outre, j'aurais bien aimé qu'il soit parfois remplacé par un synonyme.

À un moment, il est écrit «Catherine, dit Cat», or, c'est une erreur de syntaxe, puisqu'ici, le participe passé de «dire» a le sens de «surnommée». On dirait «Catherine surnommée Cat». Donc, il faudrait que ce soit: «Catherine dite Cat». Je souligne cette erreur, car ce n'est pas la première fois que je la rencontre.

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mercredi, 9 octobre 2013

Pourquoi pas ?, de David Nicholls.

Pourquoi pas?

L'ouvrage:
Brian Jackson commence une nouvelle vie: celle d'étudiant. Il espère bien devenir populaire. Mais entre ses blagues parfois vaseuses, son acné, et la manière dont il se ridiculise le premier soir, ses chances semblent compromises. C'est alors qu'il s'inscrit à «University challenge», un équivalent de «Questions pour un champion». Pourra-t-il, grâce à sa prestation, gagner l'estime de certains de ses camarades?

Critique:
Souvent, les auteurs qui veulent faire rire en font beaucoup trop. Ici, on pourrait s'attendre à un Brian balourd, esseulé, rejeté, et trouvant soudain la gloire grâce à ce jeu. Heureusement, il n'en est rien. On pourra même s'identifier à Brian qui ressemble à un jeune normal. Il souhaite être apprécié, fait parfois des gaffes, n'est pas très sûr de lui, et bien sûr, s'amourache de la fille qu'il ne faudrait pas. David Nicholls rend très bien l'ambiance de cette année universitaire, à la fois renouveau et initiation dans la vie de son héros. Brian passe par la phase «Comment concilier cette nouvelle vie avec l'ancienne?» Cela se traduit majoritairement par ce qui arrive entre Spencer et lui.
Il passera aussi par la phase «je pense avec mes hormones et je veux uniquement m'amuser». Cela semble être une phase commune.

Cette histoire pourrait être banale si elle n'était servie par un style vif, sans fioritures, une écriture fluide, des tournures (répliques ou pensées du narrateur) humoristiques. À ce sujet, lorsque certains auteurs veulent faire rire, ils accumulent les traits soi-disant humoristiques, et cela devient vite très lourd. Ici, ce n'est pas le cas. David Nicholls a les répliques justes. Et lorsque cela n'amuse pas, c'est voulu.
Outre Brian (avec qui on rira, mais de qui on rira également), certains personnages sont synonymes d'amusement. Le meilleur exemple est Rebecca. Même dans les moments difficiles, la jeune fille, par ses répliques (non-dénuées d'agressivité), sa façon de rebondir sur tout, son à propos, suscitera sourires et rire.

J'ai aimé les discussions passionnées entre certains personnages quant aux classes sociales. Certains catégorisent un peu, mais il faut bien qu'il y ait des catégories pour qu'il y ait des exceptions. Patrick fait partie de ceux qui rangent tout le monde dans des tiroirs. On me dira, d'ailleurs, que ce pauvre Patrick est caricatural: rien n'est sympathique en lui. Soit, mais cela existe aussi. Cela passe car Brian est entouré d'autres personnes plus complexes que Patrick.

Chaque chapitre commence par une question de culture générale ayant un rapport avec ce qui sera évoqué dans le chapitre. J'ai trouvé cela sympathique.

Quant à l'intrigue, elle est assez simple, mais on ne peut pas vraiment prévoir ce qui arrivera. Bien sûr, il y a des moments un peu gros: par exemple, je me suis doutée qu'il se passerait quelque chose pour que Brian fasse partie de l'équipe. Ensuite, au long de l'intrigue, certaines choses sont prévisibles, notamment concernant les amours de notre héros. Quant à un autre pan de sa vie, il est une chose que j'aurais dû deviner, mais qui m'a autant surprise que Brian. Je suis contente d'avoir été trop immergée dans le roman pour l'avoir devinée.
Une chose m'a un peu agacée. L'auteur a quand même cédé à la facilité: je parle de ce qui arrive à la fin du jeu. L'auteur avait évité les lourdeurs jusque-là, mais il n'a pu s'empêcher d'en créer une. J'y ai tout de suite pensé, mais je me suis dit que c'était tellement bête et énorme que l'auteur ne le ferait pas. Malheureusement si. J'ai donc été déçue, non par les conséquences de ce qui arrive, mais par le fait que cela arrive ainsi.

Je ne peux terminer cette chronique sans donner un exemple de remarque stupide dite par Brian, l'une de ces répliques qui fait qu'on ne rira pas avec lui, mais de lui.
Après qu'Alice lui a dit son prénom, il dit: «Alice, c'est ça? Comme celle du pays des merveilles?»

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Yves Fournier pour l'association Valentin Haüy.
J'apprécie ce lecteur qui parvient, par exemple, à élever un peu sa voix pour montrer qu'une femme parle, mais à ne pas en faire trop. En effet, il est assez dur pour un homme d'interpréter une femme. S'il n'en fait pas assez, c'est un peu étrange, et s'il en fait trop, c'est ridicule. En outre, il reste égal à lui-même: sa lecture est fluide, il ne «dort» pas (je dis cela des lecteurs trop monotones), et n'en fait pas trop.
D'autre part, ici, le lecteur a eu ce que j'appelle une lecture intelligente. En effet, à certains moments, le texte précise que le personnage dit ceci ou cela avec un accent américain ou cockney. Cela ne voulait pas dire qu'il fallait prendre un accent anglophone pour dire la réplique, puisque ces références étaient donnés pour des mots dits en anglais. Il aurait fallu trouver à quoi cela aurait pu correspondre en français. Or, parfois, il n'y a pas de correspondances. Ici, Jean-Yves Fournier a pris le parti, lorsque la réplique s'y prêtait, de prendre une voix un peu gouailleuse.

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