Auteur : Ng Celeste

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lundi, 25 mars 2019

La saison des feux, de Celeste Ng.

La saison des feux

L'ouvrage:
Shaker Heights, riche banlieue de Cleveland, est une communauté planifiée. Les habitants se doivent d'obéir à certaines règles, car, pensent-ils, il n'y a qu'ainsi qu'on peut être heureux et être de bons voisins. C'est ici que débarquent Mia Warren (photographe), et Pearl (sa fille adolescente). Elles vont louer une maison appartenant à Elena Richardson. Bientôt, Moody Richardson (l'un des quatre enfants de la famille) devient ami avec Pearl. C'est ainsi que celle-ci et sa mère côtoieront davantage les propriétaires de la maison qu'elles louent.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Le seul reproche que j'ai à lui adresser, c'est qu'il se termine trop vite. J'aurais aimé qu'il soit deux voire trois fois plus gros, et que l'auteur continue de raconter la vie de ses créations. J'aurais voulu que certains se revoient, qu'un autre souffre beaucoup (on imagine que ce personnage va souffrir, mais pour moi, ce n'est pas assez).

Celeste Ng aborde des thèmes qui ne sont pas nouveaux, et pourtant, elle a très vite su me prendre dans ses filets. Il était parfaitement logique que Mia et Pearl attirent Izzy et Moody, que la famille Richardson attire Pearl, etc. Il était logique qu'à se côtoyer, ces personnages aux modes de vie différents laissent chacun une empreinte sur les autres... La romancière ne s'amuse pas à montrer qu'une communauté comme Shaker Heights est forcément négative à trop vouloir être positive. Elle montre plutôt que certaines interactions, certaines confrontations de points de vue, certains échanges peuvent être bénéfiques ou non.

La structure est de celles qui me gênent souvent, mais ici, cela n'a pas été le cas. L'écrivain commence par relater un fait. Puis dès le chapitre 2, elle raconte à partir d'à peu près un an plus tôt. Pendant le récit de cette année, elle révèle le passé d'un personnage. D'habitude, je n'aime pas les retours en arrière de ce genre. Ici, j'ai trouvé cela approprié, surtout celui concernant le passé du personnage. J'ai préféré rencontrer ce protagoniste pendant l'année où les Richardson et les Warren se côtoient, puis me poser des questions à son sujet... questions auxquelles l'auteur répond à point nommé pendant son retour en arrière.

J'ai apprécié que Celeste Ng laisse le lecteur se faire quelques idées sur les personnages, puis montre leur évolution. Par exemple, j'ai très vite catalogué Lexie et Trip comme superficiels incapables de compassion. J'ai été soulagée de voir que tout n'était pas simple. Ça ne veut pas dire que j'ai fini par les apprécier, mais j'ai vu qu'ils étaient récupérables. ;-)

Je n'ai pas aimé les McCullough... Ils sont pourtant gentils, et sûrement sincères, mais il ne m'a pas du tout plu qu'ils agissent ainsi. Le lieu qu'ils choisissent à la toute fin (ceux qui ont lu le livre me comprendront) les rend encore plus pathétiques, à mon avis. J'irais même jusqu'à dire que ça fait peur...

Je n'ai pas non plus aimé Elena Richardson. Malheureusement, cette horrible femme et moi avons un point commun. Comme elle, j'aime suivre certaines règles dans mon quotidien, ça me donne l'impression que tout est à sa place. C'est étrange, car dès le départ (alors qu'elle n'a encore rien fait), j'ai eu un mouvement de recul quant à elle. Elle s'avère être le personnage du roman que j'aime le moins. Le pire, c'est qu'elle est convaincue d'agir pour le bien de tous, d'être quelqu'un de bon.

J'ai apprécié Mia, surtout parce que je l'ai comprise. Certains penseront peut-être qu'elle a mal agi envers ceux auprès de qui elle s'était engagée, mais elle a fait de son mieux. Elle a d'abord pris une décision sans en mesurer les conséquences, puis lorsqu'elle s'est aperçue qu'elle ne pourrait s'y tenir, a tenté d'agir le moins mal possible. Elle s'est retrouvée plongée dans une vie difficile à cause d'un enchaînement d'événements, et elle a toujours préservé l'essentiel. C'est également elle qui comprend, sans qu'on ait besoin de lui expliquer, le mal-être de certains membres de la famille Richardson, et qui les aide.

J'ai aussi apprécié Izzy. Elle n'est pas vraiment comprise par sa famille (sauf Moody). Elena explique pourquoi elle est ainsi avec sa fille, mais je n'ai pas été convaincue. Apparemment, c'est un genre de réflexe, ce n'est pas voulu, mais cela ne fait que montrer la stupidité d'Elena, ça ne m'a pas du tout donné envie de la plaindre.

Que les personnages m'aient été sympathiques ou pas, Celeste Ng a très bien exposé leur psychologie, leurs motivations, etc. Cela explique qu'il m'ait été difficile de les quitter.

Remarque annexe:
J'ai ri que Bryan surnomme ses parents Cliff et Claire. ;-) L'auteur explique pourquoi, cela m'a un peu replongée dans mon enfance...

Service presse de la plateforme d'écoute Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Micky Sébastian pour les éditions Lizzie.

J'appréciais déjà Micky Sébastian comme comédienne de doublage, et j'avais aimé son interprétation de «Terminus Elicius». Ici, elle ne m'a pas déçue. Elle rend très bien les divers sentiments exprimés par les personnages. Elle modifie peu sa voix, et le fait toujours avec justesse. Je trouve quand même dommage qu'elle ait prononcé les noms propres où il y avait des «r» en faisant ces «r» à l'anglophone. Pour moi, dans un texte en français, ce n'est absolument pas naturel.

Pour information, la structure du livre n'a pas été respectée. La plupart des chapitres sont coupés en deux (parfois trois) pistes.

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jeudi, 3 mars 2016

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit, de Celeste Ng.

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit

L'ouvrage:
Lydia Lee, seize ans, a disparu. Ses parents (James et Marilyn), son grand frère et sa petite soeur (Nathan et Hannah) se penchent sur les derniers événements afin de comprendre ce qui a pu arriver.

Critique:
Ce livre montre comment des membres d'une famille peuvent vivre les uns à côté des autres, se parler, être apparemment soudés, alors qu'en réalité, la communication est inexistante. James et Marilyn aiment profondément Lydia, mais on se rend très vite compte que c'est pour de mauvaises raisons. Ils ne savent pas capter les signaux qu'elle leur envoie, et veulent faire d'elle leur chose. Tout cela en se persuadant qu'ils agissent pour son bien.
Celeste Ng appelle les gens à s'écouter les uns les autres, à comprendre que ce qui est bon pour les uns ne l'est pas forcément pour les autres. Par exemple, James a souffert de sa différence, alors que Marilyn aurait aimé cultiver la sienne.
J'ai compris ces personnages, mais je n'ai pas réussi à leur trouver d'excuses. Ils saccagent leurs trois enfants, et même si ce n'est pas totalement délibéré, il y a une part de conscient dans leurs actes.

Le récit alterne les chapitres au présent et ceux contant les événements passés. Au départ, j'ai eu peur que cela engendre des lenteurs, mais en fait, cela éclaire le lecteur quant à la psychologie des personnages. Le récit est lent, mais ce n'est pas, à mon avis, du remplissage.
D'une manière générale, le récit est vraisemblable. Après tout, des gens qui se fourvoient à ce point quant à leurs proches, c'est possible. En revanche, j'ai trouvé certaines choses un peu grosses. La plus invraisemblable à mes yeux est ce qui est arrivé à Lydia. Je comprends que cela soit arrivé alors qu'elle était exaltée, qu'elle avait pris une grande décision, mais on dirait qu'elle n'est pas très intelligente lorsqu'elle fait cela.
En outre, je n'ai pas compris pourquoi Jack s'était montré si cruel envers Nath quand ils étaient jeunes... Certes, le contexte l'explique, mais Jack aurait pu se contenter de se montrer indifférent.
D'autre part, si l'évolution de James et Marilyn me satisfait, j'aurais aimé en savoir plus. Certes, l'auteur explique de petites choses à propos du futur de la famille. En quelques phrases, elle nous laisse entrevoir comment sera la vie des Lee après qu'ils ont compris leurs erreurs. Cependant,il me semble que certaines choses sont un peu rapides...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Blackstone audio

Éditeur français: Sonatine.

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