Auteur : Newton Fusco Kimberly

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lundi, 4 septembre 2017

Beholding Bee, de Kimberly Newton Fusco.

Les

L'ouvrage:
Juin 1942.
Bee, onze ans, vit sous la protection de Pauline depuis la mort de ses parents. Elle a une marque de naissance sur le visage. Certains s'en moquent. Pauline lui dit que c'est un diamant, et qu'elle l'a eu après avoir été embrassée par un ange. Pauline et Bee travaillent pour un forain, Ellis.
Un jour, l'univers de la fillette se fissure: Pauline doit partir.

Critique:
Après avoir beaucoup aimé «The wonder of Charlie Anne», j'ai sauté sur l'occasion de lire «Beholding Bee». Je trouve dommage que Kimberly Newton Fusco ne soit pas traduite en français, car ses romans pour la jeunesse pourraient, selon moi, être lus par des collégiens.

Sans être aussi charismatique que Charlie Anne, Bee retiendra l'attention du lecteur. On s'identifiera à elle. J'ai apprécié son évolution au long du roman. Pétrifiée, au début, par les attaques des gens, elle finit par s'adapter... J'avoue avoir particulièrement apprécié ce qu'elle fait à Francine. J'ai d'ailleurs pesté après Ruth-Ellen qui dit qu'il faut être gentil avec Francine qui souffre. Comme le comprend très bien Bee, les choses sont plus complexes que cela. Francine exprime son mal être en étant détestable; son mal être n'est pas une raison pour la laisser faire. En outre, avant de riposter par le seul langage que comprenne Francine, Bee a tenté de lui donner une leçon «à la régulière».
Tel un personnage de dessin animé ou de conte, Bee ne va pas sans ses animaux. J'ai apprécié cela. C'est un petit plus. Par ailleurs, ces animaux aident la fillette à évoluer, à se responsabiliser.

Le lecteur comprend vite ce qu'il y a à savoir quant à madame Swift et madame Potter. À lui de l'interpréter comme il le souhaite, mais il semblerait qu'il n'y ait rien à interpréter: il faut accepter les événements comme les raconte l'héroïne. Ces deux vieilles dames semblant sortir d'un conte de fées m'ont tour à tour amusée, attendrie, agacée... D'une manière un peu maladroite, elles contribuent à l'évolution de la narratrice. Elles agissent parfois de façon exaspérante, mais elles ne font rien au hasard. Leur excentricité (surtout celle d'Abigail) fait partie de leur charme.

La mère de Ruth-Ellen et Bobby sont mes personnages favoris. Ouverts, humbles, compréhensifs, ils sont comme de bons anges pour Bee. Je n'ai pas vraiment apprécié Pauline. Certes, elle protège Bee, mais ne cherche pas à aller contre les souhaits d'Ellis. En outre, elle n'hésite pas à faire confiance au premier venu qui présente bien, se moquant éperdument, voire méprisant quelqu'un juste parce qu'il s'occupe des cochons. Au lieu de s'attacher aux apparences, elle aurait dû faire attention à la manière dont chacun traitait Bee. Celui qui lui était indifférent n'était peut-être pas celui en qui il fallait croire aveuglément... On aurait pu penser qu'elle tirerait des leçons de son expérience, mais à la fin, il faut encore que Bee lui explique, lui raconte des choses... Notre héroïne semble plus évoluée que Pauline.

Un roman d'apprentissage, une enfant en quête de la force intérieure qu'elle ignore posséder (au début), des personnages attachants...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ariadne Meyers pour les éditions Listenning Library.
J'aime bien Ariadne Meyers dont la voix et le jeu me plaisent. Ici, je mettrai un petit bémol: j'ai trouvé qu'elle faisait des voix trop chevrotantes à madame Swift et à madame Potter. Comme je l'ai déjà dit, dans la réalité, je connais très peu de personnes âgées ayant une voix chevrotante.

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vendredi, 23 mars 2012

The wonder of Charlie Anne, de Kimberly Newton Fusco.

the wonder of Charlie Anne

Note: À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Charlie Anne vit dans un petit village du Sud des États-Unis. Elle est entourée de son père et de ses frères et soeurs. Sa mère est décédée. C'est à la suite de cette mort que Mirabel, une cousine de la famille, est venue s'installer à la ferme. Elle est là pour aider la famille. Les enfants ne l'aiment pas beaucoup: elle les fait travailler, et veut leur apprendre les bonnes manières.

L'argent vient à manquer. Le père décide de partir avec thomas, le fils aîné, car il y a besoin de main d'oeuvre pour construire des routes.
C'est à ce moment que monsieur Jolly, le voisin, accueille Rosalyn, sa future épouse.

Critique:
La qualité principale de ce livre est qu'il commence par montrer du manichéen, puis, petit à petit, le lecteur s'aperçoit que rien n'est tranché.
Par exemple, Charlie Anne commence par détester Mirabel, puis elle se rend compte qu'elle doit nuancer son jugement. Ce qui est intéressant, c'est que le lecteur commence, lui aussi, par trouver Mirabel antipathique. Le parallèle avec «Cendrillon» est amusant. Au début, la mère meurt, et une autre femme prend sa place. Puis, le père s'efface, à l'instar de celui de Cendrillon. C'est Charlie Anne qui (selon elle), accomplit le plus de tâches. Le parallèle s'arrête ici. Si Mirabel est sévère, et parfois rigide, si elle prend certaines décisions qu'on ne pourra s'empêcher de juger cruelles, si elle commence par partager les préjugés des plus bornés concernant les noirs, si elle approuve qu'Ivy s'acoquine avec une pimbêche, elle est toujours guidée par un souci de bien faire. On dirait qu'elle veut assujettir et briser Charlie Anne. Peut-être qu'au début, elle souhaite la faire ployer, mais ensuite, chacune apprend à se connaître, et Mirabel s'assouplit quelque peu. D'ailleurs, on se demande si elle ne cachait pas un coeur plus tendre que ce qu'elle montre depuis le départ. En effet, rien ne l'oblige à venir aider la famille. Le lecteur pense, au départ, qu'elle est intéressée, mais par quoi pourrait-elle l'être? Qui souhaiterait se retrouver à la tête de cinq enfants inconnus, dans une ferme où l'argent se fait rare?!

Charlie Anne n'est pas la pauvre enfant martyrisée par la marâtre. C'est une enfant au fort caractère, poussant un peu comme une herbe sauvage. Mirabel est parfois trop stricte avec elle, mais il est vrai que la jeune fille a besoin de rigueur.
La façon dont elle fait face à la douleur d'avoir perdu sa mère est un peu étrange, mais compréhensible. Elle se forge une espèce de conscience, une voix intérieure, qui finira par être une sorte de guide, voire de prémonition. On pourrait dire que notre héroïne devient schizophrène. Je trouve, au contraire, cette façon de réagir saine. Elle fait son deuil comme elle peut, tout en préservant quelque chose de sa mère, du souvenir qu'elle veut en garder. C'est une sorte d'auto-thérapie.
J'aime bien certaines façons qu'a Charlie Anne d'exprimer sa détresse ou sa colère.
D'autre part, son attachement et l'attention qu'elle porte aux animaux est attendrissant. Par certains côtés, elle est plus évoluée qu'une enfant de son âge.

Ivy agit souvent comme une peste. Elle est davantage manichéenne que les autres, mais parfois, de petits rapprochements s'opèrent entre elle et certains membres de la famille. Et cette attitude hautaine est peut-être sa façon de ne pas être effacée par la personnalité de Charlie Anne, enfant fascinante, charismatique... En effet, c'est toujours sans hésiter que les deux plus jeunes se précipitent vers Charlie Anne quand ils sont heureux ou tristes. La rare fois où Birdie est rabrouée, elle va vers Ivy qui s'en occupe tout de suite.

Birdie est une enfant solaire. Sous ses côtés enfantins, point une espèce de maturité qui semble innée pour certaines choses. Par exemple, elle comprend vite qu'elle doit faire durer sa lemon drop (je ne vais pas traduire par goutte de citron, mais j'imagine que les lemon drops sont de petits bonbons au citron), parce que la famille n'a pas les moyens pour ces futilités. Elle a un coeur généreux, car elle partage sa lemon drop avec Charlie Anne (qui la lui laisse) et Phoebe (qui la prend quelques secondes pour sceller une espèce de pacte, pour accepter la main amicale tendue). Et surtout, elle n'est pas aveuglée par les préjugés qui font que beaucoup de villageois rejettent Phoebe sans la connaître, comme le fait remarquer Charlie Anne.

À travers plusieurs exemples pertinents, Kimberly Fusco montre la bêtises du racisme et d'autres préjugés. C'est Mirabel qui profite le mieux de la leçon. Certains villageois ne veulent pas d'une enfant noire, mais ce sont ces mêmes personnes qui agissent de manière mesquine. Il est d'ailleurs un peu étonnant que Mirabel soit si encline à ce qu'Ivy fréquente Becky qui ne se montre jamais aimable, qui n'est que dédain et prétention, et ne s'en cache pas.

J'aime bien l'explication que l'auteur donne au comportement du fils aîné des Thatcher. Il est vrai que vivre dans un petit village fait qu'on n'a pas toujours un horizon très large, et découvrir la vie extérieure peut faire du bien à quelqu'un qui n'a qu'une vision étriquée. D'ailleurs, c'est la caractéristique de ce petit village, comme celle de beaucoup de petites communautés. C'est grâce à des personnes extérieures que Charlie Anne et Mirabel mettent de l'eau dans leur vin. Mais c'est aussi l'extérieur que Peter rejette. Ce qui est bon pour certains ne l'est pas forcément pour d'autres. Tout est une question de nuances, de circonstances. Au sujet de Peter, je sais que la décision de Mirabel n'est pas égoïste, du moins, pas seulement. Malgré cela, je lui en ai voulu, à l'instar des enfants.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ann Marie Lee pour les éditions Listenning Library.
Comme d'habitude, j'ai été ravie d'entendre Anne Marie Lee qui interprète sans jamais surjouer, et qui a la capacité d'imiter des voix enfantines de manière parfaitement naturelle.