Le cours du jeu est bouleversé

L'ouvrage:
Juin 2002.
Yohave, dit Churchill, se trouve en possession d'un manuscrit écrit par son ami, Yuval Frid. Il le livre au lecteur.
Yuval a raconté un épisode de sa vie. En 1998, lors du mondial de football, Yuval et ses amis (Churchill, Amirail, et Hofir), décidèrent de noter chacun trois souhaits sur un billet. L'un d'eux garderait tous les billets, et au prochain mondial, chacun lirait ses trois souhaits aux autres, et verrait combien ont été réalisés. Avant d'enfermer les billets, chaque ami confie aux autres l'un de ses souhaits: les autres seront lus au prochain mondial.

Critique:
Le premier intérêt de ce roman est la façon dont il décortique le principe du souvenir, du point de vue exprimé. Churchill explique (en préface et par de courtes notes éparses), que Yuval travestit parfois la vérité. Le narrateur lui-même explique qu'il invente lorsqu'il ne sait plus, voire qu'il ment lorsque la vérité ne lui convient pas. Cependant, il ne dit pas toujours ce qu'il cache ou enjolive à dessein. Donc, on peut supposer que parfois, il raconte les choses sans tenter de les changer, mais que ses amis les raconteraient différemment. Je suis toujours fascinée par les différents points de vue, façons d'interpréter, etc. Ici, beaucoup de choses sont suggérées. Je pense que l'auteur aurait pu davantage exploiter cette possibilité, et raconter un même événement de divers points de vue. Sa façon de faire est tout de même intéressante: Churchill et Yuval expliquent certains changements ou perceptions, mais le lecteur peut imaginer que maints autres événements furent perçus différemment. Par exemple, lorsque Yuval ressent de la condescendance chez Maria et Hofir, ceux-ci diraient sûrement qu'ils n'ont jamais voulu en faire preuve. Le lecteur peut imaginer que Yuval a ressenti cela à cause du fait qu'il se sent esseulé, et pense que sa vie est peu enviable en regard de celle de ses amis qui sont en couple et avec enfants.
Cette réflexion de Yuval m'a d'ailleurs agacée. Il veut se conformer à une espèce de rang social. En effet, on dirait que ce qui le gêne, c'est de ne pas être comme les autres.
La postface est un peu frustrante. Je m'attendais à ce que Churchill développe davantage certains aspects de l'intrigue.

L'histoire avec Yara m'a vraiment exaspérée. Je peux comprendre que le narrateur reste amoureux d'elle. Je conçois même qu'il puisse, sans fierté mal placée, revenir avec elle à la minute où elle le lui demanderait. C'est l'attitude des deux autres protagonistes que je trouve plus discutable.

Afficher Attention, je dévoile des moments de l'intrigue.Masquer Attention, je dévoile des moments de l'intrigue.

D'abord, si Churchill avait été un réel ami, il n'aurait pas séduit la petite amie de Yuval. On m'objectera que Yara est peut-être la femme de sa vie, et qu'il ne peut pas laisser passer cette occasion. Soit. Mais ensuite, tout est gros dans leur histoire. Yara accepte le mariage pensant que Churchill peut changer, alors qu'il la trompe depuis le début. Puis, elle avoue qu'elle n'est pas heureuse, mais finit par reformer un couple avec Churchill parce qu'elle est enceinte de lui. Déjà, je n'ai pas compris pourquoi à l'issue de leur première nuit après que Yara a chassé Churchill, Yara et Yuval s'accordent tacitement pour penser que leur histoire est finie, alors qu'ils savent qu'ils s'aiment. Cela ressemble à une mauvaise tragédie. Ils n'ont aucune raison de rompre, mais voilà, ils seraient trop tristes d'être heureux. Mieux vaut se lamenter sur son propre sort, c'est tellement plus glorifiant! En outre, quel sera l'avenir d'un enfant dont les parents ne s'aiment pas et ont bâti leur mariage sur un mensonge? Ne vaudrait-il pas mieux pour lui qu'il vive dans un foyer harmonieux et aimant?

Le thème de l'amitié est savamment abordé. Elle peut être bénéfique ou destructrice. Nos quatre amis, soudés, veulent toujours agir dans l'intérêt de leur amitié, et parfois, s'investir pour aider les autres les aider à mieux apprécier la vie. Cependant, elle peut être vampirique, et nuire à l'individualité de l'un ou l'autre. Churchill peut être vu comme un mauvais ami lorsqu'il se désolidarise de l'association, par exemple. Même si je ne partage pas son avis, il est normal que les quatre amis ne soient pas toujours d'accord sur tout.

Maria et Ilana gardent une part de mystère. Tour à tour attendrissantes, tolérantes, et exaspérantes, elles semblent être extrêmes. Elles ne peuvent qu'inspirer de forts sentiments.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hervé Detrey pour la Bibliothèque Sonore Romande.
hervé Detrey a une voix sympathique. Sa lecture est fluide et exempte à la fois de monotonie et de surjeu.
À un moment, Yuval discute avec son père. Celui-ci émaille sa conversation de phrases en anglais. Le lecteur ne tente pas de prendre un accent. Sa prononciation est correcte, et il n'en fait pas trop.
Il a également épelé le nom de l'auteur, et je l'en remercie. Je pense que les noms des quatre amis auraient dû également être épelés.

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