Swimming between worlds

L'ouvrage:
Winston-Salem, Caroline du Nord, 1959.
Tacker Hart a fait des études d'architecture. Il a ensuite fait partie d'un programme lui permettant d'exercer ses talents au Nigeria. Il a été renvoyé aux États-Unis après avoir été accusé d'être trop amical avec les nigérians, de trop adhérer à leur culture. Le temps de trouver un travail, il tient l'épicerie familiale. C'est par ce biais qu'il retrouve Kate Munroe (une amie d'enfance), et rencontre Gaines (un noir qui se bat pour les droits des siens).

Critique:
Au vu du résumé, j'ai eu un peu peur qu'on tombe dans une espèce de triangle amoureux. Heureusement, je n'ai pas écouté cette crainte. Il n'est absolument pas question de cela dans le roman.

J'ai beaucoup apprécié Tacker qui réfléchit. Il est sûr que son expérience nigériane lui a ouvert les yeux. C'est possible, mais il devait déjà avoir l'esprit critique. Par exemple, lorsque Kate ne voit pas trop pourquoi il faudrait se battre pour que les noirs puissent avoir accès à certains lieux publics, il lui demande d'imaginer ce que cela lui ferait si elle ne pouvait aller dans tel ou tel endroit. Au début, elle tente d'argumenter, puis entre ses réflexions et l'expérience qu'elle vit par la suite, elle se rend compte que Tacker a raison. Cette ouverture d'esprit du personnage principal s'applique à d'autres détails quotidiens. Par exemple, il encourage Kate dans la voie qu'elle souhaite suivre, et n'imagine à aucun moment qu'elle devrait uniquement se marier et avoir des enfants. Pour lui, une famille n'est pas incompatible avec une carrière. Il a des idées très évoluées par rapport à son temps, et c'est sûrement pour ça qu'il en effraie certains.

Je sais qu'à l'époque, tous ceux qui ne voulaient pas entendre parler des mêmes droits pour tous n'étaient pas à mettre dans le même panier. Kate, par exemple, n'est pas raciste, ou disons qu'elle l'est parce que la majorité des blancs le sont, et qu'elle ne réfléchit pas plus loin. La première fois qu'elle voit Gaines, la situation fait qu'elle croit qu'il a peut-être volé la bouteille de lait qu'il a dans la main. Aurait-elle pensé cela si elle avait rencontré un blanc dans la même situation?
Certains blancs étaient réellement persuadés que les noirs avaient des microbes extrêmement dangereux et contagieux, et que frayer avec eux ne pouvait que rendre n'importe quel blanc malade. Cette croyance s'est implantée parce qu'elle a été véhiculée par la bêtise, mais peu de gens cherchaient à savoir si elle reposait sur quelque chose de tangible. L'ignorance et la peur de l'inconnu donnent souvent un résultat désastreux. J'ai aimé qu'Elaine Neil Orr ait bien contextualisé son roman.

Je n'ai pas trop apprécié Gaines. Je l'ai trouvé un peu froid. Peut-être était-ce de la réserve... Je lui ai préféré sa tante (Frances), et sa petite soeur (Valentine).

Le roman ne souffre pas de temps morts. L'histoire des personnages est inextricablement mêlée à celle du pays. Même Kate, qui préférerait n'avoir affaire qu'à ses problèmes familiaux, sera éclaboussée par ce qui se joue.
Je ne m'attendais pas à ce qui arrive à la fin du chapitre 38. C'est pourtant une possibilité qui traverse tout le roman. C'est seulement que je n'y étais pas préparée.

Le titre est très bien choisi. Outre l'idée que Tacker est une espèce de passerelle qui facilite la communication entre deux mondes, il y a une référence directe à des événements du roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Penguin Random House Audio.

Comme d'habitude, j'ai apprécié le jeu subtil de Cassandra Campbell. Les protagonistes ont un accent du Sud des Étas-Unis, donc elle a dû faire cet accent. Moi qui n'aime pas du tout lorsque les lecteurs font ainsi (j'ai déjà reposé un livre enregistré par cette lectrice, malgré son talent, à cause d'accents trop marqués), ici, j'ai trouvé cela supportable.

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