Fleur de béton

L'ouvrage:
Les adolescents d'une cité parisienne ont décidé de squatter un immeuble vide afin d'y faire la fête, le samedi soir. Parmi eux, Rosa-Maria. La famille de la jeune fille est italienne. Depuis que son frère, Antonio, est mort, et que son père (Salvator), est au chômage, la famille sombre dans la tristesse et la violence.

Un samedi soir, quelqu'un appelle la police afin que le tapage cesse.

Critique:
Je ne considère pas ce livre comme mauvais, car je pense avoir compris les intentions de Wilfried N'Sondé. seulement, la sauce n'a pas pris avec moi.
L'auteur veut d'abord dépeindre une société dans toute sa misère, son impossibilité à communiquer, à se comprendre. En peu de pages, il montre bien comme la souffrance est mauvaise conseillère. Le père de Rosa-Maria souffre de sa situation: il est violent, boit... Seule, sa femme, Angelina, se souvient de comment il était avant. Lucien Marchand a souffert, et pense que c'est à cause des étrangers, alors que c'est dû aux circonstances, à la bêtise de l'homme...
J'ai apprécié cette façon crue, directe, dure, de montrer comme on peut simplifier certaines choses à coups de syllogismes.

À part Sonia, la soeur de Rosa, je n'ai pas apprécié les personnages. Ils geignent sur leur sort, mais ne tentent pas vraiment de s'en sortir.
Rosa est sûrement la pire. Elle se languit d'un rêve impossible, et après que Jason s'est révélé on ne peut plus goujat, elle est en pleine extase, ne voulant pas comprendre. Elle aurait sûrement été capable de le suivre partout, et de lui faire office de paillasson en souriant béatement.
À un moment, sa soeur lui reproche de ne rien faire pour aider la famille, et Rosa pleurniche qu'elle aurait voulu qu'on la comprît quelque peu. C'est pourtant sa soeur qui a raison. Rosa fait tout de travers: elle tient tête à son père, ce qui accroît sa violence. En outre, ses révoltes ne vont pas dans le bon sens. Ensuite, elle se vautre dans son rêve, et ne veut pas voir qu'à côté d'elle, certains tentent de faire quelque chose pour que la maisonnée survive. Ce qu'elle fait à la fin pourrait être vu comme une évolution: je vois ça comme un acte inconséquent. Elle n'est qu'un fardeau pour sa famille, et ce n'est pas son dernier acte qui va faire d'elle quelqu'un de mûr et d'indépendant. C'est Sonia qui aurait dû faire cela: elle aurait eu une chance de s'en tirer.

Quant à Jason, il n'a rien pour plaire. Brutal, trousseur de jupons, égoïste, geignard... Il est trop manichéen et n'a su qu'éveiller mon indifférence et mon mépris.
Mouloud et Margarine m'ont presque convaincue. Ce qui leur arrive montre que même à l'intérieur de la cité, il y a des clans, des incompréhensions, des rejets gratuits dus à un refus de connaître l'autre. Cependant, ces deux personnages n'ont pas su m'attendrir.

Les dialogues sont crus, vulgaires, voire grossiers. Je suppose que c'est ainsi que s'expriment les jeunes des cités. Néanmoins, il est un peu dommage qu'ils parlent tous comme ça, car cela dépeint un monde assez manichéen, et je pense qu'il ne faut pas mettre d'étiquettes. D'autre part, cette profusion de gros mots m'a gênée. Je me demande si l'auteur n'en fait pas un peu trop.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
C'est la première fois que j'entends Martine Moinat lire des dialogues comportant tant de gros mots et d'expressions familières. Cela n'a pas dû être facile à interpréter. Comme d'habitude, elle s'en sort très bien, sachant adopter le ton approprié, et, égale à elle-même, joue sans cabotiner.
D'autre part, à chaque fois qu'un personnage s'appelle Jason, les lecteurs tiennent absolument à le prononcer à l'anglaise, ce que je trouve maniéré. Martine Moinat l'a prononcé comme je le préfère, à la française.

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