Auteur : Murakami Haruki

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vendredi, 17 octobre 2014

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, d'Haruki Murakami.

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage

L'ouvrage:
À trente-six ans, Tsukuru Tazaki reste perturbé par un événement ayant eu lieu seize ans plus tôt. À cette époque, il faisait partie d'une bande. Ils étaient cinq. Un jour, brusquement, ses amis ont souhaité cesser tout contact avec lui sans lui fournir aucune explication. Poussé par Sarah (une jeune femme dont il est en train de tomber amoureux), Tsukuru décide de chercher ses anciens amis afin de comprendre la raison de cet ostracisme.

Critique:
Au premier abord, cette histoire pourrait paraître banale. C'est sans compter la finesse d'Haruki Murakami, et les éléments qui font qu'il marque un livre de son sceau.

Cet ouvrage aborde en profondeur le thème du traumatisme subi lors d'une période charnière. En effet, Tsukuru était adolescent, et ses amis l'ont traité en paria sans raisons apparentes, juste au moment où il commençait à découvrir une autre vie, loin de ceux qu'il connaissait. L'auteur expose comment, subtilement, cet événement a marqué la vie de Tsukuru. Certains diront peut-être que c'est de la psychologie de bas étage. C'est pourtant très réaliste.

Le personnage principal semble un peu difficile à cerner. Gentil, hypersensible, remettant certaines choses en question, mais s'interrogeant sur sa part d'ombre. Je serais sûrement passée à côté s'il ne l'avait pas mise en avant. J'ai été surprise qu'il pense ce genre de choses, car cela ne cadre pas avec l'image qu'on a de lui.

Sarah m'a paru changeante. Au début, je comprends toutes ses réactions. Elle est d'ailleurs l'élément déclencheur qui pousse Tsukuru à retrouver ses amis afin d'avoir une explication et sortir du marasme. Ensuite, je l'ai trouvée étrange...

L'intrigue ne souffre d'aucun temps mort. S'y glissent des éléments incongrus comme seul Murakami sait en créer. Il y a des historiettes étranges, empreintes de mystère, mais également une brève incursion du fantastique. Je parle de la scène nocturne où Tsukuru fait un rêve.

Par ailleurs, le héros retrouve assez vite l'un de ses amis, et apprend la raison de sa disgrâce. À ce moment, le lecteur pense que le roman va s'enliser. Il n'en est rien. Le personnage devra aller au bout de sa quête afin d'assembler toutes les pièces du puzzle, et peut-être, de se découvrir entièrement.

Dans l'ensemble, j'ai beaucoup aimé ce récit simple, qui expose sans fioriture, d'un style limpide et posé, la psychologie de divers personnages.

Seule la fin m'a laissée dubitative. Je ne comprends pas pourquoi l'auteur a terminé son roman juste avant un événement important dont j'aurais aimé connaître l'issue. Cela m'a donné une impression d'inachevé. Cela contribue à mon sentiment quant à Sarah. L'écrivain ne lui permet pas de se dévoiler tout à fait.

Une scène m'a plu parce qu'elle m'a fait rire alors qu'elle rendait Tsukuru anxieux. À un moment, alors qu'il nage dans une piscine municipale, il croit reconnaître les pieds d'un autre ami qu'il n'a pas vu depuis longtemps. Étant donné que lui aussi est parti sans explication, notre héros panique à l'idée de le revoir. Tout en ressentant son trouble, j'ai ri parce qu'il a cru reconnaître ses pieds.

Il y a une incohérence. lorsque Tsukuru raconte comment ses amis l'ont congédié, puis lorsqu'il se remémore cet événement avec Bleu, le récit n'est pas le même. Peut-être est-ce une allusion au fait que la mémoire déforme les choses. Pourquoi pas? Mais j'aurais préféré que l'auteur le dise clairement: les deux amis auraient pu dire avoir des souvenirs différents. Ou bien Tsukuru aurait-il menti sciemment à Sarah, révélant ainsi au lecteur un peu de sa part d'ombre? Ou tout simplement est-ce une véritable incohérence de la part de Murakami?

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Gabay.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
J'ai été ravie de retrouver Bernard Gabay dont le talent de conteur ne s'est pas démenti. Là encore, il n'a pas eu besoin de forcer sa voix ou de faire des effets d'interprétation. Son jeu à la fois sobre, grave et vivant m'a beaucoup plu.

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jeudi, 19 avril 2012

1Q84, livre 3, de Haruki Murakami.

1q84 Livre 3

Note: Si vous n'avez pas lu les deux premiers tomes, mieux vaut ne pas lire cette chronique.

L'ouvrage:
Comme prévu, Aomamé est recherchée par la secte dont elle a tué le leader. Elle se terre dans l'appartement mis à sa disposition par la vieille dame. Cependant, elle a une autre excellente raison de vouloir y rester.
Quant à Tengo, il est au chevet de son père qui est dans le coma.

Critique:
À la fin du livre 2, le lecteur est perplexe. En tout cas, ce fut mon cas. Je me disais que l'histoire ne pourrait pas se poursuivre... Et puis, j'ai eu une idée en me disant qu'elle était trop absurde, trop fantaisiste, peu crédible. C'est pourtant ce qu'a fait l'auteur. Et sous sa plume, cette hypothèse qui me paraissait inepte alors que je l'envisageais, m'a semblé recevable. C'est un peu le propre de Murakami, surtout dans ce roman: il nous fait accepter tout ce qu'il veut. D'abord, il explique tout, et rationalise l'irrationnel. Ensuite, il parvient à créer un monde dans lequel rien n'est vraiment surprenant, justement parce qu'il sait amener ses situations. Enfin, les personnages sont un peu comme le lecteur: ils s'étonnent tout en se disant qu'il ne le faut pas, que c'est ainsi, qu'ils n'ont qu'à en prendre leur parti.
C'est grâce à cette atmosphère, habilement construite par l'auteur, que le lecteur acceptera que la sonnerie du téléphone semble différente quand c'est tel personnage qui appelle, que la cigarette d'Ishikawa soit perceptible à son interlocuteur téléphonique, que la famille d'Ishikawa soit si comique tant elle est confinée dans le paraître et la petitesse.
Et c'est bien sûr cette ambiance et cette écriture propres à Murakami qui fera qu'on acceptera sans sourciller cette étrange histoire d'amour: ses incongruités, ses incohérences, sa beauté, son romantisme un peu désuet. Tout ce qui fait son charme et son intemporalité.

J'avais peur que l'auteur s'enferre dans l'histoire des little people etc. Je craignais un ressassement de ce côté. Murakami ne fait pas cela.
Son intrigue est différente. À l'instar des personnages, elle est moins mouvante. Cet immobilisme m'a plu, mais m'a également gênée. D'abord, j'ai apprécié de voir Tengo et Aomamé dans des situations auxquelles ils n'ont pas l'habitude, surtout Aomamé. Voilà l'impétueuse Aomamé obligée d'attendre, jouant sa vie sur sa patience. C'était étrange de la voir ainsi, elle qui ne semble vraiment profiter que de l'action. On retrouve sa personnalité entière, sa volonté forcenée d'atteindre son but. Mais comme elle est forcée à l'immobilisme, on a l'impression de moins la retrouver.
Quant à Tengo, il semble davantage mûr et réfléchi.

La lenteur est renforcée à cause de l'enquête d'Ishikawa. Il remonte la piste d'Aomamé, et s'il apprend des choses, ce sont des répétitions pour le lecteur. J'ai trouvé cela un peu lourd.
D'autre part, la façon dont il fait le rapprochement entre Tengo et Aomamé m'a paru un peu grosse...

Comme je le pensais, certains détails ont leur importance... pas forcément ceux auxquels je m'attendais. J'ai bien aimé ces clins d'yeux au lecteur attentif, ce louvoiement entre fiction et réalité, ce mélange des deux.

J'ai aimé les scènes où le collecteur de la NHK vient tambouriner à la porte d'Aomamé. À l'instar du livre, elle peuvent être lue à plusieurs niveaux. D'abord, le lecteur ressent la peur de l'héroïne, tapie dans l'appartement, tentant de faire en sorte que sa présence ne puisse être décelable. Mais on ne pourra s'empêcher de rire de l'insistance que met le collecteur, ainsi que de ses propos, totalement disproportionnés par rapport à la faute commise (surtout qu'apparemment, il n'y a pas faute). Cela rappelle les dictatures: à partir du moment où cet homme frappe, on ne se sent plus chez soi, on se sent violé et humilié. Bien sûr, tout cela n'est qu'une facétie de Murakami, un fil de l'air avec lequel il relie Tengo et Aomamé, leur monde et l'autre monde, le passé et le présent...

À la fin de l'ouvrage, il y a un entretien avec Hélène Morita, la traductrice. Je l'ai trouvé très intéressant. Outre les problèmes posés par le texte, la traductrice évoque certaines idées du roman.

Quant à la fin, elle m'a plu. Pour moi, il n'y avait réellement que deux possibilités, et je préfère celle qu'a choisie l'auteur. D'abord parce qu'elle me satisfait, mais aussi parce que ce n'était pas forcément ce à quoi on aurait pu s'attendre. C'est encore une manière pour l'auteur de détourner certains codes.

Ce roman envoûtant n'est pas de ceux qu'on oublie sitôt refermés. Il contient le monde dans ce qu'il a de plus divers. Il est à lire et à relire. Je pense qu'il faut l'aborder plusieurs fois, avec un vécu différent, et on en retirera toujours quelque chose.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck, Maia Baran, et Philippe Résimont.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Il n'était pas facile de trouver une voix qui s'insèrerait dans le duo parfait formé par Emmanuel Dekoninck et Maia Baran. Philippe Résimont a su relever le défi. D'une voix feutrée, il s'est glissé dans l'histoire. J'ai trouvé que sa voix était parfois trop sourde, mais en fait, cela collait bien avec Ishikawa, sa mission, et la façon dont il devait l'accomplir.
J'ai été un peu déroutée que les comédiens prononcent NHK soit «normalement» soit avec une espèce d'accent anglo-japonais. Je suppose que lorsqu'ils le prononcent ainsi, c'est écrit différemment...

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lundi, 13 février 2012

1q84, livre 2, de Haruki Murakami.

1q84, livre 2

L'ouvrage:
Aomamé est confrontée à la mission la plus périlleuse de sa carrière de l'ombre. Elle souhaite l'accomplir, mais elle sait qu'elle n'y survivra peut-être pas.

Tengo se voit faire une étrange proposition par une curieuse association. Pendant ce temps, Fukaïri brille par son absence...

Critique:
J'ai d'abord retrouvé les deux personnages avec contentement. Je m'étais attachée à eux, j'avais envie de connaître la suite de leurs aventures.
D'autre part, ce que je craignais à la fin du tome 1 n'est pas arrivé, et je pense que cela n'arrivera pas. Je préfère qu'il en soit ainsi. Murakami aurait certainement fait quelque chose de brillant de cette idée, mais cette ficelle ayant été surexploitée, il m'aurait paru indigne de cet auteur qu'il l'employât.

Au fur et à mesure de mon avancée dans ce roman, j'ai eu la sensation d'entrer dans une espèce de labyrinthe onirique. Cela n'a pas été pour me déplaire, même si, parfois, j'ai trouvé l'auteur dur à suivre. J'ai aimé cette ambiance particulière qu'il distille avec art, cette atmosphère entre rêve et réalité.

Si le tome 1 présentait un petit côté fantastique, le tome 2 est beaucoup plus orienté dans ce sens. L'auteur utilise certains codes connus (les Little People sont des topoi du genre, même s'ils ne sont pas des répliques exacte de ce qu'on connaît). Ce mélange de fantastique et de délire aurait pu m'agacer, pourtant, l'intrigue est solide, et le fantastique s'y insère très bien. Ce que font les Little People est aussi quelque chose d'assez classique, mais c'est renouvelé par la façon dont ils s'y prennent. J'adore l'idée de construire une chrysalide à partir de fils attrapés dans l'air.

De par ce fantastique, le lecteur se retrouve confronté à deux points de vue radicalement différents. Si on prend l'histoire ancrée dans la réalité, on voit d'horribles actes commis par un pervers, des enfants détruits, des personnes assujetties. Si on prend en compte l'aspect fantastique, tous nos repères se trouvent mis à mal, et les choses ne sont pas du tout ce qu'elles paraissent. J'aime beaucoup ce glissement: l'auteur propose deux façons de voir totalement opposées, et pourtant, toutes deux peuvent cohabiter. Quel tour de force!
J'ai moins aimé l'idée que deux personnages doivent obligatoirement s'unir charnellement, parce que c'est dans l'ordre des choses voulues par l'aspect fantastique de l'histoire.

J'ai la sensation que tout est imbriqué. C'est-à-dire que des éléments qui semblent n'être pas rattachés à l'intrigue principale le sont. Par exemple, ce qui se passe avec le père de Tengo: c'est d'abord quelque chose qui aide le jeune homme à évoluer, à s'ouvrir. Mais je pense que c'est lié à l'intrigue principale. Je suis également convaincue que le caoutchouc défraîchi d'Aomamé aura une grande importance par la suite. Je verrai si le tome 3 me donne raison.

J'ai lu peu de romans de Murakami, mais je me rends compte qu'on retrouve certains thèmes qui lui sont chers. Par exemple, l'écriture. Ce thème est très présent. Plusieurs de ses facettes sont pertinemment explorées. D'autre part, l'écriture est étroitement mêlée à l'intrigue principale, et contribue à l'aspect labyrinthique de l'ouvrage.
Ce qui arrive au père de Tengo à la fin du tome 2 rappelle ce qui arrive à Nakata dans «Kafka sur le rivage». C'est seulement présenté sous une autre forme, et cela signifie autre chose.

J'ai apprécié la façon dont l'histoire d'amour est mise en place. Ce n'est pas vraiment un coup de foudre, pas une simple attirance... C'est comme si les personnages se devinaient l'un l'autre, comme si Aomamé avait tissé un lien invisible en serrant la main de Tengo. C'est mystérieux, romantique, insolite...

La fin du tome 2 fait qu'on sera pressé de lire le 3. En effet, ce qui se passe au chapitre 23 laisse le lecteur désemparé. Je ne peux pas m'empêcher d'espérer que quelque chose s'est déréglé, et que le geste n'a pas été suivi des faits, mais je n'y crois pas. Je me demande donc comment l'auteur va relancer son intrigue.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck et Maïa Baran.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Outre les personnages, j'ai été ravie de retrouver les comédiens. Ils sont toujours aussi talentueux. Il me semble que Maïa Baran fait moins de manières lorsqu'il s'agit d'interpréter lavieille femme. Mais peut-être ai-je ressenti cela parce qu'on ne voit pas beaucoup ce personnage.
J'ai préféré la façon de Maïa Baran de prononcer «mother», «daughter», etc. Emmanuel Dekoninck y met un peu plus d'accent (pas énormément).

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jeudi, 12 janvier 2012

1Q84, Livre 1, d'Haruki Murakami.

1Q84, Livre 1

L'ouvrage:
Aomamé est coincée dans les embouteillages, elle sera en retard à un rendez-vous important. Le chauffeur du taxi lui indique qu'elle pourrait arriver à l'heure si elle prenait l'escalier de secours. Peu de monde le connaît. Elle sera, en quelque sorte, une privilégiée.
Peu après cette journée, Aomamé découvre certaines choses qui ne cadrent pas avec ce qu'elle sait du monde dans lequel elle vit.

Tengo écrit des romans. Il n'a encore rien publié. C'est alors qu'il se voit proposé de remanier entièrement un texte écrit initialement par une jeune fille de dix-sept ans. Ensuite, le livre concourra pour un prix attribué par la maison d'édition qui le charge du projet.

Critique:
Haruki Murakami est un auteur assez particulier. Je pense quand même qu'on ne peut rester indifférent à sa plume. J'ai trouvé ce roman particulièrement réussi. L'intrigue, si elle peut paraître tortueuse, est solide. Le lecteur ne pourra pas vraiment prévoir ce qui va arriver. S'il pressent certaines choses, l'auteur saura le surprendre.
De plus, Murakami écrit ici un roman hybride. Une touche de fantastique (qui deviendra sûrement plus importante), une pointe de suspense, un peu d'amour, quelques notes d'humour... Tout cela porté par une écriture ciselée, parfois poétique, parfois tranchante, toujours fluide et harmonieuse.
La structure ne m'a absolument pas gênée. Pourtant, outre l'alternance des chapitres (nous découvrons Aomamé dans les chapitres impairs et Tengo dans les chapitres pairs), le romancier use de retours en arrière. En général, je n'y suis pas trop favorable, mais ici, ils sont habilement placés. Le lecteur est confronté à une espèce de jeu de pistes qui n'a pas été pour me déplaire. Les révélations se font au bon moment.
À la fin, le lecteur entrevoit une chose qui, au départ, ne m'a pas vraiment plu. Je me suis dit que Murakami, qui, jusque-là, avait mené son roman d'une main de maître, tombait dans la facilité. Cependant, cette découverte peut être intéressante. D'abord, elle explique beaucoup de choses, et les esprits rationnels s'y retrouveront. Ensuite, il faut voir comment l'auteur tournera cette idée par la suite. Parfois, des choses déplaisantes se retrouvent intéressantes parce qu'exploitées de manière inattendue. Et on peut compter sur Murakami pour l'inattendu!

L'auteur aborde avec finesse et pertinence le thème de la justice. Comment ne pas comprendre et partager le point de vue d'Aomamé et de la vieille femme? D'un autre côté, si chaque personne trouvant quelque chose d'injuste devait faire justice soi-même, le monde serait un chaos. Tout cela est assez dérangeant. Pour moi, l'auteur pose bien les choses.
Un autre thème très connu est abordé: celui de l'influence. Là encore, l'écrivain excelle. Il décrit cela en peu de mots, de manière percutante.

Les personnages sont également intéressants. Ils sont caractérisés par l'écriture particulière de Murakami. Aomamé est pour moi, la plus représentative de cela, car elle est difficile à cerner. Elle a des idées très tranchées sur beaucoup de sujets, mais s'entoure d'une aura de mystère en se montrant taciturne. Elle semble avoir des qualités humaines, des valeurs, et également bouillonner, abriter une immense colère.
On retrouve ce mystère accru chez Fukaïri. Elle est complexe, et il est évident qu'elle n'a pas fini d'étonner le lecteur.
Quant à Tengo, il est moins épais que les autres, mais cela paraît voulu. Il semble être le réceptacle des désirs et des pensées d'autres (Fukaïri, sa petite amie, son éditeur...). Il est celui qui met en forme, qui tourne les choses, qui trouve la meilleure façon de les dire. Son calme et sa pondération sont une espèce de «récréation» au milieu de ces personnages tourmentés au fort caractère. Il n'est pas insipide à côté d'eux, n'est pas effacé par eux, comme cela aurait pu être le cas. Il semble n'avoir pas tout à fait mûri, il cherche encore quelque peu sa voie.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck et Maïa Baran.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Les voix des deux comédiens s'accordent très bien à l'ambiance et aux personnages du roman. Leur interprétation est juste. Ils transcrivent à merveille l'écriture et les idées de cet ouvrage.
L'univers de Murakami est souvent onirique: on nage en un monde où rien n'est acquis, où tout peut très vite changer d'une manière radicale, où on a l'impression de rêver. La voix d'Emmanuel Dekoninck, douce, mélodieuse, et feutrée est particulièrement adaptée à cette ambiance. Celle de Maïa Baran est adaptée au personnage d'Aomamé. Elle a su en jouer au gré des sentiments de la jeune femme. Tour à tour douce, impérieuse, posée, sèche, tranchée, mais toujours agréable, toujours en harmonie avec Aomamé. Je regrette seulement qu'elle prenne une voix un peu chevrotante (même si elle n'exagère pas), pour la vieille femme.
Je serai ravie de retrouver ces deux comédiens dans les livres 2 et 3!

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lundi, 24 octobre 2011

Les amants du spoutnik, d'Haruki Murakami.

Les amants du spoutnik

L'ouvrage:
Le narrateur raconte un pan de la vie d'une femme qu'il aime: Sumire. À vingt-et-un ans, alors qu'elle tente de devenir écrivain, Sumire tombe amoureuse de Miu, qui a dix-sept ans de plus qu'elle. Elle se confie au narrateur qui est son meilleur ami. Elle finit par travailler pour Miu. Puis, elles partent en vacances sur une île grecque. C'est alors que quelque chose d'inattendu va arriver.

Critique:
Ce livre est comme un rêve. Je ne dis pas qu'il est beau comme un rêve, mais que son ambiance et que certains faits qu'il évoque, font penser à un rêve. Sumire raconte la plupart de ses histoires la nuit. Ce qui est arrivé à Miu est tellement étrange que cela rappelle un rêve, tout comme ce qui arrive à Sumire, ensuite. L'histoire de l'enfant voleur aussi est étrange, car elle ne semble reliée à rien, ne faire rien évoluer.
D'autres faits sont racontés de manière un peu décousue.

C'est peut-être une des raisons qui ont fait que j'ai eu du mal à entrer dans le livre, et à m'attacher aux personnages. Sumire m'a particulièrement agacée. Bien sûr, c'est une jeune femme qui se cherche, mais on dirait que tout doit graviter autour d'elle. Je la trouve assez égoïste. Qu'elle ne voie pas l'amour que lui porte son ami, ça peut se comprendre, mais elle semble ne pas vraiment penser à lui. Elle ne l'appelle que quand elle a besoin de parler. Elle ne lui apporte jamais son aide. Accessoirement, elle lui téléphone la nuit, ce qui n'est pas très sympathique.
Elle se lamente sur son sort, et se fiche un peu des autres.
Même à la fin, son attitude ne montre pas un vrai changement. On aurait pourtant pu le penser, étant donné ce qui s'est passé. En fait, pendant tout le livre, elle agit en écervelée.

Les autres sont plus évolués. Au début, Miu m'agaçait, mais parce que Sumire ne faisait que parler d'elle. Lorsqu'on la rencontre, puis qu'on lit son histoire, elle devient sympathique. Bien sûr, on peut être surpris par cette espèce de délire, mais ayant lu un autre roman de cet auteur dont la fin était encore plus délirante (là, au moins, il y avait une certaine cohérence), je n'ai pas été déroutée.
Quant au narrateur, on comprend ses actes et ses motivations. On pourrait le blâmer pour son abnégation quant à Sumire, et sa façon de se consoler d'elle, mais je n'ai pu que comprendre et approuver.

Ces trois personnages qui entendent parler les uns des autres, se rencontrent, vivent de forts moments ensemble, se perdent de vue... c'est les aléas de la vie, et pourtant, je n'y ai pas vraiment cru.
Et bien sûr, le coup de foudre m'a souverainement déplu. Ça a contribué à me faire trouver Sumire agaçante.

Malgré cela, quelques passages m'ont vraiment plu:
J'ai aimé les petites notes d'humour qui parcourent le roman. Par exemple, la conversation sur la différence entre «signe» et «symbole».

J'ai aussi aimé la façon dont l'auteur parle de l'écriture. Sumire n'est apparemment pas assez mûre pour écrire «correctement», pour écrire quelque chose qui satisferait un éditeur. Mais elle parvient parfaitement à relater de manière précise un rêve et une histoire qu'on lui a racontée. Beaucoup d'écrivains puisent leur inspirations dans des expériences vécues par eux ou d'autres, qu'ils rassemblent, refondent, assortissent de fioritures, ou dont ils soustraient des éléments. Sumire n'a pas assez d'expérience de la vie pour pouvoir écrire. Elle n'est pas assez mûre, comme le lui fait remarquer Miu.

J'ai un peu ri, car parfois, l'auteur nous donne lui-même les clés de ce qu'il y a à comprendre. Par exemple, la «dualité» de Miu et le point commun qui a fait que Sumire a voulu mettre son rêve et l'histoire de son amie en regard.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Pierre-François Garel. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.
Le lecteur a une voix agréable. Cependant, je trouve que sa lecture est trop «murmurée». Il lit avec sobriété, et c'est bien, mais pour le coup, je le trouve trop sobre. Il chuchote presque. Il m'a été, de ce fait, d'autant moins facile de me concentrer sur le roman.

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