Simple

L'ouvrage:
Barnabé (dit Simple) a vingt-deux ans. Et trois ans. Il est, comme l'explique Klébert (son frère de dix-sept ans), déficient mental.
Les deux frères sont livrés à eux-mêmes: leur mère est morte, et leur père refuse de s'occuper de Simple. Il souhaite le mettre dans un établissement spécialisé, Malicroix. Mais le jeune garçon y est déjà allé, et Klébert l'en a retiré dans un état lamentable. Il ne veut donc pas que son frère y retourne. Leur père accepte à contrecoeur de les aider financièrement.
Klébert finit par trouver une colocation. Il pourra continuer d'aller au lycée tout en «gardant» son frère auprès de lui.

Critique:
Voilà un livre sympathique, plein d'espoir, qui prône l'écoute et la tolérance. L'auteur emprisonne son lecteur dans un écheveau de sentiments. Malgré le sujet abordé, l'humour est très présent. On rit souvent aux réflexions de Simple qui ne sont pas toujours appropriées, ou qui sont répétées. Ces répétitions agacent parfois les personnages, surtout quand elles sont faites lors de moments de tension, mais elles les font également rire. Le lecteur partage ces sentiments.
Un autre moment amusant est la superposition des quiproquos qui ont lieu entre les parents de Corentin et monsieur Muchbingen, et celui dans lequel s'empêtre l'assistante sociale. Bien sûr, c'est un peu gros, mais c'est quand même assez amusant.

Certaines choses m'ont paru un peu clichées. Par exemple, toutes les histoires d'amour sont un peu trop compliquées pour rien. Et puis, les personnages qui finissent par être délaissés ne sont pas très aimables, donc le lecteur ne souhaite qu'une chose: les voir partir. Du coup, ces départs m'ont semblé trop tardifs. Et j'ai regretté que ces personnages soient si faciles à mépriser. On aurait mieux compris l'hésitation d'Aria... Quant à Klébert, son «égarement» est davantage compréhensible: il est titillé par ses hormones. ;-)
Il est un peu gros que le père des deux garçons soit si frileux quant à Simple, alors que Klébert est prêt à tout pour que son frère n'aille pas dans un centre.

On me dira que ce roman est peut-être trop idyllique, trop optimiste... Je ne pense pas. Simple est créé de telle sorte qu'on oublie souvent que s'occuper de lui n'est pas de tout repos. Et pourtant, tout en nous le rendant sympathique, l'auteur montre bien ce que son handicap implique. De ce fait, on se demande comment Klébert va pouvoir assumer son frère. Mais on souhaite qu'il y parvienne, car Malicroix est trop impersonnel, trop froid pour que Simple y soit bien.
Avec son frère, Simple progresse un peu, alors que le centre le fait régresser et se refermer sur lui-même. L'auteur veut faire comprendre qu'avec de l'amour, de la patience, et de la considération, on peut améliorer certaines choses. Ce n'est pas faux, et même si on a envie de lui dire que tout n'est pas si... simple ( ;-) ), on a aussi envie d'y croire.
Marie-Aude Murail n'est pas tendre avec les établissements spécialisés. Cependant, pour en avoir connu un, et pour entendre parler de certains autres, je ne peux que l'approuver.

Malgré certaines choses un peu grosses, je recommande ce livre qui m'a fait passer un agréable moment. L'auteur exprime ce qu'elle a à dire sans trop en faire. Sa manière de faire passer certains «messages» m'a rappelé la façon de faire de Janine Boissard.

Éditeur: l'École des loisirs.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par soeur Marie-Paule pour l'Étoile Sonore.
J'aime beaucoup la façon de lire de soeur Marie Paule. Là encore, j'ai aimé son interprétation sensible de ce roman. J'ai aimé la manière qu'elle avait de dire «coucou» lorsque Simple faisait apparaître monsieur Pimpin (d'abord les oreilles), et le ton qu'elle prenait pour dire d'autres rengaines de Simple, comme: «Ho ho, vilain mot.» quand quelqu'un jurait.

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