Lucky Boy

L'ouvrage:
Thomas Beerman est né sans défenses immunitaires, et avec un trou dans le poumon. A l'hôpital, on l'a placé dans une espèce de bulle, à travers la vitre de laquelle sa mère, Branwyn lui parle, lui tend la main...
Un soir, Minas Nolan, médecin de l'hôpital, croise Branwyn. Etant lui-même en détresse (sa femme est morte en mettant au monde le petit Eric), il est plus réceptif au désarroi de la jeune femme.
Petit à petit, Minas et Branwyn s'apprivoisent, se découvrent, et finissent par s'aimer.
Minas pense qu'il faut sortir Thomas de cette bulle. Il n'a pas de défenses immunitaires, mais le médecin est convaincu que rien ne vaudra l'amour et les bras de sa mère. Alors, Branwyn emmène son fils.

Malgré sa fragilité, Thomas ne meurt pas.
Minas demande plusieurs fois Branwyn en mariage. La jeune femme refuse. Elle aime Minas, mais elle aurait l'impression de le trahir, car en elle, le souvenir du père de Thomas, Elton Trueblood, reste brûlant.

Et puis un jour, arrive ce que personne n'aurait soupçonné. L'événement fera basculer la vie de Thomas.

Critique:
Ce livre est remarquable. Pourtant, l'auteur nous plonge dans un cauchemar. J'ai souvent regretté que Branwyn ait refusé d'épouser Minas. Oui mais si elle avait accepté, le livre se serait arrêté au chapitre 5.

Les personnages sont très bien décrits. Ils ne sont pas faits de clichés. Par exemple, Eric est plus fort que Thomas. Il lui arrive de piquer d'énormes colères quand tout ne se passe pas comme il le veut. Pourtant, il n'est jamais condescendant ou méchant envers Thomas. Il ne se sert pas de sa supériorité physique pour le frapper, ne fait jamais la différence entre eux deux, n'a cure du fait que Thomas soit noir et lui blanc.
Les personnages de ce roman ont, chacun à leur manière, des blessures avec lesquelles ils doivent vivre. Chacun poursuit son idée, sa route, et essaie de faire au mieux.

Thomas est certainement le plus admirable. Il ne se laisse pas briser par les coups du sort qui s'acharnent sur lui. La vie le malmène, les événements le précipitent dans la tourmente, et il se relève toujours. Dès son enfance, il essaie de tirer le meilleur parti de tout, par exemple, lorsqu'Eric lui demande comment il a fait pour supporter la douleur quand il s'est fait une entorse, Thomas répond: "J'ai essayé de penser que je ne me trouvais pas dans la même pièce que mon pied." Il a beaucoup de phrases, de façons de penser qui font de lui quelqu'un de fort. Le lecteur en veut d'autant plus à l'auteur que Thomas méritait une toute autre vie.
Lorsqu'Eric se débat avec sa superstition, lorsqu'il essaie d'aimer Christie, qu'il défie Drew au tennis, et qu'à côté de cela, Thomas vois son ami se suicider, doit vendre de la drogue pour survivre, se fait tirer dessus, etc, on prend conscience du contraste saisissant entre les problèmes de chacun. Certes, les problèmes d'Eric sont réels et le tourmentent, mais ce à quoi est confronté Thomas est d'un autre acabit.

Le lien qui unit Thomas à sa mère est également exceptionnel. C'est l'une des choses qui l'aideront à survivre sans sombrer, même lorsqu'il se crois rejeté, même lorsqu'il est souillé et maltraité. La fin est d'ailleurs une nouvelle étape. Thomas accepte peut-être le départ de Branwyn. Il n'a plus besoin de croire qu'elle est là pour vivre et se battre. Ou il se dit que maintenant qu'il a fait ce qu'il a fait intentionnellement, il n'a plus le droit de compter sur Branwyn, le suivant où qu'il aille... Je préfèrerais qu'il se dise qu'il n'en a plus besoin...

Bien sûr, on en veut à Elton qui arrache Thomas à une famille aimante. On en veut à Branwyn de n'avoir pas fait le nécessaire. On en veut à Minas qui ne fait pas grand-chose. Il n'aurait sûrement pas obtenu gain de cause, mais il aurait dû essayer. Néanmoins, ces personnages sont convaincus d'agir pour le mieux.
Elton est convaincu que son fils, noir, ne peut rester avec cette famille de blancs vivant dans un quartier riche. Il pense que son fils doit s'endurcir. Pour lui, la vie est pleine de dangers et de pièges, et son fils doit les découvrir le plus tôt possible afin de les affronter le mieux possible. Il est englué dans cette certitude, et de ce fait, contribue à faire de l'enfance de Thomas, un véritable gâchis. Mais en le soustrayant à l'amour des Nolan, il est persuadé d'agir pour le mieux.
Minas pense qu'il ne peut rien faire: Thomas a un père qui revendique ses droits. Il n'a aucun papier signé de Branwyn, il n'a aucun droit sur l'enfant. Il aurait peut-être pu arguer que Thomas connaîtrait une vie plus prospère avec lui. Mais ce n'est que pure spéculation de ma part.
Minas est un personnage duquel le lecteur a pitié. Il perd des êtres chers, ne comprend pas toujours son fils, se réfugie dans son travail...

L'intrigue est bien menée, les événements n'arrivent pas comme des cheveux sur la soupe, les coups de théâtre ne sont pas clichés. Le livre est bien écrit. Il y aurait encore énormément de choses à dire sur ce magnifique roman.

Petit bémol: je n'ai pas compris le revirement d'un personnage vers la fin. J'ai bien compris qu'il n'était pas comme on le pensait au départ, mais pourquoi?...

Éditeur: Liana Levi.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Martine Moinat est une très bonne lectrice, à la voix agréable, et au ton juste. Je la retrouve toujours avec plaisir. Dans ce livre, elle n'a pas pris un accent anglophone pour les noms... sauf pour prononcer "Drew". C'est un peu dommage, mais c'est un détail: le livre étant très bien lu, comme c'est le cas des livres lus par Martine Moinat.

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