Auteur : Moriarty Laura

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vendredi, 31 août 2012

While I'm falling, de Laura Moriarty.

While I'm falling

Note 1: À ma connaissance, ce roman n'a pas été traduit en français.

Note 2: Au long de la chronique, j'ai dû dévoiler certaines choses afin d'expliquer certains arguments. Pour moi, cela ne gâche pas la lecture du roman.

L'ouvrage:
Lawrence, Kansas.
Dan et Nathalie Von Holten sont en instance de divorce, après vingt-six ans de mariage. Leur fille aînée, Élise, vit à San Diego avec son mari, Charlie. Leur seconde fille, Véronica, est à l'université où elle fait des études de médecine.

C'est alors que Nathalie agit de manière que ses filles ne comprennent pas. Elle parle soudain de changer de nom, puis rabroue Véronica qui l'appelle à l'aide.

Critique:
Tout comme «The rest of her life», ce roman analyse des personnages, leurs actes, les conséquences. Ces deux romans sont très différents, mais tous les deux très bons!

Ce que j'ai d'abord apprécié, c'est que j'ai mis un moment à voir où l'histoire mènerait. Je me suis contentée de me laisser porter par le récit de Véronica (c'est elle la narratrice), sans me poser de questions. Certains diraient que le roman est lent à démarrer. Je ne trouve pas. Au début, les personnages nous sont présentés, on découvre cette famille d'apparence banale, et petit à petit, ce qui les démarque.
À partir du moment où j'ai su où allait l'intrigue, je m'étais attachée aux personnages, et je voulais savoir la suite.

De manière subtile et habile, l'auteur encourage, une fois encore, son lecteur à se débarrasser de ses préjugés. Le récit de Véronica commence par l'anecdote qui décida du divorce de ses parents. Elle l'évoque du point de vue de son père. Je me suis bien doutée que les torts étaient sûrement partagés, mais à la lecture du début, on ne peut s'empêcher de ressentir davantage de compassion pour Dan. Et puis, l'histoire se poursuit, et on est bien obligé de reconsidérer sa position. Par exemple, Dan n'a jamais trompé Nathalie. Soit, mais l'a-t-il vraiment aimée? Si on reste fidèle par devoir, parce que cela se fait, voire parce qu'on espère une médaille (étant donné la manière dont il le revendique, on dirait parfois que Dan attend fleurs et compliments), c'est aussi déloyal qu'une infidélité de corps et de coeur.

Je ne dis pas que Dan est le seul fautif dans l'histoire. Je pense que nos deux personnages avaient différentes aspirations, différentes façons de voir le couple, et que ces deux concepts ne pouvaient s'harmoniser. Je préfère quand même Nathalie parce que son ambition était d'être aimée pour ce qu'elle était. C'est un personnage qui a beaucoup de présence, malgré sa timidité, son incertitude, sa fragilité. Très douce, elle s'est laissée guider dans une voie qui ne lui était pas forcément bénéfique (ou seulement en partie), et par la suite, elle ne paraît pas vraiment préparée à ce qu'elle vit. Elle semble elle-même s'en rendre compte, et fait preuve d'une force morale impressionnante. Elle est très humaine. Elle attire les gens, et sait d'instinct comment les intéresser, leur rendre le sourire, les aider à traverser une période difficile. Elle est peut-être un peu trop gentille. Certaines de ses réactions sont un peu agaçantes, car elle ne peu pas trop se les permettre, et a l'air un peu bête. Par exemple, sa réaction lorsque Jimmy garde son portable. Mais cette joie de vivre qu'elle distribue sans compter fait que j'ai été plus encline à l'apprécier que Dan. Il est plus froid, plus individualiste. Tout au long du roman, on se demande comment ces deux-là ont pu vivre ensemble toutes ces années, tant ils sont différents.

Une autre question se pose: faut-il qu'une femme s'occupe de ses enfants à plein temps, ou vaut-il mieux pour elle qu'elle travaille? Il est assez étrange qu'Élise, étant donné son caractère et son vécu, n'analyse pas mieux la situation. Par «mieux», je ne veux pas dire qu'elle se fourvoie forcément en souhaitant s'occuper de son enfant à plein temps, mais son seul argument est: mon mari et moi, nous ne sommes pas mes parents. Ça revient à dire «ça n'arrive qu'aux autres». Malheureusement, cela peut arriver à n'importe qui n'importe quand. Véronica est plus prudente quand une question se pose. Je comprends totalement ses réserves. Son petit ami (Tim) lui propose de vivre avec lui l'année suivante. Il paierait le loyer, etc. C'est très alléchant, mais comme le souligne notre héroïne, s'ils rompaient, elle n'aurait aucune ressource. Véronica et Nathalie ne veulent pas dire qu'il faut tout calculer, qu'il faut agir froidement, mais qu'il faut se prémunir contre un éventuel coup du sort. Il vaut mieux avoir des ressources, et que tout se passe bien plutôt que l'inverse.
Il est également agaçant et très décevant que certains voient les femmes qui ne travaillent pas comme en-dessous des autres. Dan ne le dit pas, mais son attitude vis-à-vis de Nathalie le montre bien: elle n'est bonne qu'à s'occuper des enfants. Comme si c'était la chose la plus facile et la moins gratifiante au monde. Il a une attitude qui la rabaisse à ses propres yeux. D'ailleurs, Nathalie et lui n'approuvent pas la décision d'Élise pour des raisons totalement opposées. Elle pense à l'avenir, et veut que sa fille puisse rebondir en cas de malheur; il pense qu'il a payé les études de sa fille pour rien, et qu'elle vaut mieux que rester à la maison à s'occuper des enfants.

Outre que Nathalie aime sincèrement Bowser, le chien de la famille, l'animal représente une espèce de lien qui cimente encore quelque peu les Von Holten. Malgré la déchéance de Bowser, personne, pas même Dan, ne sera indifférent à son sort. Véronica explique qu'il représente un peu leur histoire. Elle pense que c'est surtout cela qui fait que Nathalie lui témoigne amour et respect. Je ne le pense pas. Pour moi, c'est dans son caractère: elle est attentive à autrui, animaux compris. Je n'ai pu m'empêcher de mépriser Maxine qui ne comprend pas cela.

Si le livre est grave, si la tension est souvent au rendez-vous, il n'est pas exempt d'humour. La scène où Natalie et Véronica ramènent Jimmy et Haylie chez eux en est un exemple. Malgré la tension, on ne pourra s'empêcher de rire lorsque Natalie appelle Haylie par son prénom (gaffe suprême!), qu'elle fait tomber les barrières érigées par cette dernière en demandant tout naturellement de ses nouvelles, et que Jimmy s'énerve en insultant tout le monde. Je croyais que Natalie agissait ainsi pour mettre Haylie en face de sa propre bêtise. Mais selon Véronica, n'entrait aucun calcul dans les questions de sa mère. Celle-ci voulait juste se montrer amicale, et évoquer des souvenirs. Quant à Jimmy, s'il effraie, il est également drôle, à s'agiter, à s'exaspérer, à menacer comme un enfant capricieux. Et on comprend quelque peu sa colère, surtout au début.

J'aime bien Véronica. Elle est plus souple que sa soeur, et paraît mieux armée pour la vie. Elle ne fait pas toujours les bons choix, se cherche, veut prouver certaines choses, a un peu peur...
Je trouve juste un peu gros que ses sentiments envers Marly évoluent, à la fin. Soit, elle prend sûrement la peine de la connaître, ce qui fait qu'elle peut changer d'opinion à son égard, mais cela fait un peu trop parfait. Il aurait été plus réaliste qu'elle lui reste indifférente. On ne peut pas être ami avec quelqu'un sous prétexte qu'on a pitié, et qu'on déplore ce que la vie lui a fait subir.
D'autres personnages méritent qu'on s'y attarde: Haylie Butterfield, Jimmy, et Marly. Mais je ne veux pas trop en dévoiler.

Un roman où la complexité des relations familiales est explorée, ou le ressenti de chacun est analysé, le tout avec brio!

Remarques annexes:
Nathalie envisage de changer de nom de famille, afin de mieux faire peau neuve. Vu la façon dont elle y réfléchit, on dirait qu'elle peut choisir un nouveau nom et se l'attribuer...

Lors de son week-end de gardienne de maison, Véronica découvre «Jane Eyre» dans la bibliothèque. Elle évoque un cours passé sur ce roman où le professeur développait la théorie que cet ouvrage n'était en rien une histoire d'amour, Jane n'étant que le chien d'aveugle de Rochester. Véronica s'insurgea contre cette théorie, et en découvrant le roman lors de son gardiennage, décide de le relire en traquant tout ce qui la démonterait. Je trouve cette théorie plutôt loufoque. Étant donné le caractère de Jane, il est évident qu'elle ne se laisserait pas assujettir: elle n'a jamais un comportement soumis et dévoué. Son amour n'est pas né d'une quelconque pitié, puisqu'elle a aimé Edward avant qu'il soit aveugle. Jane n'est pas du genre à se laisser guider par la pitié, et vu le comportement d'Edward, il l'aurait refusé, puisqu'il commence par la rejeter pensant qu'elle n'éprouve que cela.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Recorded Books. Julia Gibson interprète les chapitres narrés par Véronica, et Alma Cuervo interprète les deux chapitres racontés du point de vue de Nathalie (à la troisième personne).
Je suis toujours très impressionnée par la dextérité de Julia Gibson. Là encore, les voix qu'elle imagine pour les différents personnages ne sont pas agaçantes, et ne font que renforcer l'image que la narration en donne. Par exemple, elle fait une Élise un peu sèche, un peu autoritaire, très sûre d'elle, ne se remettant pas souvent en question, s'engluant dans des raisonnements, ne cherchant pas à voir la cause et la portée de certains actes, ayant encore besoin de leçons de la vie. C'est exactement ainsi que je vois Élise. L'interprétation de la comédienne lui a donné tant de présence que j'ai même pu me la représenter physiquement.
Nathalie est moins facile à jouer. Julia Gibson (qui l'interprète la plupart du temps), montre bien son manque d'assurance, sa douceur, son insécurité.
J'ai aussi apprécié la façon dont elle interprète Marly, Haylie, et les autres. Je ne sais pas comment elle parvient à faire passer tant de choses à la fois dans sa voix et ses intonations. La force et la justesse de son jeu me laissent toujours pantoise.

vendredi, 20 janvier 2012

The rest of her life, de Laura Moriarty.

The rest of her life

Note: À ma connaissance, cet ouvrage n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Ce soir-là, la vie des Churchill bascule. Kara, dix-huit ans, renverse Bethany Cleass. La jeune fille conduisait alors qu'elle était au téléphone, et tentait d'empêcher un chien de passer à l'avant de la voiture.
Chacun réagira à sa manière: Leigh et Gary, les parents de Kara, ainsi que Justin, son petit frère de douze ans.

Critique:
Voilà un superbe roman. Il parle de choses difficiles, mais l'auteur sait à merveille décrire sentiments et émotions. Je suis toujours admirative devant les auteurs qui savent si bien évoquer la psychologie de leurs personnages, confronter les points de vue, les sensibilités de chacun. C'est un des rares romans auquel je ne reprocherai rien.
Laura Moriarty rappelle, tout au long du roman, à son lecteur que rien n'est simple. Il faut toujours aller au-delà des apparences. Chacun agit comme il peut. Tout est une question de points de vue, de perception... Le plus difficile, pour certains de ses personnages, est d'accepter le point de vue de l'autre. C'est exactement comme ça dans la vie.

Tous les personnages sont étudiés, creusés, complexes.
C'est peut-être Leigh que j'ai le mieux comprise. Elle tente d'être quelqu'un de bien, elle fait preuve d'empathie, remet certaines choses en question. Comme elle le constate, les gens ne se voient pas toujours agir. Malheureusement, elle tombe quelque peu dans ce piège. Malgré tous ses efforts, elle n'agit pas toujours comme il le faudrait. Sa relation avec Kara en est l'exemple le plus frappant. Leigh a souhaité ne pas reproduire ce qu'elle avait connu dans son enfance, mais sa personnalité et son passé ont fait qu'elle a plus de mal à être naturelle avec quelqu'un qui n'a pas vraiment d'ennuis.
À travers Leigh, l'auteur montre comme on peut se sentir stupide quand on sent qu'on n'est pas à sa place, qu'on ne dit pas ou qu'on ne fait pas ce qu'il faut, alors que d'un autre côté, il y a des domaines où on est à l'aise.

L'auteur croise les relations entre Leigh et Kara avec celles entre Leigh et sa mère. Pour cela, elle fait beaucoup de retours en arrière. En général, je n'aime pas cela. Cependant, dans ce roman, c'était nécessaire. En effet, il fallait que tout fût agencé ainsi pour que le lecteur apprenne à connaître les personnages progressivement, à travers différentes époques de leurs vies, et qu'il puisse mettre les relations mères-filles en regard. Ici, les retours en arrière ont une réelle utilité, et donnent davantage de force au récit.

Quant aux relations entre Leigh et sa mère, là encore, tout est nuancé. Anna n'était pas une mère qui se fichait de tout. Justement, elle a sacrifié certaines choses pour ses filles, mais à cause de cela, et peut-être parce qu'elle n'avait pas vraiment la fibre maternelle, Pam et Leigh n'ont pas eu une enfance pleine d'amour. Elles n'étaient pas proches de leur mère. Pourtant, il est évident qu'Anna pense avoir fait de son mieux, et qu'en un sens, elle l'a fait.
Plusieurs scènes sont des moments clés de cette relation. D'abord, il y a le passage du ragout fait par Anna. À cette occasion, Anna et Leigh ne parviennent pas à communiquer. Chacune s'enferme dans sa colère ou dans sa honte, et les choses restent non-dites. Dans le même passage, Anna regarde un feuilleton décrivant une mère très proche de ses enfants, et toujours pleine de bons conseils. Elle est persuadée d'être ainsi, ce qui choque Leigh.
Enfin, il y a la fois où Anna vient voir sa fille peu après la naissance de Kara. À ce moment, j'ai pensé que les circonstances les ferait se parler... Mais là encore, Anna, fait ce qu'elle croit être le mieux (par exemple, en voulant les inviter à sortir ou leur acheter à manger), mais elle n'a jamais de gestes maternels. Et encore, il suffit d'un peu de compassion...
Dans le même ordre d'idées, elle préfère blâmer la conduite de Pam plutôt que se remettre en question.

Les relations entre Leigh et Gary sont également analysées. Il m'a semblé que malgré leur amour, ils étaient assez éloignés l'un de l'autre. Gary ne comprend pas tout un pan de la personnalité de sa femme. Il n'accepte pas vraiment son extrême sensibilité vis-à-vis de certaines choses, puisqu'il ne sait que s'en moquer. Il ne tient pas vraiment à l'aider à améliorer ses relations avec Kara, puisqu'il ne prend jamais la peine d'en parler sérieusement et avec tacte quand elle tend des perches. Plus tard, il n'accepte la décision de Kara que parce que celle-ci lui a forcé la main, mais je ne suis pas sûre qu'il la comprenne vraiment.
Il évolue, comme presque tous les personnages, mais il me semble qu'à part Anna, c'est lui qui a le plus besoin de se remettre en question.

Mon sentiment est mitigé quant à Eva. Au début, lorsqu'elle appelle les Churchill presque toutes les heures, qu'elle vient les voir, alors qu'il est clair qu'ils souhaitent rester seuls, elle me paraît envahissante. Plus tard, on comprend que c'est sa façon d'aider Leigh. Si son point de vue est recevable, pour moi, c'est quand même elle qui a tort. Si des amis se trouvent dans la peine, je vais leur faire savoir que je suis là, prête à les soutenir, mais je ne vais pas les harceler! Ce qu'a fait Eva est du harcèlement. Par ailleurs, c'est une cancanière. Elle se défend, ensuite, expliquant qu'elle aime savoir ce que les gens ont à dire, que ça lui permet de mieux les aider, et qu'elle-même se fiche de ce qu'on peut dire sur son compte. Là aussi, c'est recevable, mais elle n'a pris en compte que son point de vue. Si les Churchill ne veulent pas parler de ce qui leur arrive, c'est leur droit. Si les intentions d'Eva sont louables, sa manière de faire est parfois très incorrecte.

À l'instar de Leigh, on comprendra pourquoi Kara souhaite se punir pour ce qui est arrivé. J'ai compris ce qu'elle décrivait. On a beau se dire qu'il ne sert à rien de se flageller, on a tellement envie de racheter quelque peu la peine qu'on a faite, qu'on pense qu'au moins, cela pourrait peut-être faire quelque chose. Et puis, on se sent coupable de continuer à vivre. Tout cela est parfaitement analysé par Laura Moriarty.

Pam est sympathique. Cependant, j'ai trouvé un peu agaçant qu'elle soit toujours en train de chercher des excuses à tout le monde. Elle a raison de prôner la nuance et la tolérance, mais qu'elle ne voie jamais le mal en personne est assez agaçant, et la rend un peu ridicule. C'est d'ailleurs étonnant que tout le monde (sauf Anna) adore Pam comme si elle était un ange. Bien sûr, les gens apprécient sa gentillesse, sa générosité, le fait qu'elle ne les juge pas. Je trouve quand même étrange qu'elle fasse l'unanimité.

Cynthia Tork représente l'archétype du personnage intolérant sous couvert de tolérance. Elle est fervente chrétienne, apparemment. Elle écrit une longue lettre afin d'expliquer à Leigh pourquoi elle n'approuve pas son choix quant aux livres qui seront étudiés. Dans cette lettre, elle semble ouverte, prête à la discussion, cependant, ce n'est pas le cas. D'abord, elle se permet de contester le choix d'un professeur, comme si chaque parent pouvait demander un passe-droit. Ensuite, elle se permet de juger des livres sans approfondir. Je n'ai pas lu l'un des deux ouvrages incriminés, mais concernant «Gatsby le magnifique», Cynthia l'a lu de travers. Elle n'a vu que les apparences. Comme le dit Leigh, c'est malheureusement un livre qui parle de la vraie vie. De plus, Cynthia vilipende ces personnages immoraux, mais ne souligne pas qu'à la fin, ils finissent tous malheureux. Donc, elle devrait aller au bout du raisonnement, et voir que les mauvaises actions ne paient pas. Et puis, il faut voir le livre qu'elle conseille! C'est peut-être un roman prônant des valeurs importantes, mais il ne reflète pas du tout ce qui se passe dans la vie réelle. Il vaut mieux se prémunir en étudiant des romans réalistes.
Néanmoins, je pense que Leigh aurait dû expliquer tout cela. Cynthia est une imbécile heureuse de l'être, et n'en mérite pas tant, mais il me semble qu'il aurait été plus intelligent d'expliquer, et surtout, plus jubilatoire de river son clou à cette idiote avec des arguments ô combien valables.

Willow, la fille d'Eva, a dix-huit ans, et veut se faire poser des implants mammaires. Leigh désapprouve cela. Eva et elle ont une discussion à ce sujet. Plus tard, Leigh en parle avec Kara. Au départ, Eva et elle s'affrontent sur les apparences, et Eva l'attaque en disant que si la beauté intérieure, c'est le plus important, alors pourquoi Justin a-t-il eu un appareil dentaire? Leigh ne dit rien, alors qu'il est facile de répondre que des dents de travers ou des trous entre les dents, cela nuit à la personne. Si on ne fait rien, à terme, cela nécessite peut-être une opération douloureuse.
Ensuite, Leigh n'emploie pas les bons arguments. Même si, apparemment, c'est un réel problème aux yeux de Willow, même si elle réclame cela depuis un moment, je trouve que c'est assez artificiel. Même si ça donne à Willow confiance en elle, je trouve dommage qu'il faille cela pour qu'elle se sente mieux. C'est quand même une opération, cela engendre des tracasseries, et ce n'est pas sans danger, à terme. Ce n'est pas comme une coupe de cheveux ou le port de boucles d'oreilles. Si une fille a besoin de cela pour avoir confiance en elle, alors quelque chose a été raté dans son éducation, dans son équilibre... L'auteur exhorte son lecteur à ne pas juger Willow, à être tout simplement heureux pour elle. Soit. Mais je ne suis pas convaincue.

Quant à Diane, le lecteur comprendra sa douleur, sa façon d'agir. Même lorsqu'elle est injuste, on ne peut pas la blâmer. Je ne dis pas que la souffrance excuse tout, mais comment peut-on être objectif face à une si grande douleur? Comment ne pas se montrer rude? Comment ne pas s'en prendre aux responsables? Diane sait bien, au fond, que Kara s'en veut. Je suis sûre qu'à sa place, je réagirais de la même manière.

L'auteur aborde également une idée reçue que beaucoup promeuvent en parlant de l'allaitement. Leigh ne peut allaiter Kara, et se le reproche parce qu'elle a entendu partout qu'une bonne mère allaitait ses enfants. Elle s'en veut d'autant plus qu'elle n'a vu que des images de mères épanouies allaitant des enfants à l'air satisfaits. Il vaut sûrement mieux allaiter son enfant, mais il est très agaçant de voir certains jeter la pierre aux femmes qui ne le font pas. Il est également malhonnête de ne montrer que d'heureuses images à ce sujet. Ce thème est abordé de manière aussi juste, mais sous un angle quelque peu différent dans «Une relation dangereuse», de Douglas Kennedy.

Si j'ai évoqué différentes façons de penser sur différents points, il y en a d'autres tout au long du livre. Certains pensent que tel acte veut dire telle chose, alors qu'en fait, non. Et les deux manières de penser sont plausibles.
À travers un roman écrit avec sensibilité, finesse, et justesse, Laura Moriarty rappelle à son lecteur qu'il doit toujours chercher au-delà des apparences, ne pas se focaliser sur telle chose qu'a le voisin et que lui n'a pas. Je sais que beaucoup de gens envient les autres sans connaître leurs vies. Ils en voient un échantillon, et les envient, sans vouloir voir que ceux qu'ils envient connaissent aussi des déboires, sans vouloir admettre que peut-être, tout n'est pas parfait pour la personne enviée.
Elle prône la remise en question, exhorte son lecteur à aller vers l'autre, ou du moins, à avoir le moins de préjugés possible.
Bref, un roman incontournable! À lire d'urgence!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julia Gibson pour les éditions Harper Audio.
Comme d'habitude, j'ai été ravie d'entendre Julia Gibson. Elle a parfaitement interprété ce roman. Lorsqu'elle a modifié sa voix, elle a toujours trouvé l'intonation adéquate. Ce qui, chez d'autres, est pénible ou à peine supportable, est naturel chez elle. Quelle virtuose!

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