Auteur : Montaldi Valeria

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lundi, 5 octobre 2015

La prisonnière de Venise, de Valeria Montaldi.

La prisonnière de Venise

L'ouvrage:
Venise, 1328.
Giulia jeune patricienne de seize ans, vit avec sa tante. Elle a une liaison avec Samuel, le fils d'un marchand de tissu de passage à Venise. Giulia est amoureuse, le jeune homme ne voit en elle qu'un agréable passe-temps. Après que son amant a quitté Venise, Giulia s'aperçoit qu'elle est enceinte.

Critique:
Ayant beaucoup aimé «La rebelle», je me suis empressée de lire ce roman. Il m'a plu, mais moins.
D'abord, il m'a semblé que l'intrigue était moins recherchée. L'auteur commence à tomber dans le «soap opera». Ce n'est pas à ce point, mais il y a des tendances. Les personnages ne m'ont pas paru très creusés. Pour certains (comme le frère Gaspare), ce n'est pas très grave, car on imagine quelqu'un de ce genre dans la vie réelle. Cristina m'a agacée, car très souvent, elle ne sait que s'emporter. C'est peut-être en ce sens qu'elle fait partie de ceux que je trouve peu creusés. Francesco, lui, m'a paru un peu passe-partout.

Le fait que deux personnages tombent amoureux est une grosse ficelle. D'abord, comment se fait-il que ce soit justement ces deux-là! Au long du roman, il y a d'autres ficelles de cet acabit. Certes, ce genre de choses peut arriver, mais ici, c'est surtout que Valeria Montaldi en avait besoin pour créer un rebondissement, et précipiter certains personnages dans la tourmente. Ce qui est un peu dommage à ce sujet, c'est que le lecteur, lui, sait ce qu'il y a à savoir quant aux amoureux. Bien sûr, il est intéressant de voir comment les personnages vont le découvrir, mais j'ai trouvé que c'était un peu long. D'ailleurs, à un moment, j'ai pensé: l'auteur passe la première partie du livre à faire ourdir des plans à certains, et la deuxième à faire en sorte que les autres découvrent ce qu'il en est. J'ai trouvé tout cela un peu trop transparent...
J'ai quand même globalement apprécié ce roman, et j'ai aimé la fin qu'a choisie l'auteur.

D'autre part, certains (surtout Giulia et Cristina) expriment leurs sentiments de manière assez poussée, et parfois, on a envie de leur dire d'abréger un peu les effusions. Bien sûr, il est compréhensible que Giulia, qui a tenté de tout étouffer en elle, éprouve de très fortes émotions, alors que le coeur du problème est abordé. J'ai très bien compris ce personnage, mais je trouvais que parfois, l'auteur en faisait trop.
Giulia évolue, se trompe, accepte (dans la douleur) ses erreurs, se remet en question... Elle finit par trouver en elle une force insoupçonnée. C'est un personnage positif, ainsi que Tobia Catellano, le médecin qui prône la tolérance, l'évolution, et qui semble soucieux de bien faire son métier.

Comme dans son précédent roman, l'auteur plonge son lecteur dans une époque. J'ai trouvé cela moins présent. Bien sûr, il y a l'épidémie de peste, ainsi que le grand tremblement de terre... cependant, il m'a semblé qu'on rencontrait moins les habitudes, les moeurs, la culture de la ville...

Éditeur: Pygmalion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne Fauch pour la Bibliothèque Braille Romande.
La lectrice a une voix agréable. Elle prend parfois un accent pour certains noms, mais ce n'est pas trop poussé. Elle met le ton approprié, mais elle lit trop doucement, comme si elle était à côté de quelqu'un qu'elle ne souhaitait pas réveiller. Elle le fait même quand un personnage crie. Cela fait qu'elle tente de crier doucement... j'ai trouvé cela dommage.

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vendredi, 1 juin 2012

La rebelle, de Valeria Montaldi.

La rebelle

L'ouvrage:
1254.
Caterina dal Colleaperto est lombarde. Elle exerce la médecine à Paris, sous l'égide de Rolando, un médecin réputé. Aimant son métier et ayant l'ambition de bien le faire, la jeune femme s'attirent les inimitiés de ses collègues masculins.

Marco est un tailleur milanais. Son entreprise est florissante. Cependant, il cache un secret qui ferait de lui un paria si on le connaissait.

Francesco est chirurgien-barbier. Cela le satisfait. C'est alors qu'un moine lui propose de travailler dans un dispensaire qu'il compte ouvrir pour les pauvres.

Critique:
La principale qualité de ce roman est que l'auteur parvient à immerger son lecteur dans une intrigue et une époque. J'ai été tout de suite captivée par les différents événements, mais aussi par la façon de vivre au Moyen-Âge décrite ici. J'ai déjà pu constater que certains auteurs le faisaient très bien, mais maintenant que j'ai lu Valeria Montaldi, je serai plus exigeante avec les autres!
Je parle surtout d'Andréa H. Japp, de Fabienne Ferrère, et de Laëtitia Bourgeois. Si leurs livres m'ont plu, ils présentent certains défauts dont celui de Valeria Montaldi est exempt. Les unes créent des intrigues trop minces, l'autre émaille son roman de trop de notes de bas de page.

Actuellement, on a un peu trop tendance à oublier qu'à l'époque, certains maux étaient monnaie courante. Par exemple, Caterina soigne une personne atteinte de la teigne. Je n'ai d'ailleurs pas pu m'empêcher de sourire en entendant comment cette affliction était traitée. À travers la médecine, l'écrivain évoque aussi certaines croyances dont on sait aujourd'hui qu'elles sont fausses, comme la pratique de la saignée, qu'on pensait bénéfique.
Enfin, je ne savais pas que la dissection était à ce point réprouvée.

Valeria Montaldi emporte son lecteur dans une fresque, un voyage temporel, mais aussi au coeur de deux pays où certaines choses sont en mouvement, où des vieilles habitudes côtoient l'esprit de changement. Par exemple, on commence à prôner l'hygiène. En outre, Marco a l'idée d'aller voir comment on fait son métier ailleurs, puis de créer l'ancêtre du défilé...

J'ai apprécié la structure du roman. Pendant une partie du livre, on voit tour à tour les différents protagonistes. Cette structure peut être dangereuse, car ceux qui s'y adonnent prennent des risques: si une intrigue n'est pas assez avancée avant que l'auteur n'en change, le lecteur trouvera cela superficiel, et les glissements d'une intrigue à l'autre paraîtront brouillons. Valeria Montaldi ne s'embarrasse pas de circonvolutions, et plonge tout de suite le lecteur dans la vie et les pensées du personnages. De ce fait, lorsqu'elle en change, on met très peu de temps à s'habituer aux nouveaux personnages présentés.
Cet agencement appelle forcément des rencontres entre des gens qui, au départ, n'ont rien à voir les uns avec les autres. Cependant, on ne peut pas vraiment prévoir quand et pourquoi ils se rencontreront ni quel sera leur degré d'intimité. Au bout d'un moment, j'ai commencé à entrevoir certaines possibilités, mais cela n'a en rien gâché mon plaisir, car la romancière ne fait pas languir son lecteur.

Les personnages sont tous intéressants. Qu'on les apprécie ou pas, ils sont consistants.
Caterina est loin d'être parfaite. Vers la fin du roman, elle comprend tout le chemin qui lui reste à parcourir, et admet qu'elle est faillible. J'ai aimé cette remise en question. On me dira que la présomption de l'héroïne était peut-être nécessaire pour lui donner la possibilité d'arriver à se faire un nom et une place dans son métier.
Je n'ai pu m'empêcher de faire une petite analogie entre elle et Catherine Coijebeur, l'héroïne de «Catherine Courage». Sûrement à cause de la similitude de certaines situations: deux femmes ayant à peu de choses près le même prénom, voulant faire un métier (le même) réservé aux hommes... Même leurs histoires d'amour présentent une petite similitude (surtout au niveau du caractère de leurs «prétendants»). Enfin, si on pinaille, on se rend compte que la mère de Catherine a un prénom ressemblant à celui de la servante de Caterina. Je ne sais pas si c'est un clin d'oeil de l'auteur à cette autre héroïne, mais si c'est ça, j'ai trouvé que c'était bien amené.
J'aurais des choses à dire sur d'autres personnages, mais j'en dévoilerais trop.

La fin me laisse sur ma faim. Pourtant, elle n'est ni bâclée ni invraisemblable. Elle est un peu rapide, mais là n'est pas l'ennui. En achevant le livre, j'ai réalisé que j'attendais la suite. La fin n'appelle pas vraiment de suite, pourtant, j'aimerais qu'il y en ait une.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Pygmalion.

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