L'ouvrage:
Gérard était chirurgien. Il est maintenant à la retraite. Sa femme, Roberte, s'est construit une petite vie simple et solitaire. Le «retour» de Gérard à la maison va bouleverser leur deux vies.

Critique:
J'ai d'abord voulu lire ce livre parce qu'il a été écrit par Martine Moinat-Aubert que j'aime beaucoup en tant que lectrice bénévole. Ce qui m'a d'abord frappée, c'est le style de l'auteur. Je comprends mieux pourquoi elle affectionne certains genres de livres où on voit que l'auteur a pris le temps de choisir ses mots. C'est comme cela qu'est écrit «Le parasol vert». L'auteur a une écriture précise, souvent poétique. Les choses sont dites simplement, mais avec recherche. Pas de grandiloquence, mais un souci particulier du mot et de la tournure adéquats. Pas de fioritures, mais des phrases joliment et délicatement tournées, qui vont droit au but, qui sauront toucher le lecteur. Pas de prétention, mais le choix de mots soutenus. J'ai apprécié ce style recherché, et je comprends que l'auteur aime enregistrer des livres écrits en une belle langue.

En peu de pages, l'auteur décrit une situation qui pourrait paraître ordinaire, et qui, pourtant, touchera. Elle nous raconte l'histoire de ce couple qui s'est bâti sur une illusion. Illusion qu'aucun des deux n'eut très longtemps, et qui, pourtant, perdura. Elle nous explique que rien n'est simple. J'ai aimé partager l'intimité de ces deux êtres. En général, dans un roman, je villipende les personnages adultères, je méprise ceux qui sont indifférents à l'autre, je fulmine après ceux qui se sont mariés sans réel amour et se plaignent ensuite. Ici, je n'ai eu aucun ressentiment. Peut-être un peu vis-à-vis de Gérard, car pour moi, il est davantage fautif. Cependant, j'ai compris ce couple que l'auteur a pris le temps de montrer dans toute son humanité. Car ce qui nous est raconté ici, ce sont des sentiments. Ils sont exprimés, étouffés... pour un temps. Elle raconte un système de penser et d'agir que le couple a créé d'après les réactions de l'autre.

Malgré tout, nos protagonistes ne s'enlisent pas dans l'aigreur. Chacun finit par faire le point à part soi. Cette introspection solitaire m'a un peu dérangée, car j'aurais aimé q'ils dialoguent, et se débarrassent ensemble des malentendus. Mais étant donné leur passé et leur caractère, il était logique que chacun explorât seul ses sentiments.
J'ai quand même été agacée par Gérard qui s'éprend fugacement d'une jeunette. Bien sûr, cela le pousse à réfléchir, et c'est ce qui lui fait prendre conscience que rien n'est perdu.

J'ai vraiment compris Roberte. C'est à elle qu'est allée ma sympathie sans réserve. Elle est forte. Elle trouve encore la sagesse (quand on est frustré, on peut devenir amer et injuste), de comprendre Gérard, et de vouloir ramener à la vie celui qu'elle devine, celui qui a été. Elle a encore l'espoir qu'il peut renaître. Roberte est un beau personnage. Elle ne s'englue pas dans sa routine. Elle la chérit parce qu'elle sait qu'elle lui permet de ne pas sombrer. Mais elle ne s'y raccroche pas désespérément. Malgré les années et l'attitude de son mari, elle croit que quelque chose est possible.
Et si, après tout, c'était Éric qui avait raison?

Un roman profond, dense; une note d'espoir, de sérénité; un appel à la communication, à la remise en question de soi.

Éditeur: Mon village.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.