Auteur : Mistry Rohinton

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lundi, 5 août 2013

L'équilibre du monde, de Rohinton Mistry.

L'équilibre du monde

L'ouvrage:
Maneck Kohlah rencontre Ishvar et Omprakash Darji alors que tous les trois se rendent chez Dina Dalal. Maneck va louer une de ses chambres alors que les deux autres vont travailler pour elle.
Le lecteur suivra les destins de ces quatre personnages qui n'en finissent pas de se croiser.

Critique:
Beaucoup d'auteurs écrivent sur toutes sortes de choses. Beaucoup écrivent sur l'Inde, mais je ne sais pas s'il est un auteur qui écrive aussi juste que Rohinton Mistry. Il me semble que l'Inde est contenue dans ces pages. L'Inde, sa beauté, sa richesse, sa complexité, son histoire, ses castes, ses mendiants, sa cuisine... Nous suivons ces personnages de la fin des années 50 jusqu'en 1984, ce qui donne l'occasion à l'auteur de mêler les petites histoires à la grande. Ses personnages subissent la répression due à l'état d'urgence. À un moment, certains d'entre eux sont entraînés de force, et doivent assister à un discours de la premier ministre. L'auteur décrit de manière fine et implacable les rouages politico-historiques du pays.

D'une manière générale, les protagonistes se débattent pour sauvegarder ce qu'ils aiment, pour tenter de vivre le mieux possible. Cependant, ils ne sont à l'abri de rien. On peut les rafler dans la rue sous n'importe quel prétexte, les expulser de chez eux, les contraindre à être stérilisé...
Certains souhaitent que leurs enfants ne connaissent pas ce qu'ils ont vécu, et font leur possible pour les sortir d'une ligne toute tracée par leur naissance. Cela aura tout un tas de conséquences...

On s'attache très facilement aux personnages principaux qui sont complexes. Chacun se débat avec ce qu'il est, ce qu'il croit, ce qu'il ressent. Chacun évolue. Certains se révéleront surprenants. Certains se contrediront. Par exemple, Ishvar s'entête à vouloir marier son neveu, convaincu que cela résoudra tous leurs problèmes, convaincu qu'il faut le faire parce que ça se fait, et pourtant, il n'a jamais été très traditionaliste.
Que dire de Maneck? Son évolution est intéressante, car elle soulève certaines questions.
Quant à Dina, elle s'adaptera toujours, et restera intègre, malgré certaines réticences.
Son frère, Nuswan, donne l'impression de ne pas vraiment évoluer: il louvoie toujours entre ce qu'il croit être la bienséance et son amour pour sa soeur.
Le collecteur d'impôts est intéressant parce qu'il n'est pas manichéen. Il fait son métier parce qu'il en a besoin, mais plus le temps passe et moins il y parvient. C'est quelque peu symbolisé par les classeurs qui sont de mauvaise qualité et finissent par s'abîmer.
Que dire du maître des mendiants? Charismatique, complexe, plus humain que certains...
J'aime cette réflexion que l'auteur attribue à l'un de ses personnages, à savoir que les lieux et les conditions de vie peuvent changer les gens. Parfois en bien, parfois en mal. C'est ce que s'attache à montrer Rohinton Mistry à travers de multiples exemples dont certains (Shankar, par exemple) surprendront peut-être.

Le livre est très gros dense (trente heures en audio) et il n'y a aucun temps mort. C'est assez extraordinaire pour être souligné. En effet, plus le livre est gros, plus il y a danger de temps morts. Ici, j'ai déploré qu'il ne dure pas plus longtemps.
J'aurais sûrement préféré une autre fin, mais aurait-elle sonné si juste?

J'ai aimé la structure du livre. Le prologue nous montre les quatre personnages principaux, puis les premières parties retracent la vie de chacun d'eux avant leur rencontre. Je trouve cela astucieux. En effet, le prologue fait qu'on s'attache à eux, et qu'on a envie de connaître le «parcours» de chacun. Je ne sais pas si un livre présenté de manière chronologique aurait eu le même effet, car j'aurais été triste de quitter un personnage pour en voir un autre que je n'aurais pas du tout connu, et j'aurais mis un peu de temps à m'habituer.

À lire d'urgence!

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mathilde Terrarose pour le GIAA

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lundi, 20 juillet 2009

Une simple affaire de famille, de Rohinton Mistry.

Une simple affaire de famille

L'ouvrage:
Inde, années 60.
Nariman vit avec Jal et Coomy, les enfants de sa femme décédée. Il est atteint de la maladie de Parkinson. Malgré cela, il voudrait pouvoir vivre à peu près normalement, et il tient à sa promenade quotidienne.
Un jour, il tombe, et se casse la cheville. Cela fait qu'il doit rester alité. Jal et Coomy ont du mal à jouer les infirmiers. Ils décident (surtout Coomy) de laisser ce fardeau à Roxanna, leur demi-soeur, fille de Nariman et de leur mère.
Roxanna, son mari (Yezad), et leurs deux enfants (Murad et Jehangir), vivent dans un petit deux pièces, acheté par Nariman comme cadeau de mariage. Ils auront du mal à se charger d'un nouveau pensionnaire. Pourtant, certains prendront un réel plaisir à la venue de Nariman.

Critique:
J'ai passé un très bon moment avec ce livre. Je vous en conseille la lecture.
D'abord, on suit l'histoire avec plaisir. La vie de ces personnages, leur psychologie, leurs failles... On comprend les rancoeurs de Coomy, la faiblesse de Jal. Les événements ont aigri Coomy, et l'ont rendue amère. Elle ne pardonne rien, ne veut pas voir que tout n'es jamais tout blanc ou tout noir, et charge Nariman de tous les torts. Mais en même temps, elle tente de le protéger comme elle peut, de la manière qui lui semble la meilleure.
D'autre part, l'histoire présente est entrecoupée de flashbacks qui correspondent aux souvenirs de Nariman. Là encore, le lecteur suit ce qui s'est passé avec intérêt.

Outre l'histoire, les événements et les personnages mènent vers des réflexions pas toujours faciles à accepter, mais qui, en tout cas, sont justes et réalistes. L'idée générale est que l'homme ne doit pas chercher à manipuler la vie de ses semblables à cause d'idées que lui-même et ses semblables se sont mis en tête.
D'abord, Nariman et Lucie sont broyés par des idées, une obsession humaine de respecter les castes. Lucie n'était pas une Parsie, donc elle ne pouvait épouser Nariman. Mais au nom de quoi?! Il me semble que c'est Yezad qui, à un moment, explique qu'on ne mélange pas les Parsis et les autres pour préserver l'unicité de la race. Quel est l'intérêt de l'unicité de la race, si cela n'apporte que souffrance et désastre? Car c'est ce que l'obstination ridicule de la famille de Nariman a engendré. Cela a détruit les vies de plusieurs personnes.

Ensuite, c'est Yezad qui est aveuglé par des idées arrêtées. Au départ, il se rend au temple pour essayer de trouver un sens à ses souffrances, essayer de les accepter. Sa démarche est donc positive. Il finit même par cesser de s'obstiner bêtement, et il aide Roxanna à soigner Nariman. (Ce refus d'aider sa femme m'avait déjà paru étrange, et m'avait mise dans de mauvaises dispositions face à Yezad.)
Malheureusement, ce qui, au départ, rendait Yezad plus tolérant, l'a perverti. Il devient fanatique, et de ce fait, totalement ridicule, et très bête. À force de prendre au pied de la lettre les dogmes édictés par certains hommes, il perd tout esprit critique, toute capacité à réfléchir, à ressentir, et devient détestable.

Enfin, le lecteur est obligé de constater autre chose qui ne lui plaît pas vraiment: à partir du moment où les choses se sont arrangées pour Yezad et Roxanna, la famille a été moins soudée, et Nariman pâtit de cette nouvelle aisance. Certains signes préparent à cela: le refus de Nariman de partir et d'avoir une domestique pour s'occuper de lui, le désespoir de Jehangir lorsqu'il faut quitter le petit appartement...
Cette vision est un peu radicale. Pourquoi l'aisance monterait-elle forcément à la tête des gens? Pourquoi la pauvreté serait-elle forcément unificatrice? Ou bien, cela sommeillait-il en chacun? Yezad était-il prédisposé à tourner bigot? Peut-être, étant données ses réactions à travers le livre. Quant à Roxanna, elle finit par regretter la façon dont cela a tourné. C'est Jehangir et Murad qui ont les réactions les plus saines et les plus pures. Est-ce parce que ce sont des enfants?

À travers des personnages et une intrigue captivants, Rohinton Mistry nous brosse un portrait de l'Inde sans complaisance. Il en montre les multiples facettes. Cette lecture a été très instructive pour moi de ce point de vue. Je ne connaissais pas grand-chose sur l'Inde, sur son fonctionnement. J'en avais eu un aperçu grâce à «De la part de la princesse morte», mais il me semble que «Une simple affaire de famille» développe plus certains aspects. En plus, il nous parle d'une Inde quelque peu différente: en vingt-cinq ans, certaines choses ont changé.
Certains passages du roman sont un peu longs, mais globalement, il vaut la peine d'être lu.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.

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