Sur la réserve

L'ouvrage:
La France subit une pénurie de pétrole.
Ludovic, habitant d'un petit village, raconte un mois de sa vie sans essence.

Critique:
Carole Mijeon analyse avec pertinence les réactions de gens confrontés à quelque chose qui perturbe énormément leur quotidien. Ainsi, elle met en lumière la dépendance au pétrole, mais pas uniquement. Pas de pétrole signifie pas d'essence, donc pas de réapprovisionnement possible des supermarchés, par exemple. Nous savons, plus ou moins, que nous sommes trop dépendants de toutes les facilités créées par l'homme, souvent au détriment de l'environnement et du respect de la planète. Ludovic devait en être conscient sans trop se poser de questions, et il doit brutalement y faire face. Par exemple, n'ayant plus d'essence, il veut aller au supermarché à vélo. C'est alors qu'il se rend compte qu'il bouge si peu au quotidien, que l'expédition lui donne de très douloureuses courbatures. Je sais que beaucoup d'entre nous sont dans ce cas-là. Cet exemple peut faire sourire, même s'il est à prendre au sérieux, mais il ne représente que le moins grave de tout ce dont Ludovic va se rendre progressivement et pleinement compte.

Les réactions des gens sont assez déplaisantes, surtout parce qu'il est malheureusement sûr que l'auteur n'exagère pas. Entre ceux qui ne pensent qu'à eux, ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, ceux qui en profitent pour s'improviser orateurs et tentent de gagner une parcelle de pouvoir, ceux qui s'arrangent avec leur conscience, ceux qui se transforment en bandits de grands chemins, ceux qui ne sont solidaires que par intérêt, on a de quoi être dégoûté. Au milieu de ce vent de folie, Ludovic tente de conserver un peu d'intégrité. Tout au long de ma lecture, je me suis demandé comment je réagirais. J'aimerais être sûre que je serais comme Ludovic, mais malheureusement, je ne peux pas le savoir.

J'ai été un peu déçue qu'en dehors du narrateur, l'auteur ne montre que des gens négatifs. Par exemple, à un moment, un homme dit: «Ma femme ne me lâche pas pour que je trouve à manger!» C'est l'exemple qui me vient, mais d'une manière générale, on dirait qu'il n'y a qu'acrimonie partout. Personne ne pense aux autres. Élisa, par exemple, est vraiment écoeurante. Même Agathe n'est pas vraiment aimable. Elle ne se préoccupe de Ludovic que lorsqu'elle a besoin de lui... Je comprends qu'on pense à soi, mais j'aurais aimé voir des gens qui pensent au moins à ceux qu'ils aiment, et ne doivent pas vraiment aimer, à en croire leurs dires. Certains semblent penser à leurs enfants, mais cela n'est pas toujours crédible. Le maire pense au bien du village, mais c'est son devoir de maire.

À un moment, Dimitri dit qu'on peut se suffire à soi-même sans avoir besoin d'acheter. Il se dit même affligé que l'homme soit devenu ce qu'il est. Je trouve dommage qu'il n'ait pas expliqué comment il faisait. On peut imaginer une ferme avec beaucoup d'animaux et une terre fertile. Cette idée est intéressante, mais il faut quand même de l'argent. Les animaux doivent manger. Le jardin, il faut l'entretenir. Sans être complètement happé par les portables et autres engins «connectés», il ne faut pas forcément tout rejeter. Si Dimitri veut faire son pain, il faut bien qu'il achète de la levure et de la farine. Donc le raisonnement est intéressant, mais l'auteur aurait dû le confronter à la réalité au lieu de montrer Dimitri comme celui qui fait tout comme il le faut. Lorsque le personnage a une discussion houleuse avec Francis, on sent bien que Carole Mijeon fait s'affronter les deux courants de pensée qui ont cours en ce moment. Je serais tentée de penser comme Dimitri, car la façon de voir de Francis montre son égoïsme et le fait qu'il ne voie qu'à court terme. Mais Dimitri m'a agacée, par ailleurs, parce qu'il m'a semblé suffisant, et qu'il va un peu loin. En outre, il prône la solidarité, l'ouverture, la tolérance, mais on pourrait objecter qu'il a beau jeu de faire cela, puisqu'il ne meurt pas de faim. En fait, il n'y a que Ludovic qui soit réellement sympathique, car il tente de s'adapter sans perdre les autres de vue. Il tente de comprendre pourquoi le monde dans lequel il menait une vie insouciante s'écroule. Il tente de se remettre en question, de voir plus loin, même si cela lui est douloureux.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Olivier Chauvel.
Le comédien a su se glisser dans la peau de Ludovic. Il a toujours le ton approprié lorsqu'il s'agit de la narration et des répliques de Ludovic. Il entre bien dans le style de l'auteur. Cependant, je regrette beaucoup qu'il ait donné des voix si caractéristiques à certains personnages. J'ai eu mal pour lui quand j'ai entendu la voix qu'il prenait pour Francis. Elle est haut perchée, chuchotante et parfois cassée. On sent qu'il se force. D'une manière générale, je n'ai pas apprécié ces voix (Francis, le maire, Dimitri, Agathe) qui caricaturaient les personnages, les rendant invraisemblables. Pourquoi une vieille dame doit-elle toujours avoir une voix un peu précieuse et chevrotante? Je connais des personnes (elles sont lectrices bénévoles) qui ont plus de soixante-dix ans et dont la voix n'est pas du tout ainsi. Quand à l'accent du Midi du maire, j'ai senti que le comédien n'était pas toujours à l'aise avec. Parfois, il y a de petites nuances qui montrent qu'il ne le fait pas naturellement. De plus, il prend toujours un peu le même ton pour le maire. C'est un peu la même idée pour Dimitri. Ces voix exagérées m'ont gênée. c'est apparemment un choix du studio d'enregistrement qui a dû vouloir forcer le trait pour accentuer la caricature. Je pense, pour ma part, que j'aurais mieux profité du texte s'il avait été joué de manière moins grandiloquente. Il fallait qu'il soit joué, mais pas autant. J'ai été d'autant plus déçue que par ailleurs, le comédien est très bon.

Pour information: la structure du livre est respectée.

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