Contours du jour qui vient

L'ouvrage:
Le Mboasu est ravagé par la guerre. Le père de Musango est mort. À l'instar d'autres parents pauvres et désoeuvrés, sa mère la chasse, la disant possédée du démon. La fillette, enlevée et vendue à des proxénètes, devra lutter pour survivre et gagner sa liberté.

Critique:
À travers son histoire en forme de parcours initiatique, c'est celle de son pays que raconte Musango. En effet, elle s'efface beaucoup, et semble, le plus souvent, n'être que le réceptacle d'événements qu'elle doit raconter au lecteur afin qu'il sache les superstitions, l'endoctrinement, la façon dont certains abusent de leur pouvoir. C'est ce qui fait, je pense, que ce livre a été apprécié. Cependant, cela m'a gênée. Pour moi, Musango s'efface trop. Bien sûr, elle parle d'elle-même, de ses souffrances, de sa combattivité, mais j'ai eu du mal à l'impliquer dans ce qu'elle raconte. Il m'a semblé qu'elle était davantage journaliste, spectatrice, que réellement impliquée. Cela tient d'abord au fait qu'elle raconte en prenant de la distance. On ne sait pas toujours ce qu'elle ressent. On sait qu'elle n'aime pas ce qu'elle vit (c'est normal et logique), et qu'elle réfléchit beaucoup quant à sa mère pour qui elle a des sentiments ambigus. On dirait un peu un documentaire dans lequel Léonora Miano a inséré un personnage, et lui a inventé quelques réactions à la va-vite afin de le faire passer pour un roman. Je n'ai pas vraiment pu m'attacher à Musango, même si c'est un personnage admirable, parce qu'elle n'est pas crédible.
Ce n'est qu'à la fin que la fillette, cherchant à retracer l'histoire de sa mère, en apprenant davantage sur sa famille, a su m'émouvoir, devenant quelqu'un qui ressent, qui a un passé, une généalogie.

Les autres personnages sont à cette image: ils n'ont pas éveillé mon émotion, étant vus, selon moi, de manière froide, comme dans un compte rendu.
Là encore, cela s'arrange dans la dernière partie: les personnages que rencontre Musango prennent vie.
Je n'ai pu prendre la mère ne notre héroïne en pitié. Entre superstition et rancoeur, elle ne sait qu'haïr, reprocher, et geindre.

D'autre part, le style n'est absolument pas celui d'une enfant. Le livre est écrit à la première personne, mais il aurait peut-être été plus judicieux que le narrateur soit omniscient. J'aurais mieux accepté cette distance et ce style recherché, parfois poétique, voire quelque peu grandiloquent.
Je ne dis pas que le livre est mauvais, mais qu'à cause de ce que je dis plus haut, mon horizon d'attente n'a pas été satisfait. Donc, je ne l'ai pas vraiment apprécié.

À part cela, le livre est un document social précis. C'est comme un reportage sur un pays, sa misère, la façon dont certains en profitent, la souffrance qu'elle occasionne. Musango parcourt son pays dévasté, recueillant sa vie, s'imprégnant de son essence, l'offrant au lecteur dans toute sa vérité.

Je suis contente d'avoir lu ce roman après que l'effervescence qu'il suscita est retombée. Ma chronique aurait été encore plus négative, car j'aurais été exaspérée que le roman soit porté en triomphe.
Je ne sais pas si je tenterai d'autres livres de Léonora Miano.

Éditeur: Plon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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