Le français mal-t-à propos

L'ouvrage:
Pierre Merle expose ici fautes d'usage, de grammaire, de ponctuation, tics de langage, liaisons mal-t-à propos, danger du langage SMS, etc. Il explique pourquoi, à son avis, un tel relâchement s'opère dans notre langue.

Critique:
J'aime beaucoup ce genre de livres. D'abord, parce que je fais moi-même la chasse aux fautes, et tente d'en faire le moins possible. Et puis, ça me fait plaisir que d'autres pointent du doigt ces injures à notre langue.

C'est non sans humour que l'auteur évoque toutes les sources de fautes, et les absurdités langagières qui viennent émailler discours et écrits.
J'avais repéré la plupart des fautes d'usage relevées par Pierre Merle. Je suis donc fière de les éviter. Mais il en est une que je devais sûrement faire: celle qui consiste à toujours utiliser le participe passé du verbe «convenir» avec l'auxiliaire «avoir». Je sais, pourtant, qu'on dit (par exemple): «Nous étions convenus de nous retrouver à midi.» Je crois que je ne faisais pas trop attention à cette faute d'usage. Dorénavant, je la surveillerai, comme les autres. ;-)
Je sais que je dois commettre d'autres fautes d'usage, même parmi celles que j'ai repérées... Il est par exemple très facile de dire: «Je viens en vélo.» Je le dis, parfois, alors que je sais que c'est une erreur, puisque la personne est sur le vélo, et non à l'intérieur. ;-)

J'ai bien ri lorsque l'auteur évoque les tics de langage. Je sais que malgré ma vigilance, j'en emploie certain, comme «en même temps»... Décortiqués par Pierre Merle, ces tics qui me semblaient déjà un peu affectés, sont franchement risibles!

Pierre Merle évoque les perles du baccalauréat de juin 2004, reprises dans certains journaux. Il en cite quelques-unes. Je me suis aperçue que ces perles, je les avais déjà relevées, lorsque j'étais moi-même au lycée (plusieurs années avan 2004). Du coup, je me demande si ces phrases ont réellement été écrites par des aspirants au baccalauréat, ou si elles furent inventées par de facétieux journalistes, et ressorties tous les tant de temps...

J'ai été surprise de lire ce que Pierre Merle dit de l'accord du participe passé. En effet, il ne cite qu'imparfaitement la règle quant aux verbes pronominaux. Il explique que les verbes pouvant être pronominaux ou pas (comme «couper» oo «se couper»), obéissent à la règle des participes passés conjugués avec l'auxiliaire «avoir». Or, ce n'est pas tout à fait vrai. Si on écrit: «Elle s'est coupé le doigt.», on écrira: «Elle s'est coupée.» Si le pronom réfléchi «s'» est C.O.D., le participe passé s'accorde. Si le pronom réfléchi est C.O.I., le participe passé ne s'accorde pas. On peut aussi dire que si le verbe est suivi d'un C.O.D., le participe passé ne s'accorde pas. Cette façon de retenir la règle est plus simple, mais elle est incomplète, car il n'y a pas de C.O.D. après «Elles se sont téléphoné.» ou «Ils se sont succédé à la tête de l'empire.», et pourtant, le participe passé ne s'accorde pas. C'est à cause du pronom réfléchi C.O.I.
Je n'aime pas trop cette règle, parce que j'ai toujours envie d'écrire: «Elles se sont téléphonées.», ou: «Ils se sont plus.», ou: «Elle s'est permise.», alors que c'est faux.
La règle d'accord du participe contient d'autres exceptions de ce genre, et est assez retorse.

Je milite, à l'instar de Pierre Merle, pour la cause du passé simple! ;-) Je n'irai pas jusqu'à le prôner dans les conversations courantes, mais j'aime beaucoup ce temps, et je peste systématiquement lorsque je lis un roman rédigé au présent.

Le passage sur le mode subjonctif m'a fait prendre conscience que, comme le dit l'auteur, on l'utilisait de manière assez flottante... Heureusement, l'auteur a parlé de cette faute qui me hérisse et qui m'agace tant elle est répandue: celle du «après que». Le verbe qui suit «après que» sera toujours à l'indicatif, jamais au subjonctif. Je ne comprends pas trop pourquoi cette erreur s'est tant répandue, étant donné que l'explication grammaticale de cette règle est logique, et que «après que» pourrait être remplacé par «dès que». Il ne viendrait à personne l'idée de mettre un verbe au mode subjonctif après «dès que»!

J'aime bien la façon dont Pierre Merle démonte l'argument de certains professeurs: les classes sont trop pleines. En tant que professeur de français, j'ai déjà entendu cet argument énoncé de manière assurée par mes collègues. Si le paramètre du nombre est à prendre en compte, il est loin d'être le seul, ni même le principal facteur du fait que certains élèves ne savent plus conjuguer ou orthographier. Je préfère une classe de trente élèves travailleurs et attentifs, qui tenteront de comprendre et de se corriger, plutôt qu'une classe de vingt élèves qu'il faut sans cesse exhorter au calme, au travail, et au respect de l'autre!

Je suis d'accord avec l'auteur en ce qui concerne les mots anglais (et ceux en faux anglais): pourquoi les utiliser si le mot français existe? Cependant, je dois avouer que je n'aime pas le mot «courriel», qui, pourtant, est la meilleure façon de traduire «e-mail». Je préfère dire «message», «courrier électronique», ou même «mail».
Autre chose doit freiner certaines personnes: les mots que trouve l'académie française pour traduire certains mots ou expressions... Si, sur un forum, je trouve idiot de dire «topic», alors que «sujet» existe, je me souviens avoir entendu certaines transpositions assez improbables. Cela donne un bon argument à ceux qui prônent l'invasion par l'anglais. ;-)
D'autre part, je trouve très pénibles les personnes qui prononcent un mot anglais «mal-t-à propos», et sont absolument persuadés de bien le dire. Par exemple, dans beaucoup de cas, les deux «o» donnent le son «ou» en anglais. Voilà pourquoi certains disent «floude» pour «flood», et ne me croient pas quand je leur dis que ça se prononce «floeude». C'est comme ceux qui se croient très malins, et prononcent «dji» pour la lettre «j», alors que c'est «djay».

Je ne dirai rien quant au passage sur la féminisation, car j'avoue la préférer, mais je sais que personne n'est d'accord là-dessus. Je reconnais quand même l'ineptie de la double-féminisation que souligne Pierre Merle.

L'auteur de ce livre énonce vérités et arguments de manière posée, et souvent humoristique. Il n'est jamais aigri. Il met simplement les choses au point. J'aime bien sa conclusion, et l'ouvrage en général.

Éditeur: l'Archipel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Clerc-Renaud pour l'association Valentin Haüy.

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