Le rhume du pingouin

L'ouvrage:
Éric Blaclé, vingt-huit ans, est écrivain. Ne pouvant vivre de sa plume, il travaille également dans un hôtel de luxe.
Une nuit, il est réveillé par un cri de souffrance. Cela se reproduit. Éric finit par en perdre le sommeil. Ensuite, il fait des rêves dans lesquels des personnages loufoques l'aiguillonne afin qu'il trouve d'où vient ce cri.

Critique:
Ce livre est assez étonnant. L'auteur s'est attaquée à une enquête de manière assez originale. J'ai eu peur que la fin ne soit pas à la hauteur de ce procédé inventif. Cependant, elle l'est. Il ne pouvait pas y avoir une autre façon de résoudre l'énigme. J'aurais été déçue d'un autre dénouement.
Bien sûr, Michael Mention va loin. Cependant, je pense que ce genre de choses est possible. Il y a juste une chose qui ne l'est pas, et qui montre une porte ouverte vers le fantastique, le surnaturel. Le dénouement est préparé, attendu tout au long du roman. Celui-ci n'est pas assez lent pour que le lecteur s'impatiente ou se lasse. La fin arrive au bon moment.
Je pense qu'elle sera soit très appréciée, soit méprisée. En tout cas, elle ne laissera pas indifférent.

J'ai beaucoup aimé la façon dont les rêves sont mis en scène, et ce qui s'y passe. On est dans une espèce de délire, et les sensations d'un rêve sont très bien rendues. On retrouve l'imaginaire, le fantastique... Je suis toujours fascinée lorsqu'un auteur explore le monde des rêves. Ici, Éric fait apparaître ce qu'il veut, dans les limites de son imagination. J'aime beaucoup cette théorie, car je l'ai expérimentée. Une fois, je savais que je rêvais (je le sais souvent, quoi qu'ait pu en dire mon professeur de philosophie), et je me suis amusée à exiger que telle personne apparaisse, qu'elle dise ceci ou cela... et cela s'est produit.
L'univers onirique est captivant, et l'auteur en parle très bien.

J'ai apprécié le style du romancier, car il va bien au personnage et à l'histoire. Il est léger, parfois cru, plein de néologismes, à la syntaxe relâchée. Il n'est pas évident de maîtriser un tel style. Ici, l'écrivain y parvient. Il n'en fait pas trop (ce qui est le danger), et on a vraiment l'impression d'avoir Éric Blaclé en face de soi. En outre, un tel style ne prépare pas forcément à une telle fin. C'est d'autant mieux.

Le thème de l'écriture est abordée de manière juste. Éric a de petites remarques cinglantes ô combien pertinentes. Par exemple, il différencie «écriture» de «productivité» dans un dialogue savoureux avec son éditeur.
La théorie comme quoi un handicap sera davantage un argument publicitaire pour un roman que sa pertinence est, à mon avis, malheureusement exacte.

Remarques annexes:
J'ai bien aimé la particularité de Bernard. On me dira que ça en fait un personnage un peu cliché, mais je dirais que c'est plutôt une loufoquerie de l'auteur.
Le roman est émaillé de petites remarques portant sur des détails, remarques que j'ai beaucoup appréciées. Par exemple, Éric observe que malgré tous les progrès faits dans beaucoup de domaines, les médicaments sont toujours aussi infectes.

Éditeur: éditions du Rocher.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandra Morel pour l'Étoile Sonore.

J'ai déjà dit que j'appréciais beaucoup Sandra Morel qui lit avec naturel et conviction. Là encore, elle m'a étonnée. Elle a su mettre le ton approprié sans cabotiner. Cela ne doit pas être évident, compte tenu du style de l'auteur. Bravo à elle! Je m'attarderai également sur un détail qui a son importance: la lectrice connaissait cette stupide chanson qui fit fureur dans les années 90: «I like to move it», puisqu'elle en a rendu le rythme et la mélodie (si on peut appeler cela une mélodie) dans sa lecture. Je trouve toujours agréable que le lecteur connaisse, et chante, les chansons dont il est question dans les romans qu'ils interprètent.

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