Plus haut que la mer

L'ouvrage:
Tous les mardis, Luisa va voir son mari en prison. paolo, lui, va y voir son fils. Cette prison de haute sécurité se trouve sur une île. Un jour, Paolo et luisa font le trajet ensemble. Les circonstances les amèneront à se parler...

Critique:
Si Francesca Melandri développe des thèmes intéressants, et le fait parfois avec finesse, je n'ai pas vraiment accroché à ce roman. Pourtant, je comprends qu'on puisse le trouver très bon.

La romancière évoque bien sûr les détenus, mais aussi les gardiens. Elle fait cela à travers Pierfrancesco Nitti, un maton qui a du mal à concilier ce qu'il est, ce qu'il fait dans des moments extrêmes, et sa vie de famille. Il se renferme, ne pouvant parler à sa femme de choses dont il n'est pas fier, mais qu'il trouve «juste» de faire à un moment donné. Ce personnage est attachant, car loin d'être manichéen. En outre, il «ressent» les autres.

Je me suis également attachée à Paolo qui souffre, et pourtant, avance. Il veut se punir pour ce qu'a fait son fils. Il ne pense pas vraiment à l'aspect politique de l'affaire, mais plutôt à l'aspect humain. Son fils a tué des êtres humains. Par la faute de son fils, des êtres humains ont perdu quelqu'un de cher. Paolo méprise ses actes, et trouve pourtant la force d'aller le voir... c'est son enfant... Il est lucide quant à sa situation et appréhende tout cela comme il le peut.

Je n'ai pas apprécié Luisa. Le lecteur éprouvera forcément de la compassion pour cette femme qui a aimé, qui a été (en quelque sorte) dupée, et qui va voir celui que sa violence a fini par perdre. Luisa a des petites manies que certains trouveront attendrissantes, comme celle de tout compter. Cela l'aide à tromper l'ennui, mais aussi à ne pas être bernée par des commerçants. Eh bien, elle m'a davantage agacée qu'autre chose. On dirait une espèce de Sarah Crew («Princesse Sarah») moderne. Pourquoi s'inflige-t-elle ces visites?

D'autre part, le roman est très lent. Les personnages ne parlent pas beaucoup et il ne se passe pas grand-chose. On est beaucoup dans leur tête. Ce n'est pas grave en soi, mais ici, cela m'a pesé. En outre, les événements qui ont lieu ne sont pas très crédibles... pour la plupart. Je ne parle pas du fait que nos protagonistes ne peuvent quitter l'île, mais plutôt du reste. D'abord, ce qui fait que Paolo et Luisa finissent par se parler m'a agacée. Paolo tient à ce que Luisa s'assoie à sa place, car là où elle est, elle reçoit beaucoup de poussière. Il ne la connaît pas, et décide, comme ça, de lui céder sa place plus «confortable». Certes, on me dira que c'est un geste altruiste, et que cela cadre avec le caractère de Paolo. J'avoue avoir trouvé cela grandiloquent. Ce qui se passe ensuite m'a également paru très gros... Pour ne pas tout dévoiler, je ne donnerai qu'un autre exemple: les larmes cathartiques de Luisa. J'ai bien saisi que c'était une libération pour elle, qu'elle exprimait des années de douleur rentrée, mais là encore, j'ai trouvé cela mal amené.
J'ai l'impression que faits et dialogues sonnaient faux, excepté en ce qui concerne Pierfrancesco et sa femme.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Virginie Spaak pour la Ligue Braille.
Virginie Spaak a une voix très claire. Elle met le ton approprié. Elle a lu ce texte en dosant habilement chaleur et sobriété. Je lui ferai mon éternel reproche: je regrette qu'elle ait prononcé les noms propres italiens avec un accent. Cela m'a paru très affecté. J'avais même l'impression que cela lui coûtait.

Acheter « Plus haut que la mer » sur Amazon