Une famille normale

L'ouvrage:
Damien et Cassiopée sont mariés depuis plus de vingt ans. Ils ont deux enfants: Lucie (seize ans), et Benjamin (treize ans). Damien aime profondément sa femme... au point qu'il se préoccupe davantage de ce qu'elle ressent plutôt que des enfants. Cassiopée semble n'éprouver ni sentiments ni émotions. Les enfants se débattent entre des parents absents et leurs problèmes d'adolescents.

Critique:
Si les personnages de ce roman m'ont déplu (surtout les parents), le roman, lui, m'a plu. Garance Meillon crée des personnages criants de vérité, s'engluant dans des chaînes dues à un souci de communication. Elle fait cela très bien, sans incohérences. Elle montre jusqu'où on peut aller lorsqu'on ne parvient pas à être authentique.

Après la lecture de ce roman, le titre fait réfléchir. Est-il ironique, ou bien cache-t-il une cruelle vérité? En effet, où est la normalité dans notre société? Il semble normal d'inscrire sa fille à des cours de danse. Il peut également paraître normal que ladite fille sèche ces cours pour coucher avec son petit ami. Mais la raison profonde de tout cela est-elle normale? Lucie et Benjamin ne sont pas dupes. Ils savent bien qu'au quotidien, leur mère n'agit pas vraiment normalement. Ses manies et ses obsessions la font tenir, mais au fond, même ces règles instaurées par elle la dérangent. Elle semble à la fois perdue (pas à sa place dans la vie) et lucide quant à elle-même. Elle traîne son mal être sans qu'on comprenne vraiment à quoi elle aspire. Le comprend-elle elle-même?

Damien m'a été sympathique au début. C'est reposant et rassurant de lire un roman où le couple ne s'amuse pas à se tromper à tout-va. Cependant, il est également assez pathétique. Il aime mal sa femme, puisqu'il ne lui fait aucun reproche, ne la secoue jamais, la laisse se prélasser dans ses faux problèmes et dans ses obsessions ridicules. Le seul symbole de son affirmation de soi est cette casquette verte qu'ils s'obstine à porter pour courir, sachant que Cassiopée la déteste. L'attitude de ces personnages autour de cette casquette montre bien qu'ils n'ont pas compris grand-chose. S'arrêter à une casquette et en faire presque l'enjeu de sa vie de couple, c'est assez effrayant...

Lucie et Benjamin s'en sortent comme ils peuvent. Ne pouvant vraiment compter sur leurs parents, ils ne s'en tirent pas si mal entre leurs rêves, leurs émois, leurs révoltes...

On attend, bien sûr, que quelque chose arrive. La romancière a su créer des événements qui sont comme des secousses attendues. En effet, ils sont préparés par ce qui arrive avant. La fin est en demi-teinte, ce qui est une bonne chose, car cela va bien au reste. Cependant, le lecteur saura vite comment évolueront les choses. En fait, je croyais cela jusqu'à ce que j'en discute avec mon mari (qui m'a enregistré le roman) et qui pense différemment. Pour lui, la fin n'est pas aussi balisée, et ne va pas forcément dans le sens auquel je pense. À vous de choisir pour quelle solution vous optez.

Éditeur: Fayard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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