Chalion, tome 1 : Le Fléau de Chalion

L'ouvrage:
Après avoir connu bien des déboires (il a été envoyé aux galères par un puissant qui le trouvait gênant), Cazaril retourne dans la ville de Valenda où il servit comme page du Provincar. Il compte se rendre chez la Provincara, et lui demander un travail. Il n'aspire qu'à la tranquillité, et ne souhaite surtout pas faire parler de lui. Mais après quelques jours, la Provincara décide de le nommer secrétaire personnel et précepteur de la Royesse Iselle, qui, pense-t-elle, ne pourrait rêver meilleur instructeur. Cela placera Cazaril en bien mauvaise posture, car il sera amené à côtoyer ceux qui ont voulu sa perte.

Critique:
Ce livre est très long (20h44 en audio), mais je ne me suis pas ennuyée. Je n'aurais jamais cru dire cela: mais il n'y a aucune longueur, à mon avis. L'auteur prend le temps de planter le décor, de nous présenter ses personnages, donne le temps au lecteur d'en prendre toute la mesure. L'intrigue n'est jamais poussive. Bien sûr, il y a des événements que le lecteur prévoit, mais cela ne gâche pas sa lecture.

L'auteur a su créer un univers dans lequel j'ai vite été plongée. Elle a su allier la nouveauté au connu afin de ne pas trop dépayser son lecteur. La structure de la hiérarchie de Chalion et des pays avoisinants ressemble à la monarchie. La nouveauté vient surtout des équivalences nominales des rangs.
La religion des habitants de Chalion ressemble à une religion polythéiste, mais les dieux ont d'autres noms, et n'ont pas tout à fait le même rôle que dans notre monde.

Pour moi, trop de romans de fantasy se focalisent sur la guerre: un peuple ou un homme doit combattre un autre peuple ou un méchant sorcier qui veut détruire la planète. Ici, c'est plus subtile. Il en va de même pour les enjeux politiques: il y en a, mais le lecteur n'est pas assommé. On retrouve cette habileté en ce qui concerne la magie. Elle est présente, et joue un rôle essentiel, mais l'auteur sait, mieux que d'autres, l'incorporer à sa trame et à ses personnages. Dans certains romans, lorsque la magie se manifeste, c'est la débâcle! Les caractères changent, les personnages se tapent dessus à coups de sort, on découvre que le vieil oncle Truc, que l'on croyait inoffensif, voire simplet, est un magicien... je n'aime pas du tout cette façon d'amener les choses avec de gros sabots. Lois McMaster Bujold évite cet écueil avec brio.

N'oublions pas que Lois McMaster Bujold parsème son livre de notes d'humour qui sont les bienvenues. Elles pourront paraître un peu mièvres à certains, mais elles m'ont plu, notamment la première partie du chapitre 29.

Un lecteur tatillon lui reprochera peut-être le manichéisme de certains de ses personnages. Il est vrai que Cazaril semble être parfait. Cela m'a un peu agacée (surtout lorsqu'il utilise le charme de mort sachant ce qui en découlera), mais c'est compensé par sa personnalité générale, toute en pondération, en réflexion, en humilité. Humilité qui ne devient pas de la bêtise, comme chez certains.

J'ai apprécié le personnage d'Iselle, surtout parce que j'ai commencé par la détester! Au début, elle m'agaçait prodigieusement! Elle pensait tout savoir mieux que tout le monde, affichait une belle assurance... ses buts étaient honorables, mais je la trouvais suffisante. Au long du livre, elle apprend de ses erreurs et de son maître à penser. Elle finit par ne plus agir de manière impulsive, et se révèle fine stratège.
J'ai apprécié Betriz aussi, même si elle est un peu éclipsée par Iselle.
L'auteur a particulièrement bien campé le personnage d'Ista. Je ne peux pas trop en dévoiler, mais elle est plus complexe que ce que l'auteur nous fait habilement croire au départ.
Quant à Orico et Thédèse, ils font partie des personnages complexes. Ils sont manipulés, et n'étant pas armés, ne savent pas réagir comme il le faudrait. Orico a l'air d'un abruti, et Thédèse est trop crédule, trop impulsif.

Remarque annexe::
En cherchant des informations sur la saga, j'ai découvert que les tomes 2 et 3 n'avaient pas grand-chose à voir avec le premier. Cela me donne moins envie de poursuivre la série, car je me suis attachée aux personnages. Néanmoins, je lirai les autres tomes, une fois que je me serai habituée à l'idée qu'ils ne sont pas vraiment la continuité du premier.

Éditeur: Bragelonne.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Josselyne Daul pour l'association Valentin Haüy.
Je tiens à adresser mes félicitations à cette lectrice qui a très bien interprété ce roman, mettant toujours le ton approprié, rendant le texte vivant, mais n'en faisant jamais trop.

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