Samedi

L'ouvrage:
Henry Perowne, neuro-chirurgien, se réveille en pleine nuit. Ne pouvant se rendormir, il observe sa ville par la fenêtre de sa chambre. C'est alors qu'il voit passer un objet qu'il prend d'abord pour une comète. C'est en fait un avion en feu. Henry est déboussolé, car persuadé qu'il ne peut pas contacter d'éventuels sauveteurs à temps, frustré de se savoir impuissant, mais aussi conscient qu'il voit se dérouler quelque chose dont on va parler aux informations.
Cette journée, commencée étrangement, se révèlera riches en évocations du passé et en événements inattendus.

Critique:
En apparence, ce roman est banal. On peut même dire que jusqu'aux trois quarts, il ne s'y passe pas grand-chose. Et pourtant, c'est un roman riche en réflexion. À travers des retours en arrière et le déroulement d'une journée, Ian McEwan nous fait découvrir la famille d'Henry. Chacun mérite qu'on s'y attarde.

En général, cette structure me déplaît. Cependant, ici, elle est appropriée. Les retours en arrière, et le fait que nous passons une grande partie du temps en compagnie d'Henry m'ont rappelé l'ambiance de «Les sortilèges du cape Cod», de Richard Russo, construit un peu de la même manière. Je n'ai pu achever ce roman, à l'inverse de «Samedi».
L'auteur nous présente une famille qui a réussi, des personnages conscients de ce qu'ils sont, qui n'hésitent pas à se remettre en question... J'ai aimé qu'il bouscule certains clichés. Par exemple, Henry et Rosalinde sont mariés depuis vingt-cinq ans, et s'aiment profondément. Henry ne trompe pas sa femme, les années n'ont pas transformé leur amour en aigreur, ils ont toujours envie l'un de l'autre, ils sont complices, Henry voit sa femme presque comme à leur première rencontre... Malgré leur travail très prenant, ils savent être là l'un pour l'autre. Parfois, pendant la journée, ils se téléphonent pour se donner quelques nouvelles, et entendre la voix de l'autre. Cet amour simple et pérenne, se manifestant par de petits actes, m'a touchée.
À côté de cela, Henry se remémore sa rencontre et la cour qu'il fit à une Rosalinde un peu méfiante et marquée par le deuil.

Pendant cette journée, la «routine» de la vie d'Henry est sans cesse mise en regard avec ce qu'il se passe dans le monde. Par exemple, on a peur que les États-Unis et l'Irak se fassent la guerre. Il est assez déroutant de voir ces deux choses l'une en face de l'autre. Plus tard, deux personnages parleront de l'éventualité d'une guerre, et moi qui n'aime pas trop ce genre de discussions, je l'ai appréciée ici. Je partageais l'opinion de l'un des personnages, tout en comprenant celle de l'autre.
L'idée de la guerre, évoquée avec gravité, mais qui reste abstraite pour ces personnages qui ont une vie bien ancrée dans une certaine réalité, sera définitivement balayée au profit de ce qui arrivera à la famille, car à leur échelle, c'est plus important. C'est ainsi que cela se passe dans la réalité.

J'ai apprécié la manière dont la littérature est abordée. Elle est d'abord source d'émerveillement pour Daisy qui y est initiée par son grand-père. J'ai particulièrement aimé la réflexion de la jeune fille après sa lecture de «Jane Eyre»: en substance, elle était désolée d'avoir fini le livre, de devoir sortir de ce monde. Cet engouement pour la lecture devient ensuite source d'inspiration pour Daisy, et lui permet d'accéder au bonheur d'écrire à son tour.
Au cours de cette journée, l'écriture amènera une porte de sortie inattendue, une échappatoire salvatrice à une situation qui semblait bloquée.
Si la littérature peut parfois être source de frictions (principalement entre Daisy et son grand-père ou son père), cela amène à des échanges de points de vue très intéressants et enrichissants.

L'auteur propose quelques rebondissements auxquels j'aurais dû m'attendre, et qui s'insèrent parfaitement dans l'histoire. Tout est logique, rien n'est spectaculaire. Outre la tension due à certains événements, ces rebondissements amènent des réflexions qu'Henry et Rosalinde se font et qui ôtent à la situation ce qu'elle pourrait avoir de cliché.

Un livre bien pensé, exempt de remplissage, abordant finement plusieurs thèmes intéressants, qui décrit la vie de manière très réaliste.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bertrand Baumann pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime beaucoup la lecture fluide et naturelle de ce lecteur. Au passage, je tiens à le remercier d'avoir épelé Perowne.

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