La route

L'ouvrage:
Dans un pays dévasté et quasi-désert, un homme et son fils vont par les chemins, poussant leur caddie, trouvant parfois de la nourriture. Ils affrontent la précarité d'une telle situation. Ils doivent aussi faire avec les caprices de la nature, le rude climat.

Critique:
Ce livre est construit comme une énigme. L'auteur nous donne très peu d'indices nous permettant de situer les personnages. On n'a aucun repère spatio-temporel, mis à part la saison, et encore, peut-être le pays est-il froid toute l'année. Cela contribue au mystère. Sans repères spatio-temporels, le lecteur se sent un peu perdu, et ce que nous lisons est encore plus étrange.
Les personnages non plus ne peuvent être situés. Ils ne possèdent pas de marques de civilisation et d'humanité: ils n'ont pas d'identité ni d'âge, comme si tout cela avait été balayé à l'instar de la civilisation, et de l'humanité. Bien sûr, on découvre quelques vestiges de civilisation (le plus flagrant étant la manne inattendue dont les personnages bénéficient à un moment), mais cela semble dater de plusieurs années, et mis à part l'entrepôt de vivres et d'accessoires pour se laver, tout ce qu'ils trouvent rappelant la civilisation est usé ou inutilisable.
On rencontre également quelques personnes au hasard de la route de nos deux personnages, mais ces gens semblent être des rescapés... A ce propos, on ne connaît pas exactement les raisons qui poussent le père et son enfant à fuir. L'auteur les donne avec parcimonie au long de l'ouvrage. Et encore, on ne sait jamais vraiment. Je me suis demandée s'il n'y avait pas eu une catastrophe naturelle qui aurait tout détruit... Puis j'ai pensé qu'une dictature avait ravagé le pays... Finalement, j'ai imaginé que les hommes avaient été victimes de leur négligence, et que certaines ressources naturelles avaient été épuisées, précipitant la fin de l'humanité... Peut-être est-ce un peu des trois...

De cette énigme naît une espèce de frustration pour le lecteur. A quoi bon cette fuite? On sait que les deux protagonistes «portent le feu», et doivent aller vers le sud. Il semble qu'en fait, le père dise cela à l'enfant afin de le pousser à continuer. Mais tout cela n'est qu'un vaste supplice de Sisyphe, dont l'idée est renforcée par les longues phrases entrecoupées de «et». Ils doivent recommencer à marcher pour aller plus loin, pour ne pas rester au même endroit, pour ne pas risquer de rencontrer ceux qui survivent en mangeant leurs semblables. Cela montre que l'homme a la vie chevillée au corps... Quelle est l'attitude la plus raisonnable? Celle du père ou celle de sa femme? Je ne saurais répondre.

Ce livre, qu'il plaise ou pas, ne peut laisser indifférent. Cette histoire bouleversante de personnes qui refusent de se résigner sans se battre, la capacité d'adaptation de l'être humain, tout cela marquera profondément le lecteur. Il ne pourra s'empêcher de se demander comment il agirait face aux personnes comme le vieillard et le voleur. Ferait-il comme le père ou l'enfant? Je pense, malheureusement, que j'agirais comme le père. Le lecteur ne peut s'empêcher d'admirer l'enfant qui garde la capacité de s'apitoyer pour autrui. Est-ce un reste de la pureté de l'enfance?

Je n'évoquerai pas la fin, mais elle apporte certaines réponses... Je n'en dirai pas plus.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Eric Herson-Macarel pour les éditions Livraphone.

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