Auteur : Maynard Joyce

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jeudi, 25 mai 2017

Les règles d'usage, de Joyce Maynard.

Les règles d'usage

L'ouvrage:
New York, 11 septembre 2001. Ce jour-là, Wendy, treize ans, est au collège depuis peu lorsqu'on apprend la destruction des tours du World Trade Center. La mère de l'adolescente, Janet, travaille dans l'une des tours, au quatre-vingt-septième étage. Les jours passent, et Janet ne revient pas. Alors que Wendy, Josh (son beau-père), et Louis (son demi-frère de quatre ans) tentent d'accepter qu'ils ne la reverront plus, Garett (le père biologique de la jeune fille) débarque de Californie et lui dit qu'elle doit venir vivre avec lui, puisque sa mère n'est plus là.

Critique:
Après avoir été très déçue par «Le week-end» et «Les filles de l'ouragan», je pensais avoir fait une croix sur Joyce Maynard. J'ai essayé ce livre parce que la quatrième de couverture semblait intéressante, et parce qu'il a été enregistré par une lectrice que j'aime beaucoup. J'ai été très agréablement surprise par ce roman très juste.

Joyce Maynard raconte d'abord le désarroi que causèrent les attentats du 11 septembre. On sait que cela a été un énorme traumatisme, on se doute de la manière dont l'ont vécu les gens, mais le lire à travers l'histoire de monsieur et madame tout le monde le fait ressentir plus intensément, plus intimement.

Ensuite, l'auteur s'attache à montrer ce que j'appelle des gens normaux. Par les temps qui courent, c'est reposant, et cela donne un peu d'espoir. Je veux dire qu'avec toutes les histoires de détraqués qu'on voit dans le monde, on est content de lire un récit qui concerne des gens qui ne sont pas tordus, et ne songent pas uniquement à faire du mal à ceux qui, selon eux, ont une meilleure vie. Je caricature un peu, mais pas tant que ça. Certains diront peut-être que l'auteur exagère lorsque Wendy se lie d'amitié très facilement avec des gens rencontrés au hasard de ses pérégrinations. Moi-même, j'ai trouvé ça un peu gros, mais après tout, pourquoi pas? C'est réconfortant de ne pas toujours se méfier de tous. Bien sûr, dans le roman, ces rencontres ne finissent pas par cacher des tueurs fous, mais dans la vraie vie, on n'est jamais trop prudent...

J'ai été agacée que l'héroïne magnifie son père. Bien sûr, on la comprend, et je pense que mon agacement est subjectif. Cette remarque m'amène à un autre point. L'auteur montre des exemples de relations parents-enfants. Wendy a été bien élevée. Même si elle a ses moments de colère et de mauvaise foi, elle sait, au fond, ce qui est bien ou pas. Elle connaît les limites. Elle est déboussolée, se cherche, est rongée par les disputes qu'elle a pu avoir avec sa mère. Elle flirte avec certains interdits... Seulement, tout le monde n'aurait pas réagi comme elle finit par le faire. Là encore, certains diront que c'est un peu gros, que n'importe qui aurait profité d'avoir la liberté qu'a la jeune fille pour faire n'importe quoi. Il ne faut pas oublier sa bonne éducation, le fait qu'elle est responsabilisée. Il est plaisant de penser qu'il existe des gens comme elle.

Au long du roman, on voit d'autres exemples de parents et d'enfants. Tous ne font pas toujours ce qu'il faudrait, parfois parce qu'ils ne le peuvent pas, parfois parce qu'ils sont bornés et ne veulent pas se remettre en question.
Les événements donnent lieu à d'improbables rencontres. J'ai aimé le réveillon de Noël avec tous ces gens venus d'horizons différents, ayant été cabossés par la vie...

D'une manière générale, ce roman montre que quoi qu'il arrive, la vie continue, et que certains d'entre nous sont (comme le dirait Caroline) des cactus, car malgré les blessures et les traumatismes, nous continuons. L'auteur montre que rien n'est jamais fini. Je pense surtout à Todd en écrivant cela. Ce roman racontant des expériences est aussi un appel à la tolérance, à l'ouverture d'esprit. Les sentiments qu'elle décrit sont vrais.

Éditeur: Philippe Rey.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'apprécie beaucoup la manière de lire de Martine Moinat. Elle n'en fait jamais trop, mais n'est pas non plus trop sobre. Ici, elle n'a pas démérité. Comme je suis pinailleuse, je dirai que je n'ai pas compris pourquoi elle prononce «Yosh» pour «Josh».

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jeudi, 18 juillet 2013

Long week-end, de Joyce Maynard.

Long week-end

L'ouvrage:
Henry, treize ans, vit avec sa mère, Adèle. Le samedi soir, il dîne avec son père. Celui-ci est remarié, il a une nouvelle famille.
Le week-end du Labor Day commence. Henry et Adèle se rendent dans un supermarché. C'est alors que Franck les aborde, et leur demande de l'emmener chez eux. Ils acceptent. Leur vie ne sera plus jamais la même.

Critique:
Ce livre n'a pas été une aussi grande déception que «Les filles de l'ouragan», mais beaucoup de choses m'ont déplu. J'ai continué le livre, car je voulais quand même savoir comment se terminerait tout cela.

D'abord, le coup de foudre m'a agacée, comme toujours. L'auteur le prépare en décrivant la vie très particulière d'Henry et Adèle, en expliquant ce qui est arrivé, comment Adèle est devenue ce qu'elle est et son style de vie actuel. Soit, mais cela ne m'a pas convaincue.

On apprend très vite que Franck s'est évadé de prison. Joyce Maynard veut montrer, à travers ce personnage, que rien n'est tout blanc ou tout noir. C'est une bonne initiative, et elle sait rendre le tout crédible. Cependant, c'était trop prévisible.

Le caractère d'Adèle m'a également agacée. Il est vrai qu'elle a dû s'en sortir avec Henry pour seul soutien, que le père de ce dernier est à blâmer, mais je la trouve un peu inconsistante. Elle aussi est trop prévisible. L'auteur semble trop souhaiter qu'on la plaigne.

La psychologie d'Henry est bien décrite. Elle est réaliste. Cependant, il est peu crédible (même s'il est en plein questionnement et a perdu certains repères) qu'il croie que sa mère va l'abandonner, alors que la seule personne qui étaye cette théorie (avec un grossier bourrage de crâne) est quelqu'un qu'il connaît à peine.

Ce qui se passe au chapitre 20 est également prévisible.
J'ai apprécié la fin. Elle est également prévisible, mais elle est préparée par le reste du livre. Elle ne pouvait être autrement.

Mon avis est donc mitigé: certaines idées sont bonnes, certains personnages sont attachants; cependant, certains éléments sont trop attendus, trop gros.

Éditeur: Philippe Rey.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA
La lectrice a une voix très agréable, très douce. Elle met le ton approprié.

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jeudi, 14 mars 2013

Les filles de l'ouragan, de Joyce Maynard.

Les filles de l'ouragan

L'ouvrage:
Les familles de Ruth Planque et de Dana Dikerson ne pourraient être plus dissemblables. Pourtant, quelque chose les rapproche: Ruth et Dana sont nées le même jour de juillet 1950. L'événement est remarqué, car les deux familles vivent dans le même village du New Hamshire. En outre, elles ont été conçues pendant un ouragan. Les deux fillettes sont donc soeurs d'anniversaire. C'est Connie, la mère de Ruth, qui va s'efforcer d'entretenir les relations entre les deux familles à cause de cela.

Critique:
J'ai apprécié l'idée de départ, et une partie du roman. J'ai trouvé sympathique que Ruth et Dana (les chapitres alternent les points de vue) content leur vie, et surtout, détaillent les particularité de chacune des familles. Les caractères, les actes, les affinités de chacun sont exposées, analysées... L'auteur explique bien, par exemple, la réticence de Clarisse à faire état de son homosexualité. Même si on désapprouve un peu le personnage, on le comprendra. L'homosexualité n'est pas toujours acceptée en 2013, elle l'était encore moins dans les années 70.

J'ai aimé évoluer parmi ces personnages. Jusqu'au chapitre 28. À partir de la fin de ce chapitre, rien ne va plus. Joyce Maynard a créé une situation qui fait que quelque chose «se cache» dans le passé des deux familles. Mais elle ne veut pas le révéler tout de suite, alors, elle fait de gros appels du pied, semant des indices qu'elle veut subtils, et qui pourraient l'être s'il n'étaient pas si nombreux. En effet, les «correspondances» et les affinités sont trop pointées du doigt, simplifiant certaines choses, ce qui n'a pas été pour me plaire. J'avais déjà quelques doutes, mais la fin du chapitre 28 m'a fait tout comprendre. Du coup, j'ai été exaspérée que Joyce Maynard retarde autant le récit du «secret», usant de grossiers procédés et de situations clichées. Par exemple, en général, dans les romans, une personne mourante veut avouer ce qui pèse sur son coeur depuis des années. Le lecteur s'attendait donc à ce que la mère de Ruth levât le voile sur ce qui arriva, d'autant que cela aurait expliqué son attitude du chapitre 28. En outre, Ruth explique qu'à ce moment-là, sa mère était désinhibée. Eh bien, non, elle ne parle pas de cela, ou par allusions que seul le lecteur comprendra. Ce n'est pas cohérent, mais Joyce Maynard voulait encore faire durer le faux suspense, voire faire croire au lecteur que la révélation ne viendrait jamais. L'auteur retarde aussi la révélation par le récit des vies de Ruth et Dana. Comme j'attendais la résolution de l'énigme (que j'avais déjà devinée), ces récits m'ont paru fades, même si j'ai été touchée par Dana et Clarisse.
Lorsque le récit du «secret» arrive, il est encore retardée par des digressions de Ruth qui tarde à ouvrir la lettre qui lui dira ce qu'elle veut savoir depuis tant d'années.

Si on comprend ce qui poussa Connie à agir comme elle le fit, j'ai été très agacée qu'elle s'y prenne aussi mal! Il aurait mieux valu tout mettre à plat. Oui, mais il n'y aurait pas eu d'histoire, ou elle se serait arrêtée trop vite. Pour moi, l'idée était trop mince pour faire un roman totalement abouti. L'auteur a donc ajouté des situations terribles, auxquelles certains personnages ne comprennent rien mais finissent par se soumettre. Je pense surtout à Ruth. Soit, elle pleure, se révolte, mais mal. Ce qu'elle fait (à la fin du fameux chapitre 28) est très peu crédible, ou du moins, il est peu crédible qu'elle suive sa mère. Puisqu'elle sentait que cela s'abattait sur elle comme une fatalité, elle n'avait qu'à partir seule. Hé oui, mais cela aurait créé une horrible situation très embarrassante que la romancière n'aurait pu dénouer qu'en tuant un personnage. En tout cas, ce que fait Ruth ne va pas vraiment à son caractère. Ensuite, plus tard, on retrouve le cliché suivant: deux personnages sont fâchés, mais l'un est mal en point, donc l'autre va aller à son chevet. Là encore, c'est peu crédible. Je ne dis pas que la situation en elle-même soit insolite, mais ici, c'est bien trop mal amené. J'imaginais plutôt ces personnages se détachant.

Au bout d'un moment, la romancière se décide à donner la clé de l'énigme. Outre que j'avais tout deviné, j'ai trouvé que les personnages avaient fait une montagne d'une situation qui aurait pu être facilement arrangée. Bien sûr, l'écrivain explique comment l'un a refusé d'en entendre parler ainsi que ses réelles motivations, mais il n'est pas vraisemblable que l'autre ait suivi. La romancière l'explique par le fait qu'à cette époque, c'était vraisemblable. Cela ne m'a pas convaincue, connaissant le personnage en question. En outre, il est des situations où on n'aura cure de ce que dit l'autre si on est convaincu d'avoir raison. Encore une fois, il a bien fallu que l'auteur complique le tout avec des justifications peu vraisemblables pour tenter de le faire avaler au lecteur, sinon... pas d'histoire.

J'ai quand même apprécié ce qui est conté au dernier chapitre. Je me doutais que les choses tourneraient comme ça, mais j'ai aimé l'évolution que cette fin montre.

Je n'ai pas vraiment apprécié les personnages, sauf peut-être Dana et Ray. La première ne s'empêtre pas dans des chaînes sacrificielles, ne se complique pas la vie. Le second est charismatique, et malgré ce qu'il subit, il tente de s'en sortir.

Remarque annexe:
Il est amusant que la fraise revienne comme un refrain: elle symbolisera beaucoup de choses pour Ruth, Ray, Edwin, et Dana.

Éditeur: Philippe Rey.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Golaz, Michelle Quellet, et Hervé Detrey pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Le roman est polyphonique. J'approuve l'initiative de la BSR: ils ont décidé de faire enregistrer le livre par trois lecteurs différents, une voix par narrateur. Les éditeurs audio le font, et les bibliothèques sonores le font lorsqu'il s'agit de théâtre et de correspondance. Il me semble que c'est la première fois qu'une bibliothèque sonore le fait pour un roman. Je trouve cela très bien, car cela permet de mieux imaginer les personnages. En outre, quand on apprécie les lecteurs, il est sympathique de les entendre se relayer. Bien sûr, avec ce système, on a davantage de chances qu'un lecteur qu'on n'apprécie pas fasse l'une des voix, mais cela aurait aussi pu être lui ou elle qui se serait chargé de la totalité de l'enregistrement si le texte avait été lu à une voix. Je sais aussi que s'il y a beaucoup de narrateurs, l'enregistrement polyphonique risque d'être moins aisé à réaliser, les lecteurs n'enregistrant pas ensemble, la plupart du temps. Chacun doit faire sa partie, chacun doit donc avoir le livre. Ou bien, il doit faire la navette. Lorsqu'il y a peu de narrateurs, cela n'est pas vraiment dérangeant, mais il est évident que cette polyphonie n'aurait pu être respectée dans un roman comme «Choc des civilisation pour un ascenseur piazza Vittorio», par exemple.

J'apprécie ces trois lecteurs, surtout Hervé Detrey qui a une lecture très fluide et naturelle.
Françoise Golaz a une lecture plutôt sobre. Heureusement, elle n'est pas monotone. Sa voix est feutrée.
Michelle Quellet a une voix très agréable, très nette. J'ai souvent l'impression qu'elle cherche son ton. Cela me gêne un peu, c'est pourquoi j'ai lu peu d'ouvrages enregistrés par elle. Cependant, elle ne fait pas partie des lecteurs que je n'apprécie pas du tout.
Je regrette que les lectrices aient prononcé Ray en faisant le «r» anglophone. Par contre, je leur sais gré d'avoir prononcé Ruth de manière simple. Beaucoup de lecteurs le prononce à l'anglaise (ou ce qu'ils croient être à l'anglaise), ou à l'allemande.

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