Rebecca

L'ouvrage:
La jeune héroïne (dont le prénom n'est jamais écrit) est demoiselle de compagnie de la capricieuse miss Van Hopper. Alors qu'elles sont dans un hôtel de Montecarlo, elles rencontrent Max de Winter, veuf depuis un an. Après plusieurs rencontres, Max et la narratrice tombent amoureux...

Critique:
Voilà longtemps que je souhaitais lire ce roman, mais je n'en ai jamais trouvé de version audio qui me convienne. J'ai eu raison d'attendre, puisque celle qui existe depuis peu a été enregistrée par une lectrice que j'apprécie beaucoup.

Pour une fois, je suis d'accord avec l'avis général: pour moi, ce roman est réellement à la hauteur de ce qu'on en dit. Alliant énigme policière, ambiance gothique, personnages charismatiques, et style fluide, Daphné du Maurier conduit son lecteur d'un chapitre à l'autre, et on ne voit pas le temps passer. Tout est réussi. L'intrigue policière se dessine tardivement. Cependant, je ne me suis pas ennuyée, car on ne peut pas ramener ce roman à un simple polar. Il est bien plus que cela.

Ceux qui me connaissent trouveront étrange que je ne me récrie pas quant à la structure du roman. En effet, l'héroïne commence par expliquer que la période de crise est passée, mais que les événements ont laissé une trace indélébile sur son compagnon et elle. Puis elle raconte l'histoire qui l'a conduite à ce résultat. Cela m'a gênée, mais dans une moindre mesure parce que le roman m'a beaucoup plu. D'autre part, l'auteur profite de ce début pour évoquer Manderley, la célèbre demeure des de Winter. Cette habitation luxueuse semble avoir une personnalité. Elle envoûte ceux qui s'en approchent. À la fois attrayante et mystérieuse, élégante et raffinée, elle renferme des personnages inquiétants, comme Mrs Danvers, qui supervise les domestiques, et qui est l'ancienne femme de chambre de Rebecca (la première femme de Max). L'ombre de Rebecca est d'ailleurs omniprésente, son souvenir étant entretenu par sa femme de chambre. Une ambiance tour à tour oppressante et bienfaitrice règne. Lorsque l'héroïne décrit Manderley, le lecteur y est aussitôt transporté.

La narratrice est timide et inexpérimentée. Elle porte un regard sans complaisance sur elle-même, se trouvant souvent gauche, se remettant en question. Cela lui ôte la mièvrerie qu'elle aurait pu avoir. Elle ne pense pas être à sa place, et agit fréquemment maladroitement, mais réfléchit, et ne se lamente pas indéfiniment sur son sort. Dépourvue d'artifices sans pour autant être parfaite, elle attirera la sympathie du lecteur.
On peut retrouver, dans le couple qu'elle forme avec Max, des échos de celui de Jane Eyre et d'Édouard Rochester. Deux jeunes filles timides et frêles qui finissent par révéler un caractère bien trempé, toutes deux éprises d'hommes plus âgés qu'elles, aux abords taciturnes, se révélant passionnés tout en gardant une part de mystère. Le tout abrité par une demeure qui laissera une empreinte dans l'esprit du lecteur. La scène finale de «Rebecca» est d'ailleurs un pendant d'une des scènes de «Jane Eyre».

Ce roman traverse le temps sans prendre une ride. Tous les ingrédients savamment mêlés par l'auteur en font un récit qui reste d'actualité.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurence Gargantini pour la Bibliothèque Braille Romande.

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