Luxomania

L'ouvrage:
Charlotte a travaillé dans la publicité. L'agence qui l'employait ayant fait faillite, elle finit par atterrir dans un magasin Montezzo, marque italienne de luxe, en tant que vendeuse. Elle nous raconte une année dans ce monde.

Critique:
La première qualité de ce livre, c'est qu'il correspond totalement à ce à quoi je m'attendais.

Quand on ne connaît pas ce monde, on se doute de certaines choses, mais on ne devine pas à quel point cela peut aller loin. Je sais qu'Edwige Martin a écrit à partir de son expérience, et je suis persuadée qu'elle n'a pas dû beaucoup romancer. Les choses qui peuvent paraître invraisemblables sont, à y bien réfléchir, tellement loufoques et insolites qu'elles sont sûrement vraies. La narratrice pose un oeil enjoué sur tout ce petit monde, et abreuve son lecteur d'anecdotes truculentes, dont la saveur restera longtemps dans son esprit. On est dans un monde totalement à part, un monde qui côtoie le nôtre, et dont nous rêvons... mais après ce livre, je n'en rêve plus tellement. Il montre encore une fois que la grande richesse invite à la démesure, que le pouvoir n'apporte qu'hypocrisie et obséquiosité.

Parmi les anecdotes à retenir, ma préférée est sûrement celle de l'album photo offert par madame Fisher où son chien, Aristote, est paré de certaines créations Montezzo.
Parmi les extravagances des clients capricieux (ce genre de magasins en voit passer, des caprices...), on retiendra celle de la princesse Salma, enfant gâtée et exigeante, ou celle de la personne (qui ne doit être qu'un exemple parmi d'autres), qui pique une crise parce que la robe qu'elle veut n'est pas vendue en France.
Mais au moins, celles-là font sourire. Que dire de la femme blasée de toutes les destinations de rêve, qui, par ailleurs, s'offusque parce que le sac à 21000 euros qu'elle a commandé en coûte en réalité 22000! Elle n'est pas la seule dont l'attitude fera soupirer le lecteur.
N'oublions pas Camille, client si particulier, qui cristallise caprice et étrangeté, dont l'anecdote a une chute piquante.

Parmi les bons mots des vendeurs, je retiendrai la fois où Tatiana se fait rappeler à l'ordre à cause de ses boucles d'oreilles. Elle travaille chez Montezzo, elle ne doit rien arborer qui viendrait de la concurrence. Réponse de la «dissidente»: «Je les ai achetées chez Tati.»
Si les étrangetés viennent des clients, il est un personnage à côté duquel il ne faut pas passer: la pittoresque Paloma! Elle va très bien dans ce décor, cet environnement un peu fou.

Dans ce monde où le faux semblant est roi, qui brasse des millions, la narratrice insiste sur le fait que les vendeuses subissent un certain harcèlement de la part de la direction. Elles doivent atteindre certains objectifs, mais ce n'est pas parce qu'elles les ont atteints qu'elles seront payées davantage. Cela n'est pas nouveau, mais c'est particulièrement mesquin quand on connaît le chiffre d'affaires réalisé.
Sans parler des cadeaux de Noël et du buffet qui atteignent le summum de la mesquinerie.
J'ai bien aimé ce voyage dans les coulisses. On apprend, entre autres, que les vendeuses doivent obligatoirement vendre certains articles. Il y a des techniques d'approche (voire de harcèlement) du client... Je suppose qu'on retrouve cela dans n'importe quel magasin, mais cela m'a fait sourire.

En peu de pages, un portrait réaliste d'une société, d'un milieu. Un portrait qui mêle bonne humeur, franche rigolade, gravité, exaspération...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Plon.

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