Auteur : Marinina Alexandra

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jeudi, 17 novembre 2011

La mort pour la mort, d'Alexandra Marinina.

La mort pour la mort

Note: À mesure de ma découverte de l'oeuvre d'Alexandra Marinina, je parviens à classer ses livres chronologiquement. Je peux donc dire que «La mort pour la mort» se passe avant «Ne gênez pas le bourreau», qui se déroule avant «Le styliste».

L'ouvrage:
La famille Krasnikov est victime d'un chantage. On menace de révéler à leur fils qu'il est adopté. Ils prennent les devants, et racontent la vérité à leur fils. Mais le maître chanteur de les lâche pas. Ils finissent par alerter la police.
Anastasia Kamenskaya va finir par être mêlée à cette enquête qui va bien plus loin qu'une simple affaire de chantage.

Critique:
Ça a d'abord été un réel plaisir pour moi de retrouver Nastia. Son personnage me plaît toujours autant. Avec une simplicité désarmante, Nastia montre au lecteur ses forces, ses failles, ses qualités, ses défauts. Elle est incontestablement différente des policiers qui deviennent récurrents sous la plume d'autres écrivains. Comme certains, elle ne vit presque que pour son travail, cependant, elle ne semble pas blasée. C'est justement ce qui fait que sa pugnacité reste intacte. Et puis, elle ne se lamente pas sur son sort, comme d'autres. De plus, les particularités de Nastia la mettent à part. On dirait qu'elle ne fait rien comme tout le monde, et c'est ce qui me fait l'apprécier davantage.
J'ai également aimé retrouver Liocha et les collègues de Nastia.

L'amour que Liocha ressent pour Nastia est assez exceptionnel. L'auteur parvient toujours à montrer cela sans que rien n'ait l'air idiot ou mièvre. On voit toujours Liocha par rapport à Nastia, il semble qu'il ne soit préoccupé que d'elle, et pourtant, il ne m'est jamais venu à l'idée de le considérer comme un crétin.

Quant à l'enquête, je l'ai trouvée moins lente que dans «Ne gênez pas le bourreau». Alexandra Marinina manie très bien la manipulation psychologique, mais aussi le détournement d'indices, aussi bien auprès du lecteur que des personnages.
Ce que révèle l'enquête, en plus d'être sordide, montre encore une fois l'avidité et la stupidité de certains hommes qui ont un peu de pouvoir. L'intrigue est menée, implacable, vers une fin dont certains éléments sont attendus, et d'autres moins. J'avoue ne pas avoir aimé un événement que l'auteur aurait pu éviter, et qu'en plus, j'ai vu venir.
J'ai aimé passer d'une enquête banale à quelque chose de plus important en prenant plusieurs détours. À chaque fois, on a une piste, et on se rend compte qu'elle mène à quelque chose de tout à fait différent.

Le personnage de Vadim est intéressant. Sa psychologie interpellera le lecteur. D'autre part, il est complexe: il engendrera des sentiments assez forts, et contradictoires, au long du roman.

Je n'ai pas trop aimé le schéma que l'auteur nous présente avec Lina et Giulia. D'abord, parce que ce schéma est très cliché. Ça m'a déçu d'Alexandra Marinina. Ensuite parce que Lina est extrêmement agaçante: elle aime Giulia, mais sait que l'autre ne l'aime pas. Elle sait qu'elle traite Giulia comme une fille entretenue, qu'elle se rabaisse en faisant cela, et ça ne semble pas lui poser de problèmes. Ces deux personnages m'ont donc exaspérée.

Dans l'ensemble, j'ai, encore une fois, été ravie de m'immerger dans une intrigue ficelée par Alexandra Marinina. Ses polars semblent classiques, mais il ne faut pas sy tromper: ce sont des trésors de machiavélisme plongeant au coeur de l'âme humaine pour en montrer le moins ragoûtant. Une autre originalité de cette romancière est qu'elle dépeint la vie de son pays, et je suis toujours avide de connaissances détaillées sur d'autres cultures.

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Gérald Bloch pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Gérald Bloch a une voix très agréable, et sa lecture n'est ni monotone ni affectée. Je regrette cependant qu'il parle un peu trop doucement.

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vendredi, 14 octobre 2011

Ne gênez pas le bourreau, d'Alexandra Marinina.

Ne gênez pas le bourreau

Note: Cet ouvrage est à lire avant «Le styliste»

L'ouvrage:
Pavel Saoliac était le bras droit du général Boulaknikov. Lorsque celui-ci fut assassiné, Pavel, qui en savait trop long sur trop de monde, s'est arrangé pour être emprisonné. Sa peine tire aujourd'hui à sa fin.
Le général Minaïev souhaite que Pavel arrive à Moscou en vie. Il demande à la milice d'agir. C'est Anastasia Kamenskaïa qui sera chargée de convoyer Pavel. Mais pas en tant que milicienne...

Critique:
J'avoue avoir préféré «Le styliste». Cependant, «Ne gênez pas le bourreau» est un bon roman policier. L'intrigue est solide et bien menée. L'auteur parvient à sortir des cartes de sa manche jusqu'au dernier moment. Le lecteur sait certaines choses, mais l'auteur l'a voulu ainsi. Peut-être souhaitait-elle recentrer l'attention du lecteur sur la psychologie des personnages et sur les dernières révélations qu'elle fait. Le lecteur pense tout savoir, et se doutera peut-être de certaines choses ton-dites, mais il sera tout de même surpris. Malheureusement, cela ne va pas sans petits dommages. En effet, il y a des lenteurs. La deuxième partie m'a semblé très longue et lente. On comprend vite ce qui se passe, et il me semble que l'auteur en fait un peu trop. En outre, dans cette partie, on ne voit pas du tout Nastia et ses collègues, ce qui m'a un peu dépaysée, et a accentué l'effet de lenteur à mes yeux.
De plus, l'histoire de l'hypnose m'a laissée dubitative. Je comprends qu'un médecin puisse hypnotiser un patient, mais j'ai du mal à croire qu'on puisse suggérer des choses à des gens en leur parlant cinq minutes dans la rue. La romancière explique bien comment tout cela est possible. Elle le rend presque crédible. Cependant, je reste peu convaincue.

Un autre intérêt de ce livre (et je pense, d'autres romans d'Alexandra Marinina), est qu'on en apprend davantage sur la vie quotidienne en Russie. Ici, par exemple, la possibilité d'échange d'appartements est quelque chose que j'ignorais. Mais ce n'est qu'un exemple...

Comme dans «Le styliste», j'ai apprécié Nastia. Elle aime son travail (peut-être un peu trop...), est paresseuse quant à tout le reste, fume trop... bref, un protagoniste très réaliste!
J'aurais aimé la voir davantage dans la vie du quotidien. Je sais que le but d'un tel roman n'était pas la vie privée de Nastia, mais j'ai trouvé que dans «Le styliste», enquête et vie privée étaient subtilement et habilement mêlées. J'aurais aimé retrouver cela dans «Ne gênez pas le bourreau».

Pavel est fascinant. Tout au long du roman, Alexandra Marinina nous en brosse un portrait de plus en plus complexe. Le lecteur aura une opinion défavorable à son sujet, tout en n'oubliant pas son charisme et ses côtés quelque peu attachants. Et puis, quand on fraie avec le pouvoir et les hommes sans scrupules, on finit par être contaminé...

Remarques annexes:
J'ai aimé la conversation entre Nastia et son mari quant à la littérature.
J'ai apprécié la première scène où on voit Nastia. Je ne m'explique pas vraiment pourquoi... peut-être parce qu'elle est très réaliste, et aussi parce que tout ce qui touche au froid me fascine...

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Natacha Lytier pour l'association Valentin Haüy.

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mardi, 9 août 2011

Le styliste, d'Alexandra Marinina.

Le styliste

Note: Les livres d'Alexandra Marinina évoquent la même femme policier, Anastasia Kamenskaïa. Il vaut donc mieux les lire dans l'ordre. Malheureusement, je ne connais pas cet ordre. Je sais seulement, pour avoir lu les deux, que «Ne gênez pas le bourreau» se déroule avant «Le styliste».

L'ouvrage:
Moscou. Anastasia Kamenskaïa enquête sur une série d'enlèvements, dont certaines victimes ont été assassinées. Les cibles sont de jeunes garçons, apparemment homosexuels. Deux d'entre eux sont morts d'une overdose. Il semblerait que le pédophile sévisse dans le quartier où habite Vladimir Soloviov, ancien amant d'Anastasia, et actuellement, traducteur pour les éditions Shere Khan. Sous prétexte de tester ses propres sentiments, mais en réalité pour fureter dans le quartier, la jeune femme renoue avec lui.

Critique:
Voilà un polar comme je les aime! L'auteur ne tombe pas dans l'excès de violence, loin de là. Elle préfère tisser une intrigue solide, analyser la psychologie de ses personnages. Si je me suis doutée que certaines choses étaient liées, je n'ai pas deviné comment. La façon dont tout s'entrecroise est réaliste. J'ai aimé que l'auteur prenne le temps de présenter ses personnages, leur caractère, leurs habitudes, leur passé... Elle a su créer des personnages épais.
Si l'intrigue semble lente, cela ne m'a pas gênée. J'ai deviné certaines choses (et j'ai pesté après le crédule Soloviov qui ne voyait rien), mais je n'ai pas trouvé que l'auteur faisait du remplissage. Certains diront peut-être qu'elle retarde des révélations, qu'elle fait traîner des pistes... pour moi, elle renforçait subtilement personnages et intrigues. J'ai d'ailleurs été déçue que le livre se termine si vite... j'aurais bien passé davantage de temps avec ces protagonistes, et cette intrigue bien pensée.

Nastia (Anastasia) ne répond pas aux clichés du flic intègre blessé par la vie. Elle aime son métier, et c'est la seule branche où elle soit dynamique. Elle laisse toutes les corvées pénibles (tâches ménagères, cuisine) à son mari. J'aime bien ce genre de couples, que les idées reçues soient bousculées avec ce schéma, même si je trouve que Nastia exagère. J'ai également apprécié qu'elle déteste s'habiller en robe de soirée avec chaussures à talons. Outre que là encore, elle s'éloigne du cliché qu'on applique aux femmes, je suis toujours contente quand des gens agissent comme moi, fussent-ils des personnages de romans.

Oxana sort également des clichés. Elle est mannequin, donc mince. Elle est obligée de faire attention à ce qu'elle mange. Cela ne veut pas dire qu'elle y prend plaisir. Elle affirme sans ambages qu'elle rêve de bons plats bien riches, comme, par exemples, de grosses tartes. Cette attitude est réaliste. J'ai également apprécié son envie de se ranger, d'avoir une vie pépère.
Voilà deux personnages féminins assez forts, qui se démarquent.

Les autres personnages sont tout aussi intéressants, même ceux qui semblent brossés à grands traits.
Il y a une petite faiblesse de scénario. (Attention! passez au paragraphe suivant, si vous n'avez pas lu le livre.)
Vadim semble rompu aux combines et tactiques en tous genres afin de manipuler psychologiquement ses victimes. Dans ce cas, pourquoi ne fait-il pas semblant d'aimer Oxana, lorsque celle-ci se déclare? La rejeter, même gentiment, c'est prendre un risque... C'est d'ailleurs ce qu'utilise l'auteur pour qu'Oxana se retourne contre Vadim. Il fallait bien qu'elle crée une péripétie qui ferait qu'Oxana trahirait Vadim. Soit, mais elle aurait peut-être dû trouver autre chose, ou une autre façon de l'amener.

J'ai été décontenancée quant à l'identité du coupable des meurtres, parce que, comme le souhaitait l'auteur, je l'aimais bien. Je ne peux pas en dire plus...

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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