Soeur des cygnes

L'ouvrage:
Au domaine de Septenaigue, la jeune Sorcha mène une vie insouciante entre ses jeux avec ses six frères et la culture de plantes médicinales. Ce bonheur vole en éclat lorsque son père, lord Colum, annonce son remariage avec lady Oonagh.

Critique:
J'ai d'abord entendu que la romancière s'était inspirée du conte «Les cygnes sauvages». J'étais curieuse de savoir comment elle l'exploiterait, et surtout, comment elle parviendrait à en faire un roman. Pour moi, le pari est réussi. D'abord, le décor est bien planté, les personnages sont bien campés. On entre très vite dans l'univers de Septenaigue, et plus tard, d'un autre domaine. Juliet Marillier est parvenue à rester fidèle au conte d'Andersen, et à l'imbriquer parfaitement à son intrigue. Étant donné que tout cela s'étale sur une période bien plus longue (ou en tout cas, plus longuement décrite) que dans le conte, le lecteur ressentira d'autant mieux l'extrême pénibilité d'une telle tâche. Surtout que l'écrivain ajoute des embûches sur le parcours de son héroïne. En général, quand un personnage se sacrifie et souffre mille maux, j'ai du mal à le supporter, car cela n'est pas crédible. Ici, cela l'est, justement à cause de l'univers à la fois fantastique et merveilleux dans lequel l'auteur inscrit son roman.
Les contes prennent bien sûr une très grande place dans le roman. Sorcha s'en sert pour «guérir» ou atténuer certains maux. Elle s'immerge dans cet univers connu et rassurant, s'y raccroche lorsque la réalité lui semble trop odieuse. Elle tente également d'y faire entrer quelqu'un pour les mêmes raisons. Plus tard, le conte servira également de passerelle entre deux êtres qui ont du mal à communiquer.

Le roman est très épais (l'éditeur français l'a coupé en deux, mais cette coupe n'a absolument aucune raison d'être), et il ne souffre d'aucun temps mort. Il y a bien un moment où l'action semble statique, mais cela permet à l'auteur de décrire les sentiments des personnages de manière précise et fouillée. Il est donc facile au lecteur de comprendre leurs motivations, leurs façons d'agir.
À un moment, j'ai trouvé les frères de Sorcha très durs, mais c'est expliqué par plusieurs choses, notamment l'aversion ancestrale qui oppose les deux peuples.

Tous les personnages sont épais. On me dira que Richard et lady Oonagh sont simplement méchants. Soit, ils semble peu creusés, mais je sais que des personnes comme eux existent, malheureusement. De plus, d'autres personnages atténuent l'aspect un peu «entier» de Richard et de lady Oonagh. Je pense surtout à lady Anne qui n'aime pas Sorcha (pour des raisons facilement compréhensibles), mais qui tentent de comprendre certaines choses.
Il est un peu déstabilisant de se dire que tout est programmé par le peuple des fées. Sorcha s'insurge contre l'idée que sentiments et événements ne sont que le fait du peuple magique. Je n'aime pas non plus cette idée qui voudrait dire que l'on n'est pas maître de son destin. Bien sûr, le peuple magique sait très bien comment réagira Sorcha à telle ou telle chose, mais il est consternant de se dire que tout est pensé par les fées.

Afficher Attention, je dévoile certains aspects de l'intrigue.Masquer Attention, je dévoile certains aspects de l'intrigue.

À la fin, lorsque Finbar disparaît, j'ai imaginé qu'il allait tenter de trouver un moyen pour redevenir cygne. D'après ce que j'ai lu sur le site de l'auteur, il finit par revenir, ne pouvant être ni vraiment homme ni vraiment cygne à cause de l'enchantement qui n'a pas été totalement retiré. J'ai été très déçue de cette explication, car dans «Soeurs des cygnes», Finbar explique à Sorcha qu'il est malheureux d'avoir quitté sa compagne et ses enfants. J'imaginais donc une explication plus en rapport avec son coeur qu'avec une quelconque magie. Je trouve dommage qu'il n'ait apparemment pas pu se faire retransformer en cygne pour le rester, et pouvoir ainsi retrouver sa famille cygne.

Je ne sais pas si je lirai la suite, car elle n'est pas racontée du point de vue de Sorcha, et apparemment, il y a beaucoup de nouveaux personnages' L'auteur élimine les premiers en les éloignant ou en les tuant. J'aurais préféré continuer l'aventure avec ceux-là...

La fin pourra paraître décevante à certains. Je l'ai trouvée intéressante. En effet, tout ne se passe pas comme on aurait pu le prévoir. Il n'y a pas une ligne tracée, on sort du prévisible. J'aurais sûrement approuvé une autre fin, mais elle aurait été trop attendue.

Éditeur: l'Atalante.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Josselyne Daul pour l'association Valentin Haüy.
J'ai été ravie de retrouver Josselyne Daul dont la voix et la lecture sont très agréables. Son interprétation est naturelle. Elle joue le texte, mais ne tombe jamais dans le surjeu.

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