N'attendez pas trop longtemps

L'ouvrage:
Jacques Verniot a quarante-cinq ans. Il est agent immobilier. Il rêve d'une vie à la campagne, alors que sa femme, Michelle, n'y aspire pas. D'ailleurs, le couple n'est plus d'accord sur rien.

C'est alors que François Delbreuve contacte Jacques. Il veut vendre sa maison qui se trouve dans le Vexin. Jacques en tombe amoureux. François lui fait alors une étrange proposition: s'il ne l'a pas vendue dans trois mois, Jacques pourra l'acheter à moitié prix.

Critique:
Je suis tout de suite entrée dans ce roman qui s'attache à décrire des personnages ordinaires qui vivent une histoire banale. C'est justement cela qu'Agnès Marietta excelle à raconter.
D'abord, j'ai aimé que ses personnages puissent aimer une maison comme si c'était un être vivant, qu'ils s'y sentent chez eux, qu'ils sentent qu'elle est celle qu'il leur faut.

L'auteur parvient également à rendre charismatiques des personnages effacés ou exaspérants.
Jacques semble effacé. On dirait qu'il n'est que frustrations, rêves avortés, repliements sur soi, résignation... Il semble supporter la vie plutôt qu'en profiter. Pourtant, j'ai tout de suite sympathisé avec lui. Certaines de ses remarques, sa façon de cerner François, le fait qu'il puisse (malgré son apparence blasée) tomber en extase devant la maison montre qu'il n'a pas dit son dernier mot. Malmené par la vie, il a assez de ressor combiné à de la douceur pour ne pas être aigri.

Clara pourrait paraître quelque peu amère. Elle est en effet assez exaspérante. Elle se rebelle (mal) contre tout et tous, n'accepte pas les gens (surtout son fils) comme ils sont, semble toujours de mauvaise humeur. Parfois, elle fait même exprès de se montrer détestable. Avec une mère pareille, son fils aurait pu mal tourner. Le pire, c'est qu'elle est lucide. Elle sait qu'elle blesse, qu'elle s'exaspère des différences qu'elle ne comprend pas, qu'elle prend ses proches à rebrousse-poil. C'est un personnage que je pourrais facilement détester. Pourtant, elle m'a plutôt fait rire, même si, bien sûr, elle est parvenue à m'agacer. Malgré son air acariâtre, Clara reste pétillante, intéressante, et se remet en question tout en s'y refusant.

J'ai eu davantage de mal à apprécier Naty et François.
Naty m'a semblé être une pleurnicharde. On dirait qu'elle se paie une déprime par ennui. J'avais envie de lui dire de faire du bénévolat, de travailler dans quelque chose qui lui donnerait des raisons de râler.
Quant à François, entre suffisance, culpabilité, égoïsme, et besoin de tout contrôler, j'avais l'impression qu'il se croyait sur scène. On me dira qu'à l'instar de Clara, il recouvrait ses inaptitudes de grands gestes, d'attitudes désagréables. Soit, mais je n'ai pas réussi à vraiment l'apprécier. Peut-être est-ce aussi parce qu'entre tous ses «masques» et ses interventions parcimonieuses, il garde une part de mystère qui ne m'a pas plu.

J'ai apprécié la structure du récit. Chaque personnage prend la parole à tour de rôle. Les chapitres réservés à François se démarquent tant ils sont courts.
J'aime beaucoup cette structure qui permet d'entrer dans la tête des personnages.
On s'attend plus ou moins à un événement. Il peut être agaçant, car trop prévisible, mais finalement, il va bien à l'histoire. En outre, l'auteur l'introduit adroitement, comme s'il était naturel. Au final, moi qui le redoutais au départ, j'aurais peut-être déploré qu'il n'arrive pas.

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédérique Pralong pour la Bibliothèque Sonore Romande.
La lectrice parvient à lire de manière sobre sans tomber dans le monotone. Elle nuance subtilement son intonation afin de donner vie aux personnages du roman.

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