L'éclat du diamant

L'ouvrage:
L'équipe de Franck Meunier, lui-même sous les ordres du commissaire Jean Delajoie, doit mener l'enquête sur l'assassinat du journaliste Frédéric Carloni.
Au fur et à mesure de leur avancée, ils découvrent que les choses sont plus compliquées: le frère de Frédéric et sa petite amie ont disparu, ainsi qu'une autre journaliste. Autour d'eux, les cadavres s'accumulent, les gens s'évaporent...
Et quelle est cette histoire de diamant?

Critique:
Ce livre a des inconvénients qui sont à la fois des avantages: ses digressions. Il est d'abord long à démarrer. Ensuite, les digressions sont très nombreuses, et souvent, l'enquête est en pause à cause d'elles. Ça donne un effet d'extrême lenteur. On a l'impression que l'enquête piétine, qu'elle n'avance pas assez vite, qu'elle est toujours détournée par les multiples apartés.

Cependant, ces longueurs ont des avantages. Elles sont d'abord très instructives: histoire des supermarchés, façon de faire de la publicité, façon de contrôler l'audimat, les coulisses et les rouages du milieu policier, etc. Tout cela est très intéressant, et enrichit la culture générale du lecteur moyen.
Ensuite, beaucoup de digressions sont amusantes.
Il y a tout de même des longueurs plus pesantes que d'autres: par exemple quand l'équipe se retrouve autour d'un repas pour faire le point. Là, ça traîne pour traîner, et c'est plus lourd.
En fait, pendant ma lecture, j'ai souvent soupiré à cause des digressions, mais après avoir refermé le livre, j'ai été contente d'avoir appris tout cela. La lecture est donc un peu laborieuse, mais le livre nous apporte quelque chose. Les digressions nous apportent, finalement, plus que l'intrigue policière, et c'est ce qui, au départ, est déstabilisant. En effet, j'ai trouvé l'enquête un peu lente. Elle est morcelée à cause des digressions, mais on a aussi la sensation que ce qu'apprennent les enquêteurs au fur et à mesure n'est pas très passionnant, voire très téléphoné. C'est à la fin que tout prend sens, et que le lecteur approuve la façon dont l'auteur a tourné son dénouement.

Outre les digressions qui font rire, et malgré les meurtres à répétition, l'humour est omniprésent tout au long du livre: répliques, situations... Parfois, il n'est pas très fin, mais drôle quand même. Par exemple, lorsque monsieur Laplume téléphone, et que tout un tas d'idées idiotes en rapport avec ce nom viennent en tête de celui qui lui répond, comme se chantonner «Gentille alouette».
Il y a aussi une scène hilarante: celle de la Boule et de son costume. Ici, il y a un comique de situation, mais les répliques aussi sont savoureuses.
Ces anecdotes ne sont que des exemples parmi tant d'autres. Je pense que l'auteur serait plus à l'aise dans l'écriture d'un roman humoristique que dans celle d'un polar. Il pourrait tout aussi bien, voire mieux, insérer des digressions à thématiques sociales dans un roman humoristique.

Certains personnages sont intéressants à découvrir et à suivre: Bastien, Franck, Kowiak, la Boule, et surtout Delajoie. On découvre le commissaire par petites touches, à travers ses actes, son passé, sa vie privée. D'ailleurs, l'un des éléments de sa vie privée intrigue le lecteur, et le force à l'ouverture d'esprit. En effet, on ne peut pas ranger Delajoie dans une catégorie, et c'est justement ce qui fait l'intérêt du personnage.

L'histoire d'amour qui s'ébauche me paraît un peu invraisemblable, mais elle ne fait que s'ébaucher: nous verrons bien ce qui se passe dans la suite. Oui, car il y aura sûrement une suite, étant donné qu'il y aura une «prequel» (comme on dit en anglais, je ne sais pas comment l'exprimer en français), un livre racontant quelque chose arrivé avant, et où, apparemment, nous en apprendrons plus sur les personnages.
Je pense qu'il y aura une suite parce que certaines choses restent en suspens.

Il y a un gros clin d'oeil à l'auteur de romans policiers Michael Connelly. En effet, Delajoie a rencontré Harry Bosch (inspecteur récurrent dans les romans de Connelly), lors d'un congrès à Los Angeles. Ils deviennent vite amis, et Bosch offre à Delajoie un tableau de son homonyme. C'est un peu gros que Bosch devienne ami avec quelqu'un qu'il connaît peu, mais l'auteur l'explique par le fait que Bosch reconnaît en Delajoie quelqu'un de sa trempe, quelqu'un que la souffrance et les épreuves ont changé, aguerri, mais blessé à jamais...
John Marcus a-t-il voulu insérer un personnage porte-bonheur dans son livre? Espère-t-il faire le même genre de carrière que Michael Connelly? C'est ce que nous pouvons lui souhaiter de mieux.

Voici trois petits reproches qui sont des détails:
Le nom de l'auteur fait un peu fabriqué, ça sent le pseudonyme. Je ne dis pas qu'il est mal d'avoir un pseudonyme, mais le nom sonne trop formaté, trop américanisé. J'aurai l'air très bête si c'est le vrai nom de l'auteur!
Il est un peu gros que Manda vienne du Nord de la France, et que son nom de famille soit Coron.
Quand on part souvent en déplacement, ce n'est pas la peine d'avoir un chat. ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

Ce livre m'a été offert par L'Autre Editions.

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