Le premier amour

L'ouvrage:
Gaspard est professeur dans un établissement qui va de la Sixième à la Terminale.
Depuis quelques semaines, il se sent différent, plus fatigué, par exemple. Il finit par prendre quelques vacances, et retourne dans l'auberge où il est allé il y a vingt-huit ans. Il y rencontre un homme étrange qui l'aborde sans façons.

Critique:
Le résumé donne à penser que ces vacances seront un tournant décisif dans la vie du narrateur. Ce n'est pas vraiment le cas. Elles seront l'épisode qui vont le forcer quelque peu à se remettre en question, mais il le fera plus ou moins pendant tout le roman.

Avec douleur, le professeur se penche sur sa vie. Elle est vide et plate. À tel point qu'il se lance à corps perdu dans la vie de l'une de ses classes. Il prend un élève arrogant pour bouc émissaire, et finit par se persuader qu'il aime passionnément l'une de ses élèves. Tout ça n'est dû, je pense, qu'à sa profonde solitude. C'est quelqu'un qui ne sait pas ce qu'est la vie, qui ne se connaît pas vraiment, qui ne veut pas se connaître. Il se débat entre l'instinct grégaire de l'homme, et l'indifférence qu'il ressent chez ses congénères à son égard. Il semble quelque peu lunatique, étant donné les sentiments très forts (positifs ou non) qu'il éprouve pour certains personnages, et les prodigalités dont il fait preuve.
À un moment, il change d'apparence, mais cela ne veut pas dire que son esprit suit. Il tente de se conformer à ce qu'on attend de lui, mais à côté de cela, se comporte de manière totalement inappropriée (mesquine, puérile), avec ses élèves, par exemple. Il souhaite qu'on l'apprécie, et ne peut que se rendre compte que personne n'a besoin de lui ni ne recherche sa compagnie. L'exemple le plus frappant est la lettre de Timar. Parfois, on dirait même que Gaspard ne s'aime même pas lui-même.
Une situation est à la fois amusante et pathétique: le directeur de l'établissement espionne ses professeurs. Grâce au concierge, il sait tout d'eux. Le lecteur apprend, entre autres, qu'il n'y a rien à savoir sur Gaspard.

Tout le roman est centré sur le professeur qui écrit son journal. L'inconsistance qu'il montre auprès des autres est contrebalancée par son extraordinaire présence à travers ces écrits. Ce journal montre ce contraste. C'est les autres qui font pâle figure à côté de notre héros, mais l'homme ne parvient pas à se montrer aux autres, à harmoniser ce qu'il est et ce que l'on voit de lui. Il m'a tour à tour fait rire, fait pitié, mise mal à l'aise. Il est quelque peu effrayant.

Ce roman est de ceux qui n'existent réellement que par le personnage principal. Les autres semblent être là pour lui donner la réplique, voire le guider dans une voie qu'il finira par ne pas emprunter. Ce personnages à plusieurs visages (pas seulement avec puis sans barbe), ne manquera pas d'éveiller l'intérêt et la réflexion du lecteur.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-France Javet pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Marie-France Javet a une voix très raffinée. En outre, elle ne cabotine pas, sans pour autant tomber dans la monotonie. Ici, elle a par exemple pu montrer son talent dans la scène où Gaspard et Madar s'affrontent, et que le professeur pose à son élève une série de questions tout à fait déplacées. Gaspard avait le dessus, le ton de la lectrice était quelque peu autoritaire et fanfaron pour l'interpréter. Pour Madar qui faisait profil bas, elle a su prendre une voix soumise où entrait un brin de supplication. Le tout en finesse.
Par ailleurs, elle a souhaiter prononcer les noms propres au plus près de leur prononciation originelle. C'est louable de sa part. Cela montre un réel souci de bien faire, et de respecter l'auteur et les lecteurs. Cependant, j'ai trouvé qu'elle en faisait trop. Par exemple, rouler les «r» sur les prénoms n'est pas du tout naturel, en français. Donc, ici, cela m'a un peu écorché les oreilles. En outre, elle devait être un peu anxieuse, à certains moments, car elle faisait de petites pauses juste avant de dire un nom propre, comme si elle le répétait dans sa tête avant de le prononcer. Je sais que cette lectrice met toujours les accents sur les noms propres étrangers, et pour moi, c'est trop. C'est à cause de cela que je n'ai pas pu lire «Accabadora», de Michela Murgia, et «Quand Dieu dansait le tango», de Laura Pariani.

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