Auteur : Malot Laurent

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lundi, 9 janvier 2017

Lucky losers, de Laurent Malot.

Lucky losers

L'ouvrage:
Après un concours de circonstances ayant provoqué le divorce de ses parents, Sean Kinsley (dix-sept ans) quitte Londres avec son père. Ils s'établissent en Bretagne, à Douarnenez.
Un jour, des élèves d'un lycée huppé sont contraints d'aller, pour quelque temps, au lycée Saint-Hilaire, que fréquente Sean. Saint-Hilaire accueille des élèves plutôt modestes. La rencontre de différentes classes sociales n'ira pas sans heurts, et cela prendra une tournure inattendue.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Laurent Malot nous présente des personnages crédibles et attachants. Il les entraîne dans des problèmes qui touchent tout le monde: la différence sociale, la manière des uns et des autres de la gérer, la peur du chômage... Il s'attache à montrer que rien n'est simple. Les chefs d'entreprises ne sont pas toujours et uniquement les «méchants». Eux aussi ont des comptes à rendre. Bien sûr, lorsque l'un d'eux explique ses problèmes, et dit qu'il est mortifié de ne pouvoir faire autrement que licencier certains de ses employés, on ne peut s'empêcher de penser, à l'instar de Sean, que ce monsieur semble sincère, mais que son fils va dans un lycée privé et prend des cours de sport. Quand on compare cela avec la vie de Kevin, d'Antoine ou même de Sean, on se dit que certains sont très loin de la réalité. Mais on côtoie également Éléonore d'Arincourt qui, malgré tout son luxe, semble ne pas perdre de vue qu'elle est une privilégiée. Quant à sa fille Camille, elle est un peu ambiguë, mais justement, cela la rend intéressante.

D'autre part, ce roman est une note d'espoir. Le défi que Sean propose sous le coup de la colère devient un symbole montrant qu'il ne faut pas partir vaincu d'avance. Rien n'est facile, dans la vie: certains peineront forcément davantage que d'autres. Mais si on se donne la peine de se battre, tout n'est pas perdu. Cela m'a un peu rappelé «Les petites reines», de Clémentine Beauvais, où trois lycéennes, au lieu de supporter une humiliation que tous considèrent acquise, décident d'accomplir quelque chose. Les blasés diront que dans la vie, on ne peut pas faire ce que font les personnages de Laurent Malot et et Clémentine Beauvais. Pourtant, il y a peut-être des circonstances où on peut essayer de se donner les moyens pour atteindre un objectif, pour tenter d'améliorer un peu les choses. Les quatre personnages de Laurent Malot (surtout Kevin) ont découvert et prouvé qu'ils étaient capables de se battre. Pour moi, la palme du courage revient à Kevin.

Comme nous sommes chez Laurent Malot, les événements ne vont pas sans humour. Pour moi, c'est une qualité. Outre certaines situations (dont la première expérience de Kevin à la piscine), des personnages sont cocasses. Je pense surtout aux trois étranges amis de Peter, le père de Sean. Ils refont le monde à coups de répliques et d'exemples souvent amusants.
La relation de Rémi et de son cheval est à la fois grave et drôle. Rémi se préoccupe vraiment de son animal, et même si son comportement prête parfois à sourire, c'est surtout touchant.
Ce n'est pas les seuls éléments comiques du roman, bien sûr. En tout cas, l'humour de l'auteur tombe toujours juste, il renforce la gravité de ses propos.

J'ai apprécié le père de Sean. Sa vie se retrouve totalement bouleversée, et il encaisse comme il le peut. Il s'efface même sur certains points pour tenter de «récupérer» l'amour de sa fille. J'avais envie de lui dire de ne pas se préoccuper d'elle qui était assez stupide pour se cacher derrière l'intolérance et le paraître, mais là encore, tout n'est pas si simple...

Je remercie Laurent Malot qui a souhaité que les éditions Albin Michel jeunesse m'envoient un exemplaire de ce livre en service presse, et qui m'a accordé sa confiance.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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jeudi, 6 octobre 2016

L'abbaye blanche, de Laurent Malot.

L'abbaye blanche

L'ouvrage:
Mathieu Gange est lieutenant de police. Voilà plusieurs semaines que sa femme, Gaëlle, l'a quitté en laissant une lettre disant qu'elle avait besoin d'air. C'est Marine, leur fille de six ans, qui en pâtit le plus, ne comprenant pas pourquoi sa mère est partie.
Gange enquête sur un meurtre ayant eu lieu dans une chambre d'hôtel. Certaines choses font qu'il en vient à soupçonner sa femme...

Critique:
La première qualité de Laurent Malot, c'est qu'il est capable d'écrire plusieurs genres. Je garde une tendresse particulière pour «De la part d'Hannah» que j'ai beaucoup aimé, qui met en scène une enfant vive, tendre, et caustique, et qui, selon moi, n'a pas reçu l'attention qu'il méritait. Si j'ai bien compris, en janvier, Laurent Malot sort une comédie. Ici, il s'attaque au roman policier. Je trouve bien qu'il s'essaie à différents genres.

Concernant ce roman, la sauce n'a pas absolument pris avec moi. Je me rends compte que j'ai apprécié ce qui entoure l'enquête, mais pas l'enquête en elle-même. Par exemple, j'ai été très émue par l'épisode du chiot, j'ai souri de l'aventure d'Étienne et Carole... J'ai apprécié l'humour dont l'auteur parsème son roman. Par exemple, il explique que les gens sont très sûrs d'eux sur tel ou tel point concernant la police française, parce qu'ils regardent beaucoup de séries américaines et font l'amalgame. Cela m'a fait d'autant plus sourire, que je suis convaincue que c'est vrai.
D'autre part, les dialogues sont vivants. Laurent Malot a un style fluide, et il me semble n'avoir pas repéré d'erreurs de syntaxe. Par exemple, il fait partie des rares à employer correctement le verbe «convenir» avec l'auxiliaire «être» quand il est conjugué à un temps composé.

Je me suis attachée à certains personnages. Michelet, avec son franc parlé, son intégrité tapageuse (voir la raison pour laquelle il a été tenté de démissionner quelques semaines auparavant), sa repartie, est de ceux qui m'ont tout de suite plu.
Quant à Gange, il est sympathique car il veut bien faire les choses, souffre du départ de sa femme... Mais il est loin d'être parfait. Il laisse trop sa fille au bon soin d'emma (la baby-sitter), car il est pris par son enquête. Il sent bien que son travail est l'une des raisons pour lesquelles Gaëlle l'a quitté, mais ne tente pas de faire autrement. Ce personnage a de l'épaisseur, mais cette attitude du policier qui travaille trop se retrouve dans beaucoup de romans du genre. J'ai quand même apprécié qu'à l'inverse de ses congénères créés par d'autres auteurs, Gange ne saute pas sur la première fille avec qui il partage des sensations fortes par le biais de l'enquête. J'aurais détesté cela!

Comme je le disais, je n'ai pas réussi à entrer dans l'enquête. Pourtant, le sujet est à la fois intemporel et réaliste. Je l'ai trouvée assez lente et prévisible. À côté de cela, il m'a semblé que la fin arrivait abruptement, et n'était pas assez détaillée. J'aurais aimé un épilogue qui se serait passé quelques semaines plus tard, et nous aurait dit où en est ce petit monde, tant au niveau personnel que professionnel. D'autant que l'auteur m'a déçue en utilisant ce que j'appelle «le prologue qui ne sert à rien». De plus en plus d'auteurs font cela: mettre un prologue censé faire baver le lecteur, car le personnage principal y apparaît dans un moment crucial. Bien sûr, on ne retrouve ce moment et sa prolongation qu'à la fin. Je n'aime pas du tout cette ficelle qui m'ennuie au lieu de me faire baver, et je trouve dommage qu'un bon auteur comme Laurent Malot l'ait employée.

D'autre part, si j'ai globalement apprécié les protagonistes principaux, je me suis toujours tenue à distance d'eux. Ils me semblaient moins vivants qu'Hannah (personnage du précédent roman de Laurent Malot). J'ai vraiment eu l'impression que l'auteur avait mis son coeur dans ce premier roman. Ici, je n'ai pas ressenti cela.

Je remercie Laurent Malot qui a souhaité que les éditions Bragelonne me fassent parvenir un service presse de ce livre, et qui m'a accordé sa confiance.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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vendredi, 18 avril 2014

De la part d'Hannah, de Laurent Malot.

De la part d'Hannah

L'ouvrage:
1961. Hannah Saumur, dix ans, sort du sanatorium où elle est depuis trois ans. Il s'avère qu'elle n'a jamais eu la tuberculose. La fillette rentre chez elle, apprend à vivre à nouveau avec son père, ses grands-parents, l'école, les villageois...

Critique:
Voilà un livre comme j'en rencontre trop peu: positif. En effet, il me semble qu'il y a de plus en plus de romans qui surenchérissent dans l'horreur, le sombre, le désespéré. Bien sûr, Hannah conte des événements qui ne sont pas toujours gais, c'est ce qui fait d'ailleurs que le roman est crédible et échappe à la mièvrerie. Cependant, tout n'est pas toujours obligé de finir de manière atroce.

J'ai souvent souri au cours de ma lecture. Cela vient d'abord du style adopté par Laurent Malot. Il entre très bien dans la peau de cette enfant espiègle, attachante, qui balaie les non-dits et les malentendus, qui crie son besoin de dire et de savoir les choses, et qui est loin d'avoir sa langue dans sa poche. Son langage est d'ailleurs très peu châtié. Pourtant, l'auteur ne tombe jamais dans le vulgaire, ce qui aurait tout gâché, à mon avis. Notre héroïne ne se prive pas d'utiliser de l'argot et même quelques gros mots, mais c'est écrit de telle manière que cela sonne juste. Il est difficile d'écrire ainsi sans trop en faire. L'auteur s'en tire parfaitement. Au long de ma lecture, j'imaginais très bien Hannah, assise à côté de moi, me racontant ses histoires. L'écriture est fluide, vivante, sans grandiloquence.

L'enfant parsème son récit de réflexions tour à tour amusantes et pleines de bon sens. Par exemple, son amie et elle voient un homme aller à la maison close du village. Commentaire d'Hannah: «On aurait dit un banquier ou un américain.»
Par ailleurs, elle est assez mûre pour comprendre et affirmer que les rumeurs font mal. Son regard sur la vie est parfois un peu naïf, mais souvent juste.

J'ai apprécié les récits épiques que l'intrépide fillette fait quant aux combats (toujours à la loyale) ayant cours entre elle et ses camarades. On ne pourra s'empêcher de faire le parallèle (à l'instar de l'héroïne) avec les joutes oratoires des adultes.

C'est de ce style vif et léger, c'est avec cet humour frais et sympathique que l'auteur aborde certains thèmes assez graves comme l'ostracisme dû au racisme primaire, à l'intolérance de ceux qui se replient sur leur refus de la différence. Les paroles d'Hannah et les exemples qu'elle donne sont bien plus percutants, à mon avis, que n'importe quelle leçon de morale.
Comment ne pas rire avec Hannah et Sarah lorsque celles-ci s'érigent en justicières?

À mi-chemin entre l'insouciance de l'enfance et le monde des adultes, Hannah vit un moment clé, son récit est presque un parcours initiatique. Elle découvre des choses, des sentiments...Elle tente de comprendre la vie, par exemple, lorsqu'elle fait des réflexions sur certains livres qu'elle lit («L'enfant» et «La métamorphose». Ce qu'elle dit peut paraître simple, et pourtant, c'est les premières choses qui viennent en tête. Par ses observations et comparaisons, elle tente d'ancrer ces personnages dans la réalité, le quotidien. Elle simplifie ce qui est compliqué sans pour autant être simpliste.

Il n'y a que le père de l'héroïne que je n'ai pas vraiment compris... Cela n'est pas forcément un point négatif. L'auteur montre des gens sympathiques, d'autres antipathiques pour diverses raisons. On a du mal à comprendre ce qui a poussé les parents d'Hannah l'un vers l'autre, et pourquoi le père est ainsi, mais ce n'est pas si grave. Il restera un personnage plutôt antipathique avec une part d'ombre. Cela arrive aussi dans la vie.

Ce livre est un coup de coeur. Je le recommande chaudement!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Robert Laffont.

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