Je me suis tue

L'ouvrage:
Lors de son procès, Claire n'a pas expliqué le geste qui l'a conduite en prison. Maintenant, alors qu'il va se conclure, elle veut s'exprimer. Elle veut que son entourage sache. Mais il est trop tard pour parler devant la cour. Alors, elle écrit son histoire.

Critique:
C'est une histoire dure que nous conte Matthieu Ménégaux. Un événement traumatisant entraîne une jeune femme dans une spirale de non-dits, de malentendus, de faux-semblants. Claire veut sortir du marasme, alors, elle fait certains choix. En tant que spectateur, le lecteur pensera sûrement qu'il n'aurait pas fait ces choix-là, mais il est facile de garder la tête froide lorsqu'on n'est pas impliqué. L'héroïne explique sa détresse d'alors, la remet en question, se montre très lucide sur ce qu'elle a fait et aurait dû faire. Elle explique ses choix. On ne peut que comprendre pourquoi elle s'est fourvoyée. D'ailleurs, même si on pense qu'on aurait agi différemment, rien ne dit qu'il en aurait été ainsi.
Matthieu Ménégaux ne larmoie pas, son écriture n'est pas trop froide. Il a su trouver les mots pour, en peu de pages, faire entrer le lecteur dans la peau de Claire.

À travers une histoire, des circonstances, et l'obstination d'une femme à se taire, le romancier exhorte son lecteur à ne pas juger. Il est pourtant difficile, lorsqu'on ne sait pas, de ne pas juger celle qui refuse de parler. Connaissant l'histoire, j'ai blâmé le mari de Claire, mais comment aurais-je réagi si j'avais eu les mêmes paramètres que lui?
L'auteur montre pourtant, au cours du récit, un personnage qui tente de comprendre, qui ne saute pas sur des conclusions hâtives, qui ne se base pas seulement sur les derniers événements...

À mesure de l'avancée du récit de la jeune femme, le lecteur voit le destin la broyer inéluctablement. Le suspense n'est pas le centre du roman, mais l'auteur crée des pieds de nez du destin qui sont tout autant de rebondissements qui changent la donne. Le récit est donc très bien mené, sans temps morts.
J'avoue quand même que j'aurais aimé connaître la réaction de certains protagonistes après lecture du récit de Claire. D'autre part, l'un des rebondissements est peut-être un peu gros, même s'il est plausible.

Éditeur: Grasset.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Claire Besençon pour la Bibliothèque Sonore Romande.
La lectrice a parfaitement interprété ce roman. Elle est entrée sans difficulté apparente dans la peau de Claire, et n'a été ni froide ni larmoyante.

Au long du récit, il y a de petits extraits de chansons insérés par Claire dans ses propos. Dans la présentation, la lectrice précise qu'ils sont en italique. Je trouve cela bien mieux que de préciser «italique» à chaque fois. D'autre part, pour chaque extrait, il y a les références sous forme de note de bas de page. La lectrice a précisé qu'elle ne donnerait pas les références afin de conserver la fluidité du récit. Je trouve son choix judicieux. D'abord, ce texte doit se lire d'une traite. Il aurait été mal à propos de le couper pour lire ce genre d'informations. De plus, lorsqu'on connaît la chanson, on la reconnaît au long de la lecture. Si on ne la connaît pas, les références n'apportent pas grand-chose.

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