L'enfant aux cailloux

L'ouvrage:
Elsa Préau a soixante-et-onze ans, elle est ancienne directrice d'école maternelle. Elle est un peu seule. Elle observe ses nouveaux voisins, les Desmoulins. Ceux-ci ont deux enfants qui jouent ensemble dans le jardin. Il y en a un troisième avec qui les autres ne jouent pas, qui semble irréel tant ils l'ignorent. Il est sale, semble avoir des poux... Elsa est très vite sûre que l'enfant a besoin d'aide. Elle va donc tenter de le secourir. Cependant, les choses s'annoncent difficiles.

Critique:
Outre l'énigme sur laquelle je reviendrai, Sophie Loubière a créé un personnage qui ne manquera pas de faire réfléchir. L'attitude et la complexité d'Elsa, ainsi que les réactions de ceux auxquels elle est confrontée, nous renvoient à nos préjugés, à notre possible intolérance. Elsa est excentrique, excessive, possessive, a certaines idées bien arrêtées, a des théories rocambolesques, peut être d'une naïveté désarmante, a des tendances paranoïaques, est parfois agaçante. Les gens et le lecteur se feront immanquablement une idée un peu étrange d'elle. Certains la considèreront avec une pitié amusée teintée d'agacement, voire de mépris. Certes, elle est loin d'être parfaite. Cependant, il est vite évident qu'elle a surtout besoin de se sentir reconnue, aimée, écoutée, comprise. Quant à ses théories farfelues, il en est d'autres qui le sont tout autant et qui sont défendues par certains. D'autre part, il aurait suffi qu'Elsa les exposât auprès de quelqu'un qui l'aurait prise au sérieux, et qui lui aurait expliqué leur étrangeté avec calme et considération. C'était un personnage haut en couleur à côté de qui son propre fils est passé.

Avec une telle personne sur le devant de la scène, et sachant ce qu'elle a vécu, le lecteur peut se demander si l'enfant en détresse n'est pas le fruit de son imagination. C'est exactement ce que cherche la romancière. D'une part pour maintenir le suspense, d'autre part pour que le lecteur se sente mal à l'aise, car la plus grande raison de ses doutes sera la personnalité d'Elsa. Une personne davantage conforme à notre idée de la norme aurait été plus facilement prise au sérieux.

Sophie Loubière analyse également très bien Martin et Audrette (le fils et la belle-fille d'Elsa). Elle décrit bien les relations entre ces personnages qui ne savent pas toujours communiquer. Là encore, on sera mal à l'aise, car on se demandera si on aurait agi comme Martin. Celui-ci est très souvent exaspéré par sa mère, et le lui montre. Une ou deux fois, ils parviennent à se parler normalement, mais la communication n'est pas aisée parce que Martin n'accepte pas ce qu'est sa mère. Au final, je ne lui en ai pas voulu car il est complexe, et aime sincèrement sa mère. Par contre, je n'ai pas réussi à apprécier Audrette. Pas seulement à cause de ce qu'en dit Elsa (d'ailleurs, elle la cerne mieux que moi, c'est seulement qu'elle ne l'exprime pas comme il le faudrait), mais c'est un tout. La jeune femme m'a été antipathique tout au long du roman. Bien sûr, ce qu'elle fait à un moment ne l'a pas fait remonter dans mon estime. Elle faisait partie de ceux qui jugeaient Elsa sans pitié, et elle exigeait que Martin s'en détache. Bien sûr, ses intentions n'étaient pas nuisibles, mais elle ne cherche pas à voir plus loin que le bout de son nez et semble très fermée sur beaucoup de points.

Quant à l'énigme, elle est bien menée. Il n'y a pas de temps morts. Sa conclusion fera également réfléchir le lecteur quant au devenir (moralement) de certains personnages.
Elle semble banale, mais l'écrivain l'a travaillée et l'a entourée d'un contexte particulier (la personnalité d'Elsa).

La structure est intéressante, car elle donne du rythme au roman. Les «chapitres» (qui n'en sont pas vraiment) sont très courts. Ils sont entrecoupés de lettres, de notes, et de simili poèmes d'Elsa. (Ils sont appelés «poèmes» dans la première version et «pensées» dans la seconde, le livre ayant été réédité chez France Loisirs.)

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Je n'ai pas compris d'où venaient les coups de fil que recevait Elsa. Étaient-ils le fruit de son imagination? Rémi parvenait-il à lui téléphoner? Cela serait étrange car il ne devait pas connaître son nom, et puis pourquoi aurait-elle simplement entendu une opératrice lui dire qu'elle allait être mise en relation avec son correspondant?

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Thérèse Gréau pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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