Auteur : Loevenbruck Henri

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jeudi, 16 août 2018

Nous rêvions juste de liberté, d'Henri Loevenbruck.

Nous rêvions juste de liberté

Note préalable:
Le passage «spoiler» de cette chronique est assez long. Si vous cliquez dessus, sachez que le paragraphe qui commence par «Au cours de ma vie de lectrice, j'ai découvert des livres qui m'ont beaucoup marquée.» dévoile la fin des livres suivants: «Le lion» de Joseph Kessel, «La dame aux camélias» d'Alexandre Dumas fils, «Moonfleet» de J. M. Falkner, «Dites aux loups que je suis chez moi» de Carol Rifka Brunt, «L'arbre des pleurs» de Naseem Rakha, et «Meurtres pour rédemption» de Karine Giébel.

L'ouvrage:
Quand on lui a demandé de s'expliquer, Hugo Felida a seulement dit: «Nous avions vingt ans, et nous rêvions juste de liberté». Plusieurs années ont passé. Maintenant, il veut raconter son histoire. Tout a commencé dans la petite ville de Providence. Ses parents s'étaient saignés aux quatre veines pour l'envoyer dans un lycée privé. C'est là qu'il a rencontré Freddy Cereseto et sa bande. Ils sont devenus amis. C'est Freddy et son père qui ont tout appris à Hugo concernant la mécanique. C'est grâce à eux qu'il a pu se construire une moto...

Critique:
Ce livre fait partie de ceux que je n'oublierai pas. Pour moi, on n'en sort pas indemne. C'est un roman à fleur de peau où le personnage principal reçois de dures leçons. C'est une ode à l'amitié, à la loyauté, au respect, même si (ou peut-être justement parce que) tous les personnages ne suivent pas toujours ces valeurs.

En compagnie de Freddy, Hugo découvre ce qu'est l'amitié. Au tout début, j'ai trouvé que chacun en faisait trop. Ensuite, quand notre héros passe du temps chez les Cereseto, y dîne, y travaille, j'ai trouvé cette amitié plus saine. D'autre part, au long de la première partie, je râlais un peu parce que Freddy et ses amis semblaient être contents d'être les mauvais garçons du lycée. Certes, le genre d'endroit où ils étudiaient ne m'inspire pas l'envie de me fondre dans le moule, mais je suis souvent agacée par ceux qui font les forte-têtes et s'en vantent. Bien sûr, Hugo explique plusieurs fois que la bande aurait été ravie qu'un professeur lui tende la main, et tente de la comprendre, mais la bande a-t-elle laissé cette opportunité? La connaissant, je dois admettre que si elle avait senti qu'un professeur pouvait l'écouter, elle aurait essayé de s'accrocher.

Au long du roman, c'est ce thème de l'amitié et de ses valeurs qui revient, et dont Hugo montre toute l'importance, du moins pour lui. Je n'ai pas toujours approuvé ses choix, mais je les ai compris. Par exemple, à la fin de la première partie (il y a trois parties, chacune correspondant à un carnet), j'aurais fait comme Freddy. J'ai très bien compris ce qui l'a poussé à agir ainsi. Je comprenais aussi Hugo qui me voulait pas de la vie que lui proposait son ami, parce qu'il désirait partir, mais aussi parce qu'il voulait tenir une promesse. Cependant, pour moi, il jugeait Freddy trop sévèrement. Il ne s'est pas mis à sa place. On me dira que Freddy non plus ne s'est pas mis à la place d'Hugo. Soit, mais le choix de Freddy était plus sain, à mon avis. Hugo finit par le comprendre...

À un moment (dans la première partie), j'ai craint que les héros se retrouvent dans la même situation que ceux de «Sleepers» (je n'ai pas lu le livre, mais ai vu le film), et j'ai eu très peur pour eux, ce film m'ayant traumatisée. Heureusement, même s'ils vivent des choses assez dures pendant cette période, même si Hugo explique que certains codétenus en vivent des pires, ils ne sont pas confrontés à ce que subissent les héros de «Sleepers».

Au long du roman (durant lequel on ne s'ennuie pas un seul instant), chacun évolue, les épreuves commencent par renforcer l'amitié, mais les aléas de la vie et le caractère des uns et des autres changent certaines choses. De toute façon, dès le début du roman, le lecteur sait où se trouve Hugo, et donc il sait que quelque chose d'affreux est arrivé avant, et que cela va lui être raconté. De ce fait, à mesure que l'histoire progressait, je spéculais.
Si je n'ai pas toujours approuvé les décisions d'Hugo, j'ai toujours su qu'il ne voulait pas nuire. J'ai été déçue (mais finalement pas surprise, car Henri Loevenbruck prépare cela au cours du récit) que l'un des personnages devienne ce qu'il finit par être. Et bien sûr, j'ai été déçue que certaines choses se terminent comme ça. J'ai compris ce qu'a voulu montrer l'auteur. Je sais que, malheureusement, il a raison. Mais je sais aussi que même dans la vraie vie, ça ne finit pas toujours comme cela. Je suis du genre à préférer que ça se termine bien quand c'est possible.

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Mon envie de voir les choses tourner différemment pour Hugo m'a fait trouver une incohérence. Elle s'explique, mais l'auteur aurait dû développer certains propos pour que ce soit clair. Lorsque Mani vient voir Hugo en prison après le procès, il lui dit: «C'était toi ou nous.» Or, les choses sont un peu différentes. Si Sam, Mani et Fat Boy avaient dit la vérité, c'est Alex qui aurait été condamné à mort. Eux n'auraient rien eu. J'imagine que ce que Mani voulait dire, c'est quelque chose du genre: «On se serait retrouvé sans Alex pour diriger les bars.» Cela veut dire que Mani et Sam se sentaient incapables de faire le travail sans Alex? Même si Alex était le patron, il est évident que les autres auraient pu se débrouiller sans lui. Ils auraient sûrement dû fermer un bar, auraient eu moins d'argent, mais s'en seraient sortis. J'ai quand même du mal à croire qu'on sacrifie un innocent (Hugo a certes sa part de responsabilité, mais ce n'est pas lui qui a tiré.) parce qu'on veut garder un train de vie. Et puis, c'est justement ça que Mani aurait dû dire, au lieu d'expliquer qu'Hugo les a laissés tomber en partant pendant un an, qu'ils ont été choqués qu'il ait détruit le bureau d'Alex... Mani et Sam sont quand mêm assez fins pour voir qu'Alex trahissait (depuis longtemps) une vieille amitié, et les trahirait eux-mêmes dès que l'occasion se présenterait. Il est également étrange que Melaine ne s'en soit pas mêlée (surtot sachant qu'elle n'a pas digéré l'histoire de son père), et n'ait pas exhorté au moins Mani à dire la vérité. Qu'Alex trahisse son ancien frère, je l'ai compris parce que c'était préparé par certains éléments, mais que tous les autres se rangent derrière lui, cela m'a paru gros. Je conçois que chacun change, et que l'évolution d'Hugo n'ait pas plu à Alex, car la sienne allait dans l'autre sens, mais cela ne peut jamais être une raison pour faire endosser son propre crime à quelqu'un d'autre.

Même si je comprenais qu'Hugo souhaite respecter un certain code, j'ai trouvé déstabilisant qu'après avoir appris la trahison des autres, il n'ait pas dit la vérité. Connaissant l'importance qu'il attache à l'amitié, il a sûrement pensé que plus rien ne valait la peine qu'il se batte, qu'il n'avait aucune raison de sortir de prison pour n'avoir plus personne dehors. Pourtant, il espérait encore qu'il lui restait un ami, Freddy. Fort de cet espoir, pourquoi n'a-t-il pas tenté de se sauver au moins en disant la vérité?

J'ai été surprise que pendant le procès, lorsqu'Hugo passe ses anciens amis en revue et s'attarde sur la trahison de Mani, il ne parle pas du tout de Sam.

Étant donné tout ce que dit Freddy à la fin, j'ai également trouvé étrange que pendant les six ans d'emprisonnement d'Hugo, il ne soit jamais venu le voir. S'il a pu apprendre la date de son exécution dans les journaux, il a aussi sûrement su les faits au moment du procès.

Je suis très cruche: juste avant l'épilogue, lorsqu'Hugo dit qu'il va être libéré le lendemain, je n'ai rien compris, et me suis demandé pourquoi il n'avait fait que six ans de prison. Il a fallu que Freddy parle d'injection pour que je comprenne ce qui, pourtant, était évident...

Au cours de ma vie de lectrice, j'ai découvert des livres qui m'ont beaucoup marquée. Concernant certains, je n'étais pas d'accord avec les auteurs, ce qui a accentué mon traumatisme. J'aurais voulu que le père de Patricia ne tue pas King («Le lion», de Joseph Kessel). J'aurais souhaité que Marguerite et Armand puissent s'aimer librement malgré le passé entaché de la jeune femme («La dame aux camélias», d'Alexandre Dumas fils). J'aurais préféré que le héros (un sale ingrat) meure à la place d'Elzévir qui était mon personnage favori («Moonfleet», de J. M. Falkner). J'aurais voulu que les personnages sympathiques s'en sortent tous («Meurtres pour rédemption», de Karine Giébel). J'aurais tellement adoré que le véritable coupable ait été puni pour son homophobie, pour avoir tué son fils, fait accuser un innocent à sa place, et détruit sa famille («L'arbre des pleurs», de Naseem Rakha). J'aurais souhaité que les choses tournent autrement pour l'oncle de June et celui qu'il aimait («Dites aux loups que je suis chez moi», de Carol Rifka Brunt). Pour «Nous rêvions juste de liberté», j'aurais voulu qu'Alex paie pour ses actes. Il est d'ailleurs étrange que Freddy ne dise rien, là-dessus. Je n'aurais pas voulu qu'il aille venger Hugo en détruisant les bars, mais qu'il fasse quelque chose qui aurait mis Alex face à ses responsabilités. Oui, mais quoi? Mettre la pression à Alex, et convaincre de parfaits inconnus de revenir sur leur témoignage? Oui, sûrement quelque chose de ce style.

J'ai un souci d'espace temps. Dans la première partie, on sait combien de temps passe. Mais entre le moment où la bande quitte Providence et celui où Hugo quitte Frémont, je n'arrive pas à savoir combien de temps se passe. Je ne sais pas non plus à quelle époque nous sommes.
Je n'arrive pas non plus à savoir dans quel pays se déroule le roman. Providence est une ville américaine, mais Vernon, c'est en France... Les prénoms des personnages ne sont pas de très bons indices... Sam fait plutôt américain, ainsi qu'Ally et Fat Boy (mais c'est un surnom), Wilde Rebels, et Desert Rats. J'ai lu une chronique qui situait le livre aux États-Unis. Peut-être la personne qui l'a écrite a-t-elle su collecter des indices. Peut-être que les clubs de motards qui formaient des confréries, cela se trouvait aux États-Unis. Pour ma part, j'ignorais tout de ces clubs. Les Wild Rebels ont peut-être réellement existé... Je ne connaissais pas non plus les 1%. Leur concept (du moins ce que Pat en explique à Hugo à un moment) de ne pas vouloir être un mouton me plaît bien.

Remarque annexe:
Je ne pourrai plus entendre «Bohemian rhapsody» sans penser à ce roman... Cette chanson fait quelques incursions dans le récit d'Hugo, et si elles sont d'abord cocasses, la dernière est plutôt douloureuse.

Un roman réaliste, qui évoque des problèmes de société, soulève d'importantes questions quant à l'évolution de chacun, à l'amitié, à l'impact de nos choix et de nos actes... Un roman coup de poing qui ne peut laisser personne indifférent.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sébastien Desjours.

Je connais surtout Sébastien Desjours pour ses doublages. Pour moi, son interprétation de ce roman est parfaite. La preuve est que pendant ma lecture, je n'imaginais aucun autre comédien à sa place. Ne forçant jamais sa voix pour les différents personnages tout en nuançant pour qu'on sache qui parlait, adoptant toujours le ton adéquat pour les diverses émotions que ressentent les protagonistes, se fondant dans le texte et dans l'ambiance du roman, le comédien réalise une très belle performance. Il y a très souvent du langage parlé, et certaines phrases sont même tournées d'une manière que je n'ai jamais rencontrée. Le lecteur les lit très naturellement, ne semble jamais être en difficulté face à ces pièges, les rend (à mon avis) telles que les a souhaitées l'auteur.
Au début du troisième carnet rédigé par Hugo, il y a, en épigraphe, le début d'un couplet de «Bohemian rhapsody» de Queen qui, bien entendu, est en rapport avec ce qui arrive. Sébastien Desjours lit ces paroles sans affectation, sans tenter de faire un super accent anglophone, mais n'exagère pas son accent français. Bref, pour moi, il a trouvé la juste façon de les lire. Bien sûr, s'il les avait lues avec un accent anglais ou américain juste, j'aurais également applaudi. Ce que je déteste, ce sont ceux qui prennent un pseudo accent et l'exagèrent à n'en plus finir.

Je suis surprise que Sébastien Desjours n'ait pas enregistré d'autres romans pour Audible. J'espère que cela arrivera bientôt.

Pour information, la structure du livre n'a pas pu être respectée. Il y a plusieurs chapitres par piste.

Acheter « Nous rêvions juste de liberté » sur Amazon ou en téléchargement audio (Audible.fr)

lundi, 6 octobre 2008

Le syndrome Copernic, d'Henri Loevenbruck.

Le syndrome Copernic

L'ouvrage:
Ce matin-là, Vigo Ravel va chez son psychiatre. En effet, il souffre de schizophrénie, il entend des voix, et voit un psychiatre pour cela.
Alors qu'il va entrer dans l'immeuble où travaille le médecin, il entend une phrase sibylline. Cela l'effraie. Il bat en retraite. A ce moment, l'immeuble explose, victime d'un attentat. Vigo fuit, puis revient sur ses pas. Il voudrait des nouvelles de son psychiatre. On lui apprend qu'il n'y a aucun survivant, et qu'aucun psychiatre ne travaille dans cet immeuble. Vigo se demande si tout cela ne fait pas partie de l'un de ses délires. C'est alors que commence une course-poursuite.

Critique:
J'avais un a priori sur ce livre, car j'ai lu une critique de «Le testament des siècles», et ça ne m'a pas donné envie de découvrir cet auteur. J'ai été agréablement étonnée. Je me suis même surprise, je l'avoue, à me demander: "Bon, alors, quand est-ce que ça va devenir bateau et inintéressant?"

Bien sûr, l'auteur inclut quelques longueurs dans son roman. Mais sa subtilité est que ces longueurs sont les moments où Vigo se demande s'il est en plein délire, si une partie de ce qu'il vit existe, si rien n'est vrai, et donc qui il est, et même où il est vraiment. Le lecteur prend plaisir à se perdre dans les circonvolutions de la tête de ce pauvre Vigo. En outre, comme tout est vu par les yeux de ce personnage, le lecteur est aussi perdu que lui. Il y a tout de même des moments où le lecteur prend de la distance, et ne peut s'empêcher de s'esclaffer à la lecture des suppositions de Vigo qui se croit hors du temps. D'un autre côté, on ne peut que se sentir désolé pour cet homme qui ne peut compter sur rien ni personne.
Le récit est émaillé de certaines des notes prises par Vigo: certaines de ses pensées, des définitions de mots... Cela ajoute également des longueurs, mais ces notes sont des pauses détendantes, des îlots de paix. Elles arrachent le lecteur à l'histoire haletante de Vigo, et lui permettent de souffler tout en lisant des choses divertissantes.

Il est intéressant de se confronter aux théories de l'auteur: un homme "neuf" devient l'opposé de ce qu'il était. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec l'auteur. Je ne pense pas que l'amnésie puisse effacer la personnalité de quelqu'un. Mais si on va plus loin, on peut penser que la personnalité première de Vigo a été façonnée, préconditionnée, qu'il a agi ainsi pour faire plaisir à quelqu'un dont je tairai le nom, et que son amnésie l'a libéré de ses chaînes, lui a permis d'être lui-même.

Mis à part l'intérêt que le lecteur éprouve pour les personnages, l'intrigue est bien menée, et ce que nous découvrons est effrayant. Bien sûr, cela ne surprend pas quant à la nature humaine.

Il est, par ailleurs, amusant que le livre contienne 88 chapitres, vous verrez pourquoi en le lisant. Bien sûr, l'auteur l'a fait exprès. Si ça se trouve, il a intercalé les notes de Vigo pour pouvoir arriver à faire 88 chapitres.

Allez, un petit reproche qui m'est habituel: l'histoire d'amour est un peu téléphonée.

Attention: si vous n'avez pas lu le livre, ne lisez pas la phrase suivante!
Quelqu'un pourrait-il me dire si je surinterprète, ou si comme moi, il pense que Vigo est le fils de Farcas? Merci!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christian Fromont pour les éditions Audiolib.

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