Nous les menteurs

L'ouvrage:
Il était une fois un homme (Harris Sinclair) qui avait trois filles: Penny, Bess, et Carrie. Quant à elles, elles avaient des enfants. Cadence était l'aînée des petits-enfants de Harris. En toutes circonstances, la famille gardait la tête haute, et arborait un sourire inaltérable.
La famille allait passer tous les étés sur une île lui appartenant. C'est au cours de l'été 15 (l'été des quinze ans des aînés des petits-enfants), que tout bascula.

Critique:
Voilà un livre très bien pensé. L'auteur prend le temps de nous montrer la famille Sinclair dont l'objectif est de ne jamais montrer ses failles. À partir de ce moment, le lecteur pensera que rien ne peut aller. Si on ne peut pas exprimer ses sentiments négatifs, les choses vont dérailler.

J'ai choisi de faire le résumé comme si c'était un conte parce que Cadence (la narratrice) écrit parfois des contes qu'elle fait partager au lecteur. Souvent, elle détourne le code du conte. C'est un peu ce qui arrive dans ce roman. La famille Sinclair semble idéale, mais ce refus de l'extériorisation d'un quelconque mal être cache, en plus d'une grande difficulté à communiquer, des choses peu reluisantes et peu glorieuses.
Les petits-enfants tentent d'inverser la tendance. Ils se débattent entre ce que veulent leurs mères, ce qu'il voudraient, ce qui leur semble juste...

Emily Lockhart alterne le passé (l'été 15) et le présent (l'été 17). Après avoir subi un choc dont elle ne peut se rappeler la cause, Cadence souffre d'un mal être permanent qui se manifeste par d'intenses migraines. Elle retourne sur l'île l'été de ses dix-sept ans, et avec l'aide parcimonieuse de ses cousins, tente de retrouver la mémoire. Le lecteur suit son parcours semé d'embûches, de découvertes sur elle-même et les membres de sa famille. Tout cela est bien écrit, bien amené. Je n'ai eu aucun mal à me plonger au coeur de cette histoire, de cette quête d'une vérité que Cadence sait néfaste, mais qu'elle traque, car elle comprend confusément que son mal sera pire si elle ne l'affronte pas. Avec brio, Emily Lockhart expose les méfaits de l'hypocrisie, du non-dit.

Quelqu'un de rationnel aura peut-être un peu de mal à accepter une chose, mais cette chose peut s'expliquer autrement. À y bien réfléchir, moi qui suis plutôt rationnelle, je trouve que cette chose va bien à l'ensemble du roman, à ce parfum de conte cruel qui en émane.
Après avoir fini ce récit, on aura peut-être envie de le relire en envisageant certains faits sous un angle qui n'est dévoilé qu'à la fin. Cela a été mon cas.

À lire!

Éditeur: Gallimard jeunesse.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sabine Veyrat pour l'association Valentin Haüy.

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