Le huitième livre de Vésale

L'ouvrage:
Barcelone, 1888, quelques jours avant l'inauguration de l'exposition universelle.
Voilà sept ans que Daniel Atman a fui sa famille et sa ville natale après une nuit cauchemardesque où un drame arriva. Il est établi à Oxford. C'est alors qu'il reçoit un télégramme: son père est mort. Réticent à retourner sur les lieux du traumatisme, le jeune homme se rend pourtant à l'enterrement. À cette occasion, il découvre que son père enquêtait sur d'étranges meurtres de jeunes filles des quartiers pauvres. Il en vient à penser que les découvertes de son père ont dérangé certaines personnes, et qu'il a été assassiné. Aidé d'un journaliste qui est déjà sur la piste et d'un étudiant en médecine, Daniel mène l'enquête.

Critique:
Pendant les trois quarts du roman, j'ai été conquise. C'est d'abord l'ambiance qui m'a entraînée. Mêlant aventures (Comment oublier, par exemple, l'odyssée de certains dans les égouts, ou les quartiers pauvres, lieux de tous les dangers et de toutes les rencontres?), énigmes, personnages complexes et attachants, rappelant sans cesse le contexte historique (ce qui rend le tout plus réaliste), Jordi Llobregat prend le lecteur dans les filets de son récit. À mesure qu'on avance, on découvre le développement d'une idée incroyable, mais qui ajoute à cette ambiance mystérieuse. On imagine bien Vésale faisant ses recherches, ses travaux, tels certains médecins et magnétiseurs de son époque. C'est une pincée de Hoffmann dans un thriller. Mêlé au reste, cela donne un roman où une intrigue d'allure classique le dispute à un atypisme dû à l'ambiance et aux différents genres auxquels il emprunte.

Les trois personnages principaux sont sympathiques. Le journaliste est parfois agaçant, notamment à cause de certains de ses choix ou remarques. Cependant, on se met à sa place. D'autre part, il a de la ressource, et réserve des surprises.
L'étudiant en médecine est «prisonnier du contexte historique» et s'en tire le mieux possible.

C'est dans le dernier quart que les choses se son un peu gâtées pour moi. D'abord, on voit bien les grosses ficelles utilisées pour retarder une ou deux choses. Ensuite, des éléments m'ont paru un peu gros, entre autres l'identité du coupable. C'est expliqué avec force détails, mais je ne parviens pas à trouver cela possible. Puis, j'ai eu l'impression que les personnages perdaient de leur charisme à cause de réactions qui ne collaient pas vraiment. Par exemple, à la fin, certains ne se revoient pas, alors qu'ils étaient devenus très amis, et que ça aurait été logique, considérant leur caractère et leur attitude. D'ailleurs, l'auteur n'explique pas vraiment cela. Enfin, je ne comprends pas trop pourquoi deux personnages ne vont pas vers de totales retrouvailles. Je ne comprends pas leur réserve, leurs hésitations... Ils ont le temps, ils peuvent s'en donner pour apprendre à se retrouver. Là, on ne sait pas vraiment, mais étant donné ce qui est dit, on penche fortement pour une séparation définitive. Si l'auteur ne voulait pas qu'ils se retrouvent, il aurait dû fermer la porte à cette hypothèse.

Éditeur: le Cherche-midi.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Chabanel pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime beaucoup cette lectrice qui, malheureusement pour moi, a enregistré peu d'ouvrages qui me tentent. Elle n'est jamais monotone, sait trouver la dose de jeu nécessaire, et parvient même (parfois) à modifier très légèrement sa voix pour certains personnages, apportant un plus à son jeu, alors que d'autres le gâchent totalement en faisant cela.

Acheter « Le huitième livre de Vésale » sur Amazon