Auteur : Link Charlotte

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vendredi, 29 novembre 2013

Illusions mortelles, de Charlotte Link.

Illusions mortelles

L'ouvrage:
Octobre 2001.
Peter Simon doit aller passer une semaine dans le Sud de la France. Comme chaque année, il y retrouve son ami Christopher avec qui il fait de la voile. Sa femme, Laura, s'inquiète, car le soir de son arrivée, il ne l'a pas appelée. Christopher lui avoue ne pas savoir où se trouve Peter.

Critique:
La façon d'agencer les intrigues de Charlotte Link est souvent la même: une action se déroulant sur plusieurs jours (ici, environ deux semaine), des personnages dont les vies se croisent... Dans «Illusions mortelles», la romancière n'a pas fait se croiser le présent et le passé.
Par ailleurs, l'article de journal du début et le prologue décrivent (comme d'habitude) des événements isolés que le lecteur mettra un peu de temps à raccrocher au reste. J'en ai un peu assez de cette structure trop formatée.

Ce roman m'a plu parce que là encore, j'ai trouvé que l'auteur décrivait très bien la psychologie de ses personnages. Qu'on les apprécie ou pas, qu'on les trouve crétins ou sympathiques, ils ont l'air d'être réels parce que leurs sentiments et leurs motivations sont bien exposés. D'autre part, il est très facile de s'identifier à eux, car leurs préoccupations sont on ne peut plus humaines.
Tous ces personnages sont un peu marginaux à leur manière. Certains se laissent «enfermer» par leur conjoint, d'autres laissent passer la vie à attendre quelqu'un... Finalement, peu sont à plaindre. Henri, par exemple, se fait tant d'illusions qu'il en devient ridicule. Il ne parvient pas à accepter que sa femme ne l'aime plus depuis longtemps. Pire, il le sait, et pense, malgré tout, ne pas pouvoir vivre sans elle. Au final, Catherine (malgré le fait qu'elle passe un certain temps à se morfondre) est plus réaliste que lui, et évolue de manière plus positive.
Laura m'a un peu surprise à cause de la facilité avec laquelle Peter la fait tourner autour de son petit doigt. Pourtant, elle a l'air d'être sensée, et en plus, son amie lui répète sur tous les tons que Peter ne lui convient pas... Elle illustre le fait que par amour, on peut être stupide et se cacher la vérité.
Je n'évoquerai pas tous les personnages, mais chacun est complexe, chacun inspirera de forts sentiments au lecteur qui, accessoirement, se trouvera plus futé. ;-)

Quant à l'intrigue, j'ai d'abord aimé ne pas trop savoir où j'allais. Au début, l'auteur présente ses personnages, expose leurs préoccupations... Ensuite, elle parle meurtres (bien sûr, on a une petite idée de ces meurtres grâce au prologue). On sait très vite qu'elle souhaite que le lecteur cherche le coupable parmi les personnages présentés. Au moment où cela m'agaçait (d'abord parce que la ficelle est récurrente, mais aussi parce que j'avais deviné), elle a pris le parti de créer un rebondissement en dévoilant le nom de l'assassin au lecteur. C'était risquer qu'il s'ennuie et se traîne péniblement jusqu'à la fin. Cela n'a pas été mon cas, car Charlotte Link crée d'autres rebondissements. Et puis, il y a une partie de l'énigme que je n'avais pas devinée: celle qui concerne Pauline. En outre, la dimension psychologique étant toujours présente, j'avais envie de savoir comment les choses tourneraient. En effet, les romans de Charlotte Link ne sont pas seulement des énigmes.

Il y a une petite incohérence: quand on croit avoir un indice qui pourrait mener vers quelqu'un de dangereux, on n'affronte pas le danger, on remet l'affaire entre les mains de la police... Pourtant, l'un des personnages (qui n'a pas l'air si bête) affronte seul le danger.

Remarques annexes:
Après que l'un des crimes est découvert, Laura émet l'hypothèse qui sera la solution dans un autre roman de Charlotte Link. (Je ne dis pas lequel pour ne pas en dévoiler.)
Parfois, il y a des erreurs de prénoms. Je ne sais pas si ce sont des coquilles ou la lectrice qui s'est trompée et ne s'en est pas aperçue.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Brigitte Bordron pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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mardi, 23 juillet 2013

L'enfant de personne, de Charlotte Link.

L'enfant de personne

L'ouvrage:
Angleterre, 2008.
Gwendoline (Gwen) Beckett a trente-cinq ans, elle vit avec son père. Cet été-là, elle est heureuse, car elle a un fiancé: Dave Tanner. Elle décide d'inviter son amie, Leslie (petite-fille de la meilleure amie de son père) à sa soirée de fiançailles.
Pendant ce temps, la police recherche le meurtrier d'Amy Miles qui eut la tête fracassée à coups de pierre.

Fiona, la grand-mère de Leslie, a besoin d'écrire un épisode de sa vie. C'est à Chad (le père de Gwen) qu'elle l'adresse. Celui-ci le connaît bien... c'est justement pour cela qu'il en est le destinataire.

Critique:
Charlotte Link utilise ici certaines ficelles dont elle est coutumière, par exemple, l'alternance entre le passé et le présent. Lorsqu'un auteur fait cela, il prend le risque qu'une époque soit plus palpitante que l'autre. Ici, c'est parfois le cas: les années 40 sont parfois plus intéressantes que ce qui se passe en 2008. De ce fait, lorsqu'on revient en 2008, on a l'impression que la romancière traîne un peu. Ce n'est pas trop grave, car ce n'est pas exagéré.
Je n'ai pas aimé que le début du livre commence par un événement qu'on ne pourra recoller aux faits que bien plus tard. Là encore, Charlotte Link est coutumière du fait. Je n'aime pas cet artifice qui consiste à accrocher le lecteur afin qu'il continue. Cela ne m'accroche pas du tout, mais me fait plutôt soupirer d'ennui.
D'autre part, au début, on voit plusieurs personnes différentes sur de courts chapitres. C'est un peu agaçant, car on n'a pas le temps de bien situer un personnage, on en voit un autre. Cela donne une impression de fouillis. Heureusement, on s'y retrouve très vite.

Quant à la solution de l'énigme... elle peut être vue soit comme très ingénieuse soit comme excessivement clichée. En ce qui me concerne, je la trouve bonne parce que je n'y avais pas pensé, alors qu'en fait, c'était logique. De plus, j'ai trouvé que la psychologie du personnage était très bien expliquée. Cette solution est préparée de maintes façons. Mais je comprendrais que certains trouvent cela facile, d'autant que Charlotte Link n'hésite pas à nous proposer un faux coupable. Bien sûr, le lecteur aguerri ne soupçonnera pas cette personne, car cela serait trop simple, mais la ficelle est un peu grossière.

Je n'ai pas aimé Fiona. En revanche, j'ai trouvé qu'elle était très bien décrite et analysée par l'auteur. Par négligence, par égoïsme, par lâcheté, par légèreté, Fiona a fait quelque chose de mal. Mais ensuite, elle ne s'est jamais vraiment repentie, ou du moins, n'a rien fait pour alléger un peu le mal qu'elle avait causé. Elle tente de se soulager de son fardeau par cet écrit qui n'est, en fait, qu'une longue justification. Quel toupet! Comment ose-t-elle se justifier? Les excuses comme: «Tous les enfants de mon âge auraient agi ainsi.», ou: «J'étais perdue, je ne savais pas quoi faire...» ne prennent pas. Elle savait très bien mener sa barque lorsqu'elle y voyait son intérêt. Rien que pour la description très réussie de ce caractère, de cette femme qui n'évolue pas, et qui ne se remet jamais en question, tout en faisant croire qu'elle le fait, ce livre est à lire. En effet, ce personnage sonne malheureusement très vrai.

Chad est également bien analysé. Je lui en veux moins, même si lui aussi s'est montré détestable, car j'estime que c'était à Fiona de faire ce qu'il fallait, et aussi que l'attitude de Chad est plus franche. Ce qui ne veut pas dire que Chad soit à excuser. Il est le parfait exemple de l'absence de remise en question. Il va même plus loin que Fiona en ne feignant même pas de se remettre en cause.

Les autres personnages sont tout aussi intéressants, et loin d'être aussi détestables que Fiona et Chad.

Ce roman montre diverses formes de cruauté. Le calvaire qu'a subi l'un des personnages m'a profondément touchée. Et je n'ai pas la consolation de me dire que ce n'est qu'un livre, car je sais que ce genre de choses arrivent. Pas dans les mêmes circonstances, bien sûr, mais cela arrive. C'est la raison pour laquelle ce livre m'a marquée.

Malgré une structure qui me déplaît, je recommande ce roman pour sa psychologie des personnages, et parce que ce qu'il décrit ne laisse pas indemne.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA

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lundi, 5 septembre 2011

Le soupirant, de Charlotte Link.

Le soupirant

L'ouvrage:
Par un malheureux hasard, Léona s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Elle a assisté au suicide d'une inconnue, Eva Fabiani, qu'elle a vue se jeter par la fenêtre de son appartement. Léona a recueilli ses derniers mots. Plusieurs mois après ce drame, la jeune femme reste fragile, faisant des cauchemars, et ressassant l'affaire, tout en tentant de l'oublier. C'est alors que son mari, Wolfgang, la quitte pour une autre, après vingt-six ans de vie commune. Désoeuvrée de voir son monde s'écrouler alors qu'elle était déjà en pleine détresse, Léona se rapproche de la voisine et amie d'Eva. C'est ainsi qu'elle rencontrera certains membres de la famille de la suicidée.

Critique:
Encore un roman de Charlotte Link que j'ai dévoré. Pourtant, certains ingrédients auraient pu m'ennuyer. Par exemple, elle reprend un thème qui commence à être très exploité: le harcèlement psychologique suivi d'une traque sans merci. D'ailleurs, on retrouve certains codes qui commencent à devenir des topoi du genre. Par exemple, la police ne croit pas vraiment la victime, et bien sûr, le «méchant» poursuivant la retrouve avant la police. Autre chose m'a profondément agacée: l'obstination de deux personnes à aller voir Léona alors qu'elle se cache. Il était évident que c'était la brèche par laquelle le «méchant» s'engouffrerait! Je ne sais pas trop ce que l'auteur aurait pu imaginer d'autre, mais j'ai trouvé cela un peu facile.
Bien sûr, le malade a souffert dans son enfance, et souffrait de déviances dues à cela ou bien à un terrain favorable, ou aux deux. Cela ne m'a pas vraiment effrayée, parce que ce genre de situations est assez commune dans les romans.

En outre, certaines situations engendrent des lenteurs. Par exemple, après que l'un des personnages a été battus à mort, et que Léona rentre chez elle, j'ai été exaspérée que l'auteur retarde les choses en plaçant un Wolfgang furieux sur son chemin, et en imaginant qu'elle met un temps fou à retrouver ses clés. Elle crée cela pour faire monter la tension, mais c'est si gros que c'est plutôt exaspérant.
D'autre part, quand Lisa se rend chez Lydia, le lecteur sera excédé de la lenteur avec laquelle se déroulent les choses. Pourtant, là, il est impossible de la reprocher à l'auteur, car il aurait été invraisemblable que Lisa s'affolât plus vite.

De plus, la romancière a repris une ficelle que je déteste: celle du prologue supposé faire saliver le lecteur. Au moins, ce prologue n'est pas un moment clé de l'histoire qui se déroulera ensuite. C'est une bonne chose. Mais il donne un indice qui permet d'assembler plus facilement et plus rapidement les pièces du puzzle. J'ai très vite su quels étaient les liens entre l'un des personnages et la découverte du prologue. J'ai également très vite su qui était responsable de ce qui est trouvé dans le prologue.

Malgré ces défauts, j'ai beaucoup apprécié ce roman.
D'abord, je me suis attachée à Léona. Tout en n'étant pas la perfection incarnée, elle raisonne, et cherche à apprendre de ses erreurs. Elle ne se laisse pas annihiler par le harcèlement psychologique dont elle est victime. Elle réagit, va de l'avant, et tente de se protéger. De plus, elle évolue au long de l'histoire, et en sort grandie.
Charlotte Link est assez intelligente pour ne pas avoir utilisé une ficelle que je déteste tant elle est invraisemblable: celle où personne ne croit la victime. Ici, c'est plus nuancé. Si certains policiers sont sceptiques, si des membres de la famille de Léona doutent un peu, on la croit, on ne la prend pas pour une hystérique.
J'aime aussi le fait que Léona ne finisse pas obligatoirement dans les bras d'un homme, qu'elle ne soit pas sauvée par le très gentil prince charmant qui est éperdument amoureux d'elle. Ça sort des clichés.

Les autres personnages, qu'on les apprécie ou pas, ont aussi quelque chose à dire. Olivia et Caroline sont à la fois agaçantes et émouvantes. Comment ne pas être agacé et touché de la pugnacité que met Olivia à s'enfoncer? Comment ne pas la comprendre tout en la blâmant? À ce sujet, j'ai aimé que l'auteur n'en fasse pas trop, à la fin. Il y a peut-être une évolution possible, mais c'est au lecteur d'en décider.
Quant à Caroline, on dirait qu'elle n'a pas grandi, et que ce qui arrive la responsabilise d'un coup. C'est assez étonnant, mais vraisemblable.

Je reste fascinée de voir comment l'auteur a agencé faits et événements. Il a suffi que plusieurs détails concordent pour qu'une chose se produise, entraînant tout un enchaînement, tel un jeu de dominos. D'autres romanciers font cela, mais quand c'est bien construit, comme c'est le cas ici, cela ne m'agace jamais.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Édith Vandevelde pour la Ligue Braille.
J'ai découvert cette lectrice avec plaisir. Outre une voix douce, j'ai aimé son interprétation. Je ne sais pas pourquoi, au début, j'avais peur que sa lecture soit monotone. Il n'en est rien.

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lundi, 28 mars 2011

Le poids du passé, de Charlotte Link.

Le poids du passé

L'ouvrage:
2006.
Nathan et Livia Moor ont quitté leur Allemagne natale pour faire le tour du monde à bord de leur bateau. Leur croisière durera peu, car leur embarcation est heurtée par un cargo, à proximité de Skye, en Angleterre. Ils réussissent à mettre une chaloupe à la mer, et à s'y hisser. Ils finissent par être sauvés, mais ils ont perdu tout ce qui leur appartenait.
Virginia Quentin, pour qui Livia faisait le ménage, a pitié d'eux, et leur propose son aide.

Critique:
Après ma déception à la lecture de «La maison des soeurs», je suis contente d'avoir essayé de lire un autre livre de Charlotte Link. J'ai beaucoup apprécié ma lecture, même si certaines choses sont un peu grosses, et si certains personnages sont très désagréables.
Cela tient, je pense, à ce que Charlotte Link a su décrire les états d'âme de ses personnages de telle manière que même si on ne les aime pas, ou si on désapprouve certains de leurs actes, ils sont terriblement vraisemblables.

Virginia m'a agacée, mais je l'ai comprise. Je n'aurais pas agi comme elle, mais j'ai compris qu'elle s'ennuie dans sa petite vie bien rangée, aux côtés d'un homme qu'elle n'aime pas, et qui l'aime tant qu'il l'accepte comme elle est, et ne se risque pas à la brusquer.
Virginia m'a exaspérée parce qu'elle n'assume pas ses actes, et qu'elle est assez idiote pour se laisser berner par l'apparence et l'intuition d'un personnage. On l'imagine moins dépourvue de sens commun, au départ. En gros, elle passe son temps à faire des mauvais choix. Elle évolue, mais uniquement parce qu'elle découvre certaines choses. Cependant, je ne suis pas sûre que son évolution soit une véritable remise en question, même si, à la fin, elle veut faire quelque chose qui montre qu'elle a mûri.

Frédéric est sympathique, justement parce qu'il n'est pas parfait. Il aime sa femme, et est blessé de vivre près d'elle sans percer sa carapace. Le lecteur comprend sa colère, sa frustration, et plus tard, sa façon d'agir.

Quant à Nathan, je l'ai trouvé antipathique dès le début. Tout au long du livre, je me suis demandé si j'avais vu juste ou pas. À vous de voir ce que vous dira votre intuition.
J'ai particulièrement apprécié la façon dont il explique et minimise ses actes: c'est savoureux, car le lecteur découvre différents points de vue, et l'un d'eux n'est que de la manipulation psychologique très bien faite.

Quant à l'intrigue, certains pourraient la trouver lente, mais j'ai apprécié ce temps passé avec ces personnages à la psychologie captivante.
J'avais deviné quelque chose. En effet, l'auteur fait de gros appels du pied à son lecteur pour qu'il soupçonne quelqu'un. De ce fait, j'ai su que ce personnage n'était pas le coupable. À propos, j'ai trouvé que le personnage choisi pour être le coupable faisait un «méchant» trop facile. Bien sûr, je n'avais pas deviné qui c'était, et c'est ce que souhaite l'auteur, mais j'ai trouvé qu'elle aurait frappé avec plus de force si elle avait désigné quelqu'un d'autre, parce que cette ficelle est très facile.
La psychologie du coupable mériterait qu'on s'y attarde, mais j'aurais peur de trop en dire.

Parallèlement, l'auteur analyse certains aspects des rapports parents-enfants en prenant plusieurs cas de figure.
Les parents de Rachel aiment leur fille, mais elle se sent éclipsée par sa petite soeur.
Liz Alby n'a pas désiré sa fille, et la voit plutôt comme un poids.
Doris perd souvent patience, il semble qu'elle soit trop fatiguée pour pouvoir écouter les désirs et besoins de Janie...
Si le lecteur blâme peut-être un peu, certains d'entre eux, tous ces protagonistes sont compréhensibles, intéressants, voire attachants.

Une intrigue et des personnages attachants, une fine analyse psychologique, des thèmes bien exploités: tels sont les ingrédients de ce roman.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Henri Dewasme pour la Ligue Braille.
J'ai apprécié la façon de lire de ce lecteur. Il est sobre, et sait hausser le ton quand il le faut.

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jeudi, 14 octobre 2010

La maison des soeurs, de Charlotte Link.

La maison des soeurs

L'ouvrage:
C'est bientôt Noël. L'anniversaire de Ralph approche également. Sa femme, Barbara, veut lui faire un cadeau: ils vont tous les deux en vacances dans un petit village. La propriétaire de la maison où ils vont passer leurs vacances ira chez sa soeur pendant ces quelques jours.

Après l'installation dans la maison, une tempête de neige éclate. Bloqués dans la maison sans nourriture et sans électricité, Barbara et Ralph tentent de s'en sortir, tout en essayant de comprendre pourquoi leur mariage bat de l'aile.
En cherchant de quoi faire du feu, Barbara trouve le manuscrit de la précédente occupante des lieux, Frances Grey. Frances raconte sa vie. Barbara lit le manuscrit.

Critique:
Je ne sais pas si c'est moi qui aime moins Charlotte Link ou si ce livre est moins dans le goût des amateurs de cette romancière, mais je n'ai pas vraiment adhéré. C'est peut-être moi qui deviens difficile, car j'ai lu des avis élogieux émanant de personnes aimant Charlotte Link.

D'abord, j'en ai assez, de ces auteurs qui nous mettent les deux guerres mondiales (surtout la seconde) à toutes les sauces! Bien sûr, ici, Charlotte Link articule la vie de ses personnages autour de l'histoire, et il peut être intéressant de voir comment chacun prend tout ce qui arrive, mais c'est agaçant parce que beaucoup font cela, et c'est remâché. En outre, on dirait qu'il ne se passe pas grand-chose entre les deux guerres... Frances raconte ce qui se passe un peu avant la première, un peu après, puis ne dit rien jusqu'à la guerre suivante. C'est un peu artificiel.

Charlotte Link ne renouvelle pas vraiment le genre. Ce roman n'apporte rien d'original ou de transcendant. J'ai trouvé l'intrigue assez prévisible et trop lente. Accessoirement, j'ai trouvé très gros que Laura ait passé seize ans à chercher le manuscrit, et que Barbara le trouve en un claquement de doigts, sans même savoir qu'il y avait quelque chose à chercher.
Quelqu'un m'a dit que la fin l'avait surpris, je ne vois pas trop ce qui est étonnant... Bien sûr, il y a certaines révélations, mais je n'ai pas sauté au plafond en les entendant.

Les personnages ne m'ont pas convaincue. Je les ai regardés s'agiter, ne pas parvenir à communiquer, se lancer haine et rancoeurs au visage, vivoter parce qu'ils ne savaient pas vivre... Je ne me suis attachée à aucun, sauf peut-être un peu à Ralph.

Frances serait pourtant intéressante: elle tente de faire avancer la cause féminine, mais ne sait pas construire sa vie, ne sait pas aimer ni être aimée... Justement, son insensibilité m'a rendue distante à l'égard de ce personnage. Elle n'a pas su me toucher parce que je n'ai pas vraiment vu ses faiblesses. Elle a agi bêtement, parfois, mais elle ne semble pas vraiment vouloir faire ce qu'il faut pour avoir une vie meilleure.

Victoria est détestable, mais trop caricaturale. Donc j'ai été plutôt indifférente vis-à-vis de ce personnage. À force de mettre en évidence sa bêtise et sa méchanceté, l'auteur n'a su faire ressortir que sa fadeur, et je n'ai même pas pris la peine de me fatiguer à la détester.
Charles n'évolue pas: il reproduit le schéma paternel, ne l'admet pas, s'enferre. Je l'ai trouvé très négatif.
Alice laisse passer sa vie, et il faut qu'il arrive quelque chose de grave pour qu'elle ouvre les yeux. Elle m'a agacée.
J'ai eu pitié des personnages broyés par la vie, mais qui, eux, auraient pu s'en sortir: George, John, Laura...
À part cela, les personnages ne sont pas vraiment positifs.

Barbara est peut-être celle qui m'a le plus énervée: qu'elle soit carriériste, d'accord, mais qu'elle ne se remette pas en question, qu'elle n'écoute personne, ça tape sur les nerfs. Et puis sa pulsion vis-à-vis de l'un des personnages, c'est totalement invraisemblable.

Je relirai des livres de Charlotte Link parce que j'en ai apprécié deux, et que je veux savoir si c'est moi qui ai changé.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sabine Veyrat pour l'association Valentin Haüy.

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