Les candidats

L'ouvrage:
Ils ont eu un accident de voiture. Ils sont morts. Ils avaient envisagé une telle possibilité, car ils voulaient que leurs enfants (Jean, huit ans, et Marie, quatre ans), aient une belle vie. À la lecture du testament, tout le monde s'étonne: ils n'y parlent que des enfants. Ils confient leur garde à leurs meilleurs amis. C'est Anne et Patrick Sauvage qui en auront la garde. S'ils refusent, ce sera Alain et Valérie Faye. Deux autres couples sont cités. En attendant que toutes les formalités soient réglées, les deux enfants vivent avec Irma, leur grand-mère paternelle, et Élisabeth, leur tante.

Critique:
Pour moi, ce livre met d'abord en garde contre les préjugés. En effet, ce sont des jugements hâtifs et des préjugés qui ont fait que certaines choses se sont mal passées. Chacun exprime sa souffrance de différentes manière. Certains la fuient, car elle est trop grande pour être affrontée. Et pourtant, tout en tentant de la nier, ils la crient. C'est le cas de Patrick, qui, au départ, n'arrive pas à l'assumer, et ne peut se résoudre à se rendre à l'enterrement de son meilleur ami. C'est également le cas d'Alain qui y va, mais fuit l'église. À ce sujet, j'ai été sensible à ce que pense Alain lors du sermon du prêtre. Comment ne pas bouillir de colère impuissante à l'écoute de mots plaqués, proférés par quelqu'un qui semble indifférent? Du reste, comment ne pas penser, à l'instar d'Alain, qu'il n'y a rien, après? Le paradis, c'est une invention des hommes qui ont trop peur du néant, mais ils ne peuvent pas être sûrs de son existence. Certains se sentent mieux parce qu'ils peuvent y croire. C'est bien. Mais je fais partie des autres, ce qui fait que j'ai compris les doutes du protagoniste.

Il est vrai qu'il est plus facile de comprendre certaines réactions quand on n'est pas impliqué, et qu'on partage les pensées des personnages. De plus, ici, Irma (la grand-mère des enfants) ne sait exprimer sa douleur que par du ressentiment. Elle se ferme, et refuse les explications que certains lui donnent, alors que d'un autre côté, on essaie de la comprendre.
Dans un autre registre, Alain peut sembler assez tortueux, et pas seulement concernant ses amis défunts... Pourtant, son attitude est compréhensible.

Le livre est à plusieurs voix. Quatre personnes s'expriment. L'auteur parvient à créer une ambiance différente pour chaque famille parlant par l'intermédiaire de l'un d'eux. Tous ces personnages ont peu de temps de parole, et pourtant, ils ne sont pas bâclés. On a l'impression qu'ils pourraient être nos voisins, ceux qu'on croise au supermarché, etc. Je suis toujours admirative lorsqu'en peu de pages, un auteur sait faire partager les sentiments et les émotions des protagonistes qu'il crée, lorsqu'on les sent si proches de soi. C'est le cas ici.
D'une manière générale, Yun Sun Limet a pris le temps d'écrire un livre sensible, confrontant différents points de vue tous valables. Son style est fluide, parfois poétique. Elle parsème toute cette tension de notes de bonheur pur (comme le séjour des Sauvage à la plage), de traits humoristiques (l'hypothétique histoire d'amour d'Emmanuel ou les révisions de Geoffroy). La façon dont elle évoque différentes relations de couples est également très bien vue.

Si j'ai apprécié les personnages, ceux qui m'ont le plus «parlé» sont probablement Anne et Patrick. Anne me fait penser à moi sur un point: lorsqu'elle est émue, ou qu'elle se sent dominée par quelqu'un, elle perd ses moyens, et ne parvient pas à dire ce qu'elle voudrait. Je suis comme ça. D'un autre côté, son mari la complète, car sur ce point, il ne s'en laisse pas conter, tout en gardant son calme. J'aime cette complémentarité.
D'autre part, Anne est quelqu'un de gentil, de sensible, qui aime la vie.
Je ne lui ferai qu'un petit reproche: lorsqu'elle parle du bonheur de l'enfantement, elle décrit cela comme un conte de fées, alors qu'on sait bien que cela a ses avantages et ses inconvénients.

Malgré tout le bien que je pense de cet ouvrage, certaines choses m'ont déçue.
Si j'ai trouvé la façon de faire positive et bien pensée, je reste perplexe quant à ce qu'a voulu dire l'auteur à travers ce qui finit par arriver à Jean et Marie.
Attention! Si vous n'avez pas lu le roman, passez au paragraphe suivant.
Veut-elle dire que peu importe ce qu'on vit, l'important est de rester avec sa famille? Place-t-elle la famille biologique au-dessus de tout, même si elle est mauvaise? Ici, on ne peut pas dire que Jean et Marie aient eu une vie horrible, et Marie en est heureuse. Mais je l'ai trouvée falote. À travers le peu qu'elle raconte, il m'a semblé que (comme le pressentaient les Sauvage), sa personnalité avait été un peu étouffée.
En outre, Élisabeth et Irma sont allées délibérément contre la volonté des parents de Jean et Marie. Moralement, c'est détestable. En effet, Irma et Élisabeth ont délibérément évincé Anne et Patrick. Pour moi, c'était eux les plus aptes à élever les enfants. Outre le testament, est évoquée une grosse dispute entre Irma et son fils. Il était donc évident que celui-ci souhaitait écarter sa mère des enfants, la pensant néfaste.

D'autre part, j'ai trouvé dommage que le dénouement soit vite prévisible. Dès la fin de la partie où Anne raconte, j'ai su comment le livre se terminerait. Je sais que ce point est secondaire, et je pense que l'auteur ne tenait pas particulièrement à créer du suspense ou une chute autour de cela, mais étant pinailleuse, j'en ai été gênée.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par plusieurs comédiens. La distribution est la suivante:
Anne Sauvage: Yun Sun Limet (l'auteur)
Alain Faye: Marc de Roy
Laure Damiani: Sandrine Bonjean
Marie: Céline Alexandre
Ce livre m'a été offert par les éditions Autrement dit.

L'éditeur a su choisir des voix qui collent très bien aux personnages du roman.
Je suis tombée sous le charme de la voix de l'auteur. Douce, mélodieuse, élégante, agréable. En outre, elle a lu avec sensibilité. Son intonation est naturelle. Elle a su faire passer toutes les émotions du personnage dans sa voix. J'espère qu'elle enregistrera à nouveau... et pas seulement ses oeuvres! Je regrette un peu que le livre n'ait pas été suivi d'un entretien avec l'auteur...
Marc de Roy a une voix assez particulière que j'ai tout de suite appréciée. Lui aussi est très naturel. Je n'avais pas l'impression qu'il lisait, mais qu'il racontait.
Sandrine Bonjean a une voix très claire et dynamique. Peut-être un peu trop... Cependant, son interprétation renforce l'image qu'on a du personnage de Laure: elle tente de gérer travail et famille au mieux, et en général, elle ne se laisse pas abattre.
Quant à Céline Alexandre, j'avoue qu'au début, je trouvais qu'on sentait qu'elle lisait. Mais elle aussi, par son interprétation, a renforcé l'image que je me suis faite de Marie.

En général, je n'aime pas la musique dans les livres audio. Cependant, ici, elle n'est pas du tout gênante. On ne l'entend qu'au début, lors de la présentation. De plus, j'aime beaucoup ce thème pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach qu'on entend également dans d'autres productions des éditions Autrement dit.

Cette chronique sera également visible sur le site Lire dans le noir à partir du 15 juin.

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