vendredi, 26 octobre 2012

Triste vie, de Chi Li.

Triste vie

L'ouvrage:
Tous les jours, Yin se lève à cinq heures. Parfois, il emmène son fils au jardin d'enfants. Ensuite, il va travailler à l'usine.
Chi Li nous raconte une journée de Yin.

Critique:
Chi Li nous expose des choses qu'on sait, mais sur lesquelles on ne s'attarde pas forcément. La romancière nous fait prendre la mesure de ce qu'est une journée d'un chinois travaillant à l'usine. Yin se débat avec des problèmes financiers, sa femme n'est pas toujours aimable, souffrant, elle aussi, de cette vie précaire. Sa vie est monotone, laborieuse, elle contient peu de joie. Pourtant, Chi Li n'aborde pas les choses de manière désespérée, et ne larmoie pas. Elle expose les faits dans toute leur simplicité. Yin semble résigné. Il prend le meilleur parti possible de ce qui lui arrive. Même lorsqu'il est victime d'injustice, il finit par l'accepter, ne pouvant vraiment faire autrement. Mais parfois, au cours de cette journée, une image lui apparaîtra, une image pour laquelle il changerait de vie, qui le remplit à la fois d'euphorie et d'un immense chagrin.
C'est un personnage sympathique, car il est attachant. Le lecteur comprend ses choix, ses menues révoltes, ses hésitations.

Le ton peut être grave, mais jamais pesant. Chi Li use d'un style simple, décrivant parfaitement le quotidien de cet homme. Elle ménage même de petits moments de détente, principalement lorsque notre héros est avec son fils. Leilei a quatre ans, et est vif, intelligent, observateur... Il pose des questions qui font sourire, et montre qu'il habite encore le pays de l'insouciance. Il est l'une des raisons pour lesquelles Yin n'est pas aigri par sa vie étriquée.

Les personnages de Chi Li sont toujours intéressants. Par de courts romans, elle raconte la vie de la Chine. J'ai préféré «Un homme bien sous tous rapports», parce qu'il me semble plus profond, plus fouillé. Cependant, «Triste vie», n'est pas à mettre de côté, l'auteur s'attachant à proposer un regard sans complaisance, aiguisé, mais sans aigreur ni acidité.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Louis Balnoas pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom du lecteur, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
Le lecteur interprète ce roman comme il doit l'être. Il n'en fait pas trop, et sait mettre le ton voulu quand il faut.

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lundi, 1 octobre 2012

Un homme bien sous tous rapports, de Chi Li.

Un homme bien sous tous rapports

L'ouvrage:
Après que son patron a traité une requête légitime par le mépris, Bian Rongda a déposé une plainte. Cela a mené à la dissolution de l'entreprise. À quarante-et-un ans, il se retrouve sans travail. Cela le mène à se repencher sur sa vie.

Critique:
Avec ce roman, Chi Li montre qu'il n'est jamais trop tard pour se remettre en question. Le personnage principal examine ses choix, et s'avoue que certains lui ont été dictés. Il ne s'apitoie pas sur son sort, mais constate simplement que ces obligations ne le rendent pas heureux. Il reconnaît qu'il a sa part de responsabilité. Tout est très bien exposé et analysé par l'auteur qui se garde bien de tout simplifier, et ne fait en aucun cas passer son héros pour un martyr. Il pourra même faire preuve d'une ouverture d'esprit assez inattendue, étant données les circonstances.

À travers ses personnages et leurs expériences, l'auteur égratigne la société chinoise, mettant en avant ses failles et ses absurdités. Par exemple, le discours de la cireuse de chaussures est éloquent. Elle n'est pas un cas isolé, mais représente une couche de la société. Que dire du nouveau travail de notre héros, des raisons pour lesquelles il fut embauchés, et de la façon dont il a réussi à l'être?... L'auteur conte tout cela avec dérision, ce qui fait qu'on est plutôt porté à sourire, et qu'en plus, on est content pour le personnage, mais si on y réfléchit, c'est assez effrayant...

La structure est de celles que je n'affectionne pas particulièrement: l'auteur louvoie entre passé et présent. Cependant, je dois reconnaître que les événements se prêtent à cet agencement, voire l'appellent.

Les personnages sont complexes. L'auteur s'attarde peu sur certains, ou nous les présente par petites touches, ce qui fait qu'ils semblent un peu recouverts d'une réserve, d'un voile de pudeur qui fait qu'il est un peu dur de les cerner.
Personne ne prend la peine de réellement s'occuper de la soeur de Bian Rongda. On lui assure le confort matériel, on la dit pathologiquement obèse, mais on ne cherche pas à comprendre ce qu'elle ne parvient pas à dire. Cela fait que j'ai eu du mal à comprendre le père du héros qui, par ailleurs, est dépeint comme une personne valeureuse et responsable.
Quant à la femme du héros, comment la trouver sympathique? Je n'ai pu qu'interpréter en sa défaveur ce que Bian Rongda découvre à son sujet avant leur mariage, mais aussi ce qui apparaît juste après. De ce fait, j'ai eu l'impression que tout ce qu'elle faisait de bien ensuite n'était pas guidé par des sentiments positifs, mais par le besoin de se racheter. Je n'arrive toujours pas à dire si je l'apprécie ou pas. En effet, si le lecteur a certaines données en main, il est loin de tout posséder. Le point de vue de ce personnage n'est jamais abordé quant à ce qui la rend moins sympathique. Elle a fait preuve de rouerie, mais qu'est-ce qui l'y a poussée?

Une critique parfois corrosive, assortie d'exemples pertinents. Des personnages attachants, qui garderont une part d'ombre, dépeints en un style à la fois direct et délicat.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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