Rédemption

L'ouvrage:
Septembre 1980.
Leland King (dit Lee) revient dans la petite ville où il a grandi après dix-sept ans de prison. Il y retrouve sa mère atteinte d'un cancer des poumons, sa soeur (Donna), mariée au pasteur (Barry), et son neveu (Pete). Son but est de trouver une place dans cette famille.

Critique:
On se rend souvent compte (dans les romans, mais aussi dans la vie), qu'il ne faut pas se fier aux apparences, qu'il faut prendre en compte le contexte, les circonstances... Matt Lennox illustre parfaitement cet adage, et n'hésite pas à montrer des personnages dans des situations extrêmes. Ce livre est un très bon roman, à mon avis, car il montre toute l'injustice et l'ironie de la vie, mais ne vous attendez pas à le fermer avec un grand sourire ou avec une petite note d'espoir. Attendez-vous plutôt à être frustré, à ressentir toute l'horreur d'un parcours dont les personnages sont responsables.

L'une des forces de ce roman est que son auteur parvient à nous faire apprécier celui qui a commis une faute (et qui ne cherche pas à se soustraire à la justice... des hommes), et vilipender ceux qui semblent propres.
Dans cette petite ville, seuls Stan et Dick (mais Dick est un personnage secondaire) ont trouvé grâce à mes yeux. Pete semble un peu plus ouvert que les autres, au départ. D'abord, il sympathise avec Lee sans lui coller d'étiquettes. Ensuite, il ne veut pas suivre le dogme religieux et incite ses petits frères à réfléchir. (J'aime beaucoup l'exemple qu'il prend quant à la mort de Jésus dont la responsabilité incomberait à un peuple entier.) Mais ensuite, lorsque les choses deviennent sérieuses, il réagit comme si tout était blanc ou noir, comme si tout était aussi simple. Préoccupé par ses amours, puis par le besoin de fuir, il ne parvient pas à admettre qu'un homme peut être un meurtrier et faire de bonnes actions. Si Pete s'enferre dans un raisonnement, il réfléchit, et on peut espérer (sans certitude, toutefois) que l'expérience aidant, il mûrira.Ce n'est pas le cas en ce qui concerne Donna et Barry. Ils ne frappent pas, ne brutalisent pas, mais détruisent moralement. Barry est un bigot de la pire espèce. Il met Dieu partout. Il s'enorgueillit d'avoir aidé Lee, et pense que celui-ci doit s'acquitter de sa dette en rejoignant les rangs de l'église. Son acte n'est donc pas désintéressé. Quant à Donna, elle étouffe le passé, recouvre tout d'une chape de non-dits, n'admet jamais sa faute. Elle aurait d'ailleurs été surprise qu'on lui dise qu'elle est une grande fautive dans l'affaire. Pour elle, le paraître compte plus que tout.

L'auteur ne montre pas un Lee parfait. Cela n'aurait pas été crédible. Lee reconnaît ses actes, ne tente pas de les minimiser. On pourra peut-être lui reprocher sa crédulité: pourquoi crut-il en ceux qui le trahirent par le passé? Pourquoi «choisit»-il, par la suite, une petite amie si détestable? (Apparemment, seul le lecteur sait qu'Helen n'est pas quelqu'un d'aimable.) Bien sûr, il ne faut pas oublier qu'il redécouvre la vie, en quelque sorte. Il est difficile de savoir comment réagir dans la situation de Lee. À la fin du roman, on ne pourra s'empêcher de penser que la prison semble préférable à ce nid de vipères qu'est le microcosme décrit par Matt Lennox, galerie de personnages qui rejettent celui qui tente de s'adapter, et qui n'a pas forcément toutes le cartes en main, personnages parmi lesquels Stan et Lee ne sont pas manichéens.
Stan touchera le lecteur par sa mesure, son ouverture d'esprit, sa tolérance, son besoin de comprendre avant de condamner faits et actes. Il a toujours été ainsi, mais sa génération tend à s'éteindre, et personne, parmi les plus jeunes, ne semble ainsi.

L'intrigue est bien menée. Elle démarre lentement, l'auteur présente décor et personnages. Il ne nous dévoile pas tout de suite ce qu'a fait Lee, mais on se doute (à l'instar de Pete), que c'est un délit assez grave. Ensuite, les événements s'enchaînent assez rapidement, la tension monte, le lecteur est complètement emporté.

Je trouve le titre français mal choisi. peut-être est-il ironique. En effet, ce roman raconte tout sauf une histoire de rédemption. On me dira qu'une traduction du titre original («The carpenter», soit «Le charpentier») n'aurait pas été assez accrocheuse. Peut-être, mais cela aurait été moins mensonger que le titre français choisi. Outre que Lee est charpentier, je me demande s'il n'y aurait pas une allusion à la Bible...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Albin Michel

Acheter « Rédemption » sur Amazon