Auteur : Lemaitre Pierre

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samedi, 20 janvier 2018

Couleurs de l'incendie, de Pierre Lemaitre.

Couleurs de l'incendie

L'Ouvrage:
1927. Lors de l'enterrement de Marcel Péricourt, un drame survient. Il aura de multiples conséquences. D'autre part, Gustave Joubert (fondé de pouvoirs de la banque Péricourt) et Charles (frère de Marcel) sont mécontents quant à la manière dont certaines choses tournent pour eux. Cela aussi aura de multiples conséquences...

Critique:
Même si on peut suivre ce roman sans bien se rappeler «Au revoir là-haut», je pense que les souvenirs parcellaires que j'en ai m'ont fait manquer certains clins d'oeil. Par exemple, j'avais oublié monsieur Dupré qu'apparemment, on voit brièvement dans «Au revoir là-haut». Lorsque le troisième volet sera sorti, je relirai certainement la trilogie d'une traite.

Pierre Lemaitre s'attache ici à Madeleine Péricourt (la soeur d'Édouard), et à ceux qui gravitent autour d'elle. D'un style vivant, il met ses personnages en scène. Madeleine évolue dans un monde qui ne fait pas encore la place aux femmes. Sa situation est particulière car elle hérite de l'affaire familiale sans avoir eu la pratique qui lui aurait permis de ne pas s'en laisser conter. Dans sa vie privée aussi, on retrouve cette sorte de contradiction: bien qu'elle soit avisée, ses choix ne sont pas toujours judicieux. C'est le lot de la plupart d'entre nous. Voilà pourquoi, à mon avis, il est très facile de s'identifier à elle. Quant à ses réactions face aux événements, elles me semblent logiques. Ce personnage soulève beaucoup de questions. Ce qu'elle subit est en partie dû à son aveuglement, elle se le reproche implacablement, et il lui est impossible de ne rien faire. Comment agirions-nous à sa place? Jusqu'où irions-nous pour obtenir une certaine forme de justice?

D'autres personnages féminins se battent avec d'autres arme. Léonce, par exemple, utilise sa séduction, Solange use de sa voix pour éveiller émotions et admiration. Restent les jumelles, filles de Charles. Les pauvres n'ont pas vraiment d'armes. Je les ai appréciées parce que l'auteur nous les dépeint sans complaisance, mais avec un peu de compassion. On ne peut s'empêcher de rire d'elles tout en les plaignant. Elles caressent un beau rêve impossible, mais leur situation ne les rend pas amères ou méchantes. Bien sûr, il y a une part d'inconscience dans leur insouciance.

Certains personnages font que l'amusement intervient dans des situations graves. Je pense surtout à Vladi qui, par son énergie et sa bonne humeur, abolit certaines barrières, mais aussi à Robert dont la lenteur d'esprit ne pourra que faire rire le lecteur.

Tout comme dans «Au revoir là-haut», le romancier décrit une époque en des lieux donnés. Entre ceux qui brassent beaucoup d'argent, la passion de Paul pour la musique et ce que cela entraîne, une sorte de frénésie journalistique, et les sombres agissements de certains, j'ai eu l'impression d'une effervescence. C'est sûrement également dû au rythme soutenu du roman.

Quant à l'intrigue, j'ai d'abord aimé ne pas savoir où Pierre Lemaitre m'emmenait. Au début de la deuxième partie, comprenant ce qui se dessinait, j'ai eu peur de m'ennuyer. Cela n'a pas été le cas. J'ai aimé lire comment certains s'y prenaient pour que ce qu'ils voulaient arrive. Quelque chose m'a déplu, mais ce n'est pas une incohérence. C'est une limite que franchit un personnage. Je n'en veux pas à l'auteur, d'abord parce qu'un autre protagoniste est d'accord avec moi, mais aussi parce que cela permet au lecteur de réfléchir quant au personnage qui le fait. Au sujet de cet acte qui m'a moins plu, j'ai retrouvé une façon de faire que l'auteur a employée dans un autre roman. Je ne veux pas dire qu'il s'est lui-même plagié, mais que son utilisation de la manipulation m'a rappelé ce roman.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par l'auteur.

Quelle joie de retrouver Pierre Lemaitre dont l'interprétation m'a ravie. Tout comme pour «Au revoir là-haut», il rend parfaitement la dimension orale du roman. Humour, gravité, émotion, ressentiment, étonnement... tout sonne juste. J'ai eu l'impression que l'auteur avait mis tout son coeur dans sa lecture, et qu'il y avait pris beaucoup de plaisir.

Comme d'habitude, l'entretien en fin d'ouvrage est très intéressant.

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lundi, 10 octobre 2016

Rosy et John, de Pierre Lemaitre.

Rosy et John

L'ouvrage:
Une bombe explose dans une rue. Il y a des blessés, mais aucun mort. Peu après, Jean Garnier revendique l'attentat. Il explique que six autres bombes sont dispersées dans la ville. Chaque jour, l'une explosera. Il donnera les coordonnées des bombes si on lui accorde certaines choses.

Critique:
Ce roman est déclaré le tome 4 de la trilogie Veroeven, mais c'est en fait le tome 3, car il vient après «Alex» (le tome 2), et avant «Sacrifices» (le tome 3, mais en réalité, le tome 4). Tout ça pour dire qu'il vaut mieux lire «Rosy et John» avant «Sacrifices» pour la chronologie de la vie de Camille Verhoeven.

Voilà un roman réussi, comme la plupart des romans de Pierre Lemaitre. Je n'ai pas pu prévoir les rebondissements. Au départ, on comprend le «chantage» de Jean. Ensuite, le mystère se crée. Pourquoi Jean veut-il tirer d'affaire celle qui l'empêcha de vivre? À mesure que l'intrigue avance, le mystère s'épaissit. J'ai compris le but de Jean très peu de temps avant que l'auteur ne le dévoile. Certains penseront peut-être: «Tout ça pour ça! Il y avait d'autres moyens d'arriver à ce que souhaitait Jean!» Certes, mais outre les rebondissements, Pierre Lemaitre explique son personnage. Ce que découvrent les policiers à mesure de l'enquête, Jean le sait déjà. On ne comprend vraiment son état d'esprit qu'à la fin. Elle est préparée par tout ce qui arrive avant. Il ne faut pas perdre de vue son vécu, son ressenti. Si on ne voit que les actes, on pense qu'il a fait beaucoup de bruit pour rien, alors qu'il aurait pu s'y prendre autrement.

J'ai été ravie de retrouver le style de Pierre Lemaitre: cette écriture précise, claire, fluide, recherché.

L'humour est présent dans ce roman, même s'il est secondaire. On le trouve surtout lors des conversations (par SMS) entre Camille et Anne. Elles sont de petits moments de détente qui font quelque peu passer la tension au second plan pendant de brefs instants.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Pierre Luisoni pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'ai été ravie de retrouver ce lecteur que j'aime beaucoup. En plus d'une intonation appropriée, il a une voix sympathique. On a l'impression qu'il enregistre avec coeur et bonne humeur.

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jeudi, 9 juin 2016

Trois jours et une vie, de Pierre Lemaitre.

Trois jours et une vie

L'ouvrage:
1999.
Antoine Courtin, douze ans, vit avec sa mère dans le village de Beauval.
Un jour, aveuglé par le chagrin et la colère, l'enfant commet un acte irréparable. Il devra vivre avec...

Critique:
Ce roman est un pari risqué. Je pense que beaucoup d'auteurs se seraient cassé les dents sur un tel scénario. Invraisemblances, larmoiements, niaiserie seraient au rendez-vous. Ici, il n'en est rien. Pierre Lemaitre maîtrise parfaitement son récit. D'abord, il plante le décor et nous présente ce garçonnet un peu esseulé, qui se raccroche à ce qu'il peut, et dont l'univers bascule rapidement et brutalement. Son désarroi est tout à fait compréhensible.

Après l'acte irréparable d'Antoine, le lecteur passe beaucoup de temps à décrire ce qui se passe dans la tête de l'enfant. Celui-ci tourne et retourne son problème, envisage les conséquences, cherche frénétiquement une solution... Cela aurait pu tourner à l'ennui. Mais non. J'ai partagé la détresse d'Antoine. Tout comme lui, lorsque les villageois cherchaient le disparu, je pensais qu'ils ne pourraient le trouver qu'en se lançant sur une piste donnée. Le fait d'en savoir davantage que les villageois n'est pas gênant. On suit l'enquête au rythme des pensées désespérées d'Antoine. Pierre Lemaitre en profite pour décrire, en filigrane, la vie de ce village. Entre a priori, idées reçues, certains ne peuvent se libérer de paramètres qu'ils croient immuables. Par exemple, parmi les enfants, le fils du maire a du poids, entre autre à cause de sa filiation. D'autre part, comme c'est souvent le cas, les habitants de Beauval sont soudés et solidaires. Ils aideront les leurs si ceux-ci souffrent, les soutiendront s'ils sont menacés. Ils préféreront, de manière tout à fait arbitraire, prendre leur parti plutôt que celui d'un étranger, justement parce qu'il est étranger, même s'il vit dans le village depuis longtemps.

La mère d'Antoine est un personnage intéressant. On peut la blâmer, ne pas la comprendre, mais on peut aussi se demander ce qu'on aurait fait à sa place. Si je n'ai pas compris certains de ses actes, j'ai compris ses motivations. Le petit village de Beauval, avec sa population prompte à juger, n'aurait sûrement pas accepté qu'elle se démarque. Pour moi, c'est un personnage particulièrement réussi. En effet, on l'imagine terne, confinée dans ses certitudes et sa routine, confite dans sa vie étriquée... or, une fois le livre refermé, on se rend compte que c'est plus complexe.
D'autres personnages sont intéressants, et méritent qu'on se penche sur eux une fois le livre terminé.
En un style vivant, sans fioritures, Pierre Lemaitre décrit très bien la vie de ces gens.

À la fin de la deuxième partie, j'ai un peu tiqué parce qu'il me semblait qu'Antoine avait le moyen d'agir autrement. Là encore, on m'objectera que le petit village et ses traditions ne l'auraient pas laissé faire, d'autant que ceux qui le «poursuivaient» n'auraient pas été simples à neutraliser. Je pardonne donc cette semi-incohérence à l'auteur. Cela rejoint d'ailleurs un peu ce que je pense de la mère d'Antoine à propos d'un certain fait. Peut-être aurait-elle pu faire autrement, mais le village l'aurait impitoyablement rejetée.

À la fin de l'ouvrage, il y a un entretien entre l'auteur et le lecteur. Je l'ai beaucoup apprécié, comme c'est souvent le cas. J'ai souri en entendant Pierre Lemaitre poser des questions à Philippe Torreton sur la manière dont il avait préparé l'enregistrement. J'ai pensé que lui aussi aurait pu dire comment il avait préparé l'enregistrement d'«Au revoir là-haut». Bien sûr, ce n'est pas la même chose, mais il aurait été intéressant de confronter les deux façons de faire.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Torreton.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Le comédien s'est parfaitement glissé dans la peau des personnages. D'autre part, il a très bien rendu le style à la fois sobre et vivant du texte. Je pense que ce roman n'est pas facile à rendre à voix haute. Il est aisé de tomber dans le larmoiement ou le trop sobre. L'interprétation de Philippe Torreton est juste.

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jeudi, 20 août 2015

Travail soigné, de Pierre Lemaitre.

Travail soigné

L'ouvrage:
Avril 2003.
La brigade criminelle est confrontée à deux meurtres particulièrement sanglants dont la mise en scène est des plus macabre. Un lien est rapidement établi avec un crime antérieur.

Critique:
C'est le premier roman de Pierre Lemaitre. Je pense que c'est le premier de cet auteur que j'aurais dû lire. Il y a deux raisons à cela. D'abord, ayant lu «Alex», je savais comment l'affaire se terminait pour Camille Verhoeven (que l'on revoit dans «Alex»). Ensuite, je dois avouer que «Travail soigné» est le roman de Pierre Lemaitre que j'ai le moins aimé. Pour moi, «Alex», «Robe de marié», «Cadres noirs» et «Au revoir là-haut» se distinguent tant par leur profonde humanité que par les cartes que Pierre Lemaitre tire habilement de sa manche. Je n'ai pas retrouvé cela ici.

Camille Verhoeven est un policier atypique par sa petite taille, par le fait qu'il est tourmenté, par ses méthodes, parce qu'il s'investit énormément dans les affaires qu'il traite. Certes, mais ce type de policier est un topos du genre. Bien sûr, je n'ai pas envie de voir un policier qui se fiche de son travail, mais à trop vouloir distinguer leurs personnages, les auteurs les font entrer dans un cliché.

Quant à l'intrigue, elle est un peu trop classique pour moi. L'équipe traque un tueur qui a toujours une longueur d'avance sur elle. Au long du roman, on découvre certaines choses propres à relancer l'intérêt du lecteur, comme par exemple, le modus operandi du tueur. Si c'est intéressant, cela ne m'a pas vraiment surprise, parce que j'attends depuis de nombreuses années de tomber sur un thriller dont le tueur agirait ainsi (je ne parle pas de la violence, mais du schéma suivi). De plus, il y a beaucoup trop de descriptions horribles (cadavres mutilés, etc) pour moi. Pierre Lemaitre s'explique d'ailleurs à ce sujet, dans l'entretien en fin d'ouvrage, car il semblerait que certains lui aient reproché cette violence. Ce qu'il dit se comprend. Enfin (et surtout), je me rends compte que je me lasse des thrillers que je considère comme trop classiques.

Par ailleurs, la solution de l'énigme ne m'a pas vraiment plu. Que le coupable soit Untel, pourquoi pas? C'est cohérent. C'est ce que découvre l'équipe de Camille en arrivant chez le coupable qui me dérange. Pourtant, on pourra me rétorquer que cette solution est préparée au long du roman... Certes, mais pour moi, elle donne lieu à des incohérences.

Afficher Attention, je dévoile la solution en expliquant les incohérences.Masquer Attention, je dévoile la solution en expliquant les incohérences.

L'histoire de l'enquête telle que nous l'avons découverte a été écrite par l'assassin. Celui-ci a donc dû imaginer certaines choses: il pouvait prévoir les grandes lignes, mais pas tout. En lisant l'histoire, Camille pense que sa rencontre avec Irène ne s'est pas du tout passée comme l'a imaginée l'assassin. Mais plus loin, l'un des équipiers de Camille dit que l'assassin ne pouvait pas imaginer que Camille ferait paraître des petites annonces à son intention. Cela signifie que ce pan de l'intrigue n'est pas dans le livre écrit par l'assassin. Pourtant, nous lecteur, l'avons lu. De ce fait, quelle histoire avons-nous lue? On peut également se demander à partir de quel moment on passe de l'histoire écrite par l'assassin à celle réellement vécue par l'équipe de la brigade. Serge Brussolo a fait ce genre de choses dans «L'homme aux yeux de napalm». Ce n'est pas une histoire de roman dans le roman, mais ça revient un peu au même. J'ai trouvé qu'il s'était mieux débrouillé pour faire passer l'idée.


En dehors des incohérences, j'ai trouvé cela un peu gros.

J'ai apprécié les caractéristiques que le romancier donne à certains de ses personnages. Par exemple, la pingrerie d'Armand est, apparemment, à la limite de la maladie.
J'ai retrouvé avec plaisir la façon d'écrire de Pierre Lemaitre: à la fois fluide et recherchée.

Je ne pense pas que ce roman soit mauvais. Je pense qu'il arrive trop tard dans ma vie de lectrice... J'en suis désolée, ayant beaucoup aimé les autres romans de cet auteur.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Frantz. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Dans l'entretien en fin d'ouvrage, Pierre Lemaitre dit que c'est lui qui a demandé à ce que Jacques Frantz enregistre ce roman, pensant (ce qui, dit-il, c'est confirmé) que sa voix et ses intonations seraient appropriées au roman, à son ambiance. Je suis tout à fait d'accord avec lui. Jacques Frantz est une des raisons pour lesquelles, malgré mes reproches, j'ai passé un bon moment avec ce roman. Je sais que je me répète, mais mieux vaut se répéter que se contredire: pour moi, Jacques Frantz fait partie de ces comédiens très talentueux qui savent parfaitement passer un texte (ses émotions, ses subtilités, ses richesses) de la manière la plus naturelle qui soit.

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mercredi, 1 octobre 2014

Cadres noirs, de Pierre Lemaitre.

Cadres noirs

L'ouvrage:
Alain Delambre, cinquante-sept ans, est au chômage depuis quatre ans. C'est alors qu'une opportunité se présente. Cependant, cela n'ira pas sans heurts. Alain devra accepter et faire des choses pas forcément très propres...

Critique:
Dans ce roman, le plus important, à mon sens, est la psychologie du personnage principal. Il ne se résigne pas à sa situation de chômeur. C'est une bonne chose. Au début, j'ai bien compris sa position et les raisons qui le faisaient agir. Il était sympathique. Ensuite, Pierre Lemaitre montre comment monsieur tout le monde peut doucement basculer, et compromettre son intégrité, à cause d'une situation qui, pour lui, est inextricable. C'est là que je me suis mise à le juger presque aussi sévèrement que le faisait sa femme. Je comprenais son point de vue, mais je me disais qu'il était trop facile pour lui de s'en tirer en disant que la cause était bonne. C'est la porte ouverte à d'autres dérives. C'est d'ailleurs un peu comme cela que finit par raisonner et agir Alain. De plus, comme il ne veut pas être méjugé de sa femme, il choisit de lui mentir.
À mesure de mon avancée dans le livre, ma réprobation à l'égard du héros grandissait. Cependant, je le comprenais également. Pierre Lemaitre a donc réussi à créer un personnage qui inspire des sentiments ambigus. J'ai d'ailleurs très bien compris pourquoi la fin est telle qu'elle est concernant la situation familiale d'Alain. Elle est préparée tout au long du livre. Il aurait été aberrant qu'elle soit autre, malgré ce que pensait Alain, au départ. Quant à moi, j'ai très vite deviné qu'il en serait ainsi. Je n'ai d'ailleurs pas pu m'empêcher de sourire de la naïveté d'Alain qui n'a jamais envisagé cela. Cette naïveté se retrouve dans d'autres situations. Par exemple, le fait qu'il croie aveuglément ce que certains lui disent, notamment concernant cette proposition de travail qui tombe du ciel.

Les autres personnages sont intéressants, car beaucoup sont creusés.
La femme et les filles d'Alain m'ont interpellée parce qu'elles sont loin d'être parfaites. Par exemple, avant que son mari ne lui mente, Nicole voit certaines choses d'un très mauvais oeil, et on la comprend. Mais alors, que propose-t-elle à la place de ce qu'elle réprouve au nom d'une certaine morale dans laquelle elle se drape et à cause de laquelle elle juge sans nuances?
Le plus étrange, le plus impressionnant est Charles. Alain, qui le méprisait un peu, sera obligé de revoir son jugement...

Quant à l'agencement de l'intrigue, si j'ai prévu certains détails, la plupart du temps, j'étais dans l'expectative. J'attendais fébrilement la prochaine étape qui ferait franchir un pas de plus à notre personnage. L'auteur a fait en sorte de ménager quelques surprises à son lecteur qui, à un moment, croit tout savoir.
J'ai quand même trouvé qu'à un moment, cela s'essoufflait un peu. Certaines choses étaient racontées de manière un peu lente.
J'ai trouvé une incohérence qui aurait pu être expliquée: comment Alain peut-il être sûr qu'on le laissera tranquille?

Ce roman n'est pas uniquement un thriller psychologique. Pierre Lemaitre montre quelqu'un qui vit une situation que d'autres pourraient vivre, et qui fait des choix guidés par cette situation.
Le romancier en profite aussi pour faire un pied de nez à tous ces êtres bien pensants qui affirment pompeusement que l'argent ne fait pas le bonheur. Bien sûr, l'argent ne fait pas tout, et il est vrai qu'être seul et riche n'est pas très enviable, mais ce cliché est assez pénible. D'ailleurs, ille est illustré du début à la fin du roman. Pierre lemaitre prône la nuance à ce sujet.

Éditeur: Calmann-Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA

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