La belle de Joza

L'ouvrage:
Seconde guerre mondiale.
Eliska est une jeude noctoresse tchécoslovaque. Pourchassée par la Gestapo, elle doit s'évaporer dans la nature. C'est ainsi qu'elle se voit contrainte de s'exiler dans le petit village de Zelary, dans les motagnes de Moravie. Pour que sa couverture soit crédible, elle devra épouser Joza, l'un de ses patients, habitant de Zelary.
Elle découvre une vie totalement opposée à ce qu'elle connaît.

Critique:
Voilà un très beau livre auquel je ne pourrai repenser sans être émue.

Le premier point fort de ce roman, c'est qu'il oblige le lecteur, à l'instar de la narratrice, à abandonner certains préjugés. En effet, on pensera tout de suite que dans un petit village, la vie sera moins belle qu'en ville. Bien sûr, on rencontrera quelques rustres, mais on découvre également des personnes solidaires, qui ne passent pas forcément leur temps à cancaner, et dont le jugement est pertinent. Comment oublier Luca, la «doctoresse» du village, qui force le respect, malgré ses manières brusques? Chaque jour, Eliska apprend que sa vie citadine n'était peut-être pas mieux que celle qu'elle découvre. Elle apprend à goûter les bonheurs simples, à éprouver du plaisir à des activités qui la rebutaient avant... Bref, la narratrice fait un véritable voyage intérieur, ose être elle-même, se dépouille de ses artifices.

Quand une histoire d'amour est contée, elle recèlera forcément une part (même infime) de mièvrerie. Ici, ce n'est pas le cas. J'aime beaucoup la comparaison qu'Eliska fait entre Richard (son ancien amant) et Joza. Certains sont romantiques et attentionnés par obligation, parce que ça va faire plaisir à l'autre... Joza l'est parce qu'il est comme ça, parce qu'il aime sa femme. Le meilleur exemple, à mon avis, est l'anecdote de la neige. Eliska croit qu'il neige, et elle en est toute contente. Elle le dit à Joza qui lui répond que non, il ne neige pas, c'est la lune qui brille d'une certaine façon. Elle sort, et lui enjoint de la suivre afin de lui montrer qu'elle a raison. Et elle voit qu'il dit vrai. Et c'est là qu'elle dit au lecteur que Joza est déçu d'avoir gâché sa joie, déçu qu'elle ait tort.

Joza aussi bousculera certains préjugés. Il eut une enfance et une adolescence douloureuses. Pourtant, il n'est pas devenu amer.

Afficher Attention, je dévoile la fin.Masquer Attention, je dévoile la fin.

Il a vite été évident que seules deux fins étaient possibles. J'en ai voulu à Kveta Legatova d'avoir choisi la fin triste. Comme si Eliska et Joza avaient eu trop de bonheur, comme s'il fallait que la vie rappelle à Eliska que ce n'était qu'une parenthèse. Pour moi, cela gâche le livre. Il n'aurait pas été invraisemblable qu'il s'achevât de manière heureuse.

J'ai conscience que ma chronique est fade, et ne rend absolument pas justice à cette ode à la vie, à l'amour, à ce roman qui exhorte à apprécier ce qu'on a, à ce havre de paix au milieu de la guerre qui prône des valeurs simples et essentielles.
Je sais aussi que ma chronique est courte. Cela tient au fait que tout est écrit dans le livre. La narratrice analyse tout de manière fine et juste. Elle trouve les mots et les exemples qu'il faut. Au lieu de lire entre les lignes, je ne peux que la paraphraser.

Éditeur: Noir sur blanc.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédérique Pralong pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Encore une fois, la lectrice (malgré une lecture un peu lente), a su mettre le ton approprié. Elle a su montrer la profondeur des sentiments exprimés dans ce roman sans trop en faire.

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