Auteur : Legardinier Gilles

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samedi, 4 novembre 2017

Une fois dans ma vie, de Gilles Legardinier.

Une fois dans ma vie

L'ouvrage
Eugénie et Victor sont à la retraite. Ils sont maintenant gardienne et régisseur bénévoles du théâtre Jacila. Autour d'eux, gravitent les comédiens de la pièce du moment, et d'autres bénévoles dont Juliette, Céline, et plus tard, Laura. Chacun se confie, on s'entraide...

Critique:
Habituellement, la force des comédies de Gilles Legardinier, c'est qu'elles content des situations souvent rocambolesques, et qu'on y croit. Pour moi, la magie n'a absolument pas opéré avec «Une fois dans ma vie». L'auteur s'essouffle-t-il? En ai-je assez de ce genre? En tout cas, à mon avis, 90% de ce roman sonne faux, car tout y est excessif. Les éléments supposés amusants deviennent pathétiques. Par exemple, lorsque Céline et ses amies organisent une expédition punitive chez Martial, on devrait rire de leur déconfiture programmée, et trouver leur solidarité attendrissante. J'ai plutôt soupiré. Puisqu'il était couru d'avance que cela ne fonctionnerait pas, et pouvait même attirer des ennuis à Céline, pourquoi le faire?

En outre, Juliette et Céline sont focalisées sur le fait qu'il leur faut un homme! Il est logique qu'elles aient envie de rencontrer quelqu'un, mais elles semblent ne voir que par cette solution. En parlant de Juliette, son coup de foudre et les songes mièvres qui en découlent m'ont exaspérée. Les rêves niais des amoureux peuvent être amusants, mais ici, cela a eu l'effet inverse sur moi, me faisant imaginer Juliette comme une pauvre fille sans cerveau! En plus, j'ai eu énormément de mal à comprendre comment il se faisait qu'elle imagine Loïc comme l'homme de sa vie, alors qu'elle le connaît à peine. Qu'elle désire le découvrir, qu'il lui ait tapé dans l'oeil, pourquoi pas? Mais qu'au bout de quelques petites rencontres (non fortuites), elle soit dans un état de délire extrêmement avancé, c'est exagéré.

Eugénie aussi m'a profondément agacée. Madame s'ennuie, elle ne sait plus quoi faire de son temps, alors, elle remet toute sa vie en question. Je comprends qu'on puisse, à un moment, s'interroger, craindre d'être inutile, et faire quelque chose de sa vie, mais à ce point...! Notre héroïne va se mêler de la vie de tous, ce qui, là aussi, a provoqué mes soupirs énervés. Pourtant, c'est un ingrédient qui fonctionne, d'habitude, dans ce genre de livres. Ici, j'avais envie de dire à Eugénie que si elle s'ennuyait vraiment, je pouvais lui faire faire mon ménage! Mais surtout, je souhaitais qu'elle cesse de se mêler des affaires de ses amis sans qu'on le lui demande, même si je savais qu'elle n'avait que de gentilles intentions.

D'autres passages et répliques m'ont semblé grandiloquents sans comique, mais je pense que vous avez saisi le principal, donc je n'en énumérerai pas plus.
Tout se termine trop bien. Non que cela me déplaise, je suis plutôt pour les fins optimistes, surtout dans ce genre. Mais ici, c'était à la limite du crédible, surtout concernant les histoires d'amour...

Passons à ce qui m'a plu.
J'ai aimé Victor. Il est à la fois drôle (même s'il en fait trop dans les premiers chapitres), généreux (sans en faire des tonnes), pragmatique... C'est lui qu'on retrouve dans les rares scènes qui m'ont fait sourire. Je pense notamment au moment où Juliette fait son numéro de pleureuse. Alors que je pestais en me demandant pourquoi elle n'avait pas agi ainsi plus tôt, et pourquoi il fallait que ce soit fait de manière si grandiloquente, Victor a sauvé le tout en me le rendant nettement plus agréable!

J'ai également apprécié l'incongruité créée par Céline qui ne sait plus à quel saint se vouer (si j'ose dire), et a besoin d'un regard masculin. La façon dont cela s'achève m'a plu, parce que c'est une situation à la fois tendre et cocasse sans affectation.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Valérie Marchant.

Ayant beaucoup aimé Valérie Marchant dans «La fille du train», j'étais contente qu'elle enregistre ce titre. J'ai malheureusement été déçue qu'entre autres, elle prenne une voix très grave et éraillée (j'avais envie de lui dire de se racler la gorge) pour Victor, et une voix haut perchée (qui ne me paraissait pas naturelle) pour Juliette. Cela renforçait l'image d'imbécile heureuse que j'avais de la jeune femme, et je ne pense pas que c'est ce que voulait l'auteur. Au fil des chapitres, soit je me suis habituée, soit la comédienne a moins accentué les différentes voix qu'elle faisait, car cela passait mieux. Cependant, j'aurais préféré qu'elle ne marque pas à ce point certains rôles.

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jeudi, 18 février 2016

Quelqu'un pour qui trembler, de Gilles Legardinier.

Quelqu'un pour qui trembler

L'ouvrage:
Thomas est médecin. Voilà environ vingt ans qu'il a quitté la France pour se rendre utile dans les pays qui en ont le plus besoin. Un soir, il apprend que Céline, la jeune fille qu'il a quittée en même temps que son pays a eu une fille quelques mois après son départ. Thomas décide de retourner en France.

Critique:
Ce roman et «Et soudain tout change» sont ceux de Gilles Legardinier que je préfère. Je n'ai d'ailleurs aucun reproche à faire ici. À mon sens, c'est dans ces deux romans-là que les personnages sont les plus vrais, que les situations sont loufoques tout en restant vraisemblables. Il faut dire que Gilles Legardinier parvient à faire rire lors de moments critiques, par exemple, l'un des personnages fait une tentative de suicide. Malgré la gravité et l'urgence, se glissent quelques petites notes amusantes.

Comme dans ses autres romans, l'auteur montre des personnages qui s'entraident et qui comprennent (comme le souligne Thomas) que c'est souvent plus facile à plusieurs. Je me demande parfois (j'y ai surtout pensé en lisant ce roman) si le monde ne tournerait pas plus sainement si tout le monde se comportait comme les personnages de Gilles Legardinier. Bien sûr, on ne peut pas toujours tout faciliter à tous. Par exemple, ici, deux personnages ne peuvent être rapprochés principalement à cause du fait qu'ils n'entrent pas dans les bonnes catégories, selon l'administration. Cette situation m'a fait penser ce que je pense de plus en plus souvent: pour beaucoup de choses, il faudrait pouvoir faire du cas par cas.

L'entraide dont il est question est (comme souvent) assortie de plans semblant tous plus foireux les uns que les autres. Pou n'en citer que deux, je parlerai de l'entretien où Thomas se fait passer pour le père d'un enfant qu'il ne connaît que depuis quelques mois, et la scène de la bande de personnes âgées achetant de vieux jouets, certains s'en disputant même un. Il aurait été très facile de faire dégénérer le tout, de tourner ça en un immense n'importe quoi. Or, il n'en est rien. Toutes ces mises en scène m'ont fait rire, et je me suis surprise à espérer faire partie de tels plans un jour, ou bien qu'on en organise pour me faire plaisir.

Les personnages sont hauts en couleur. Entre Francis (l'ancien colonel affectionnant les sous-entendus grivois), Michaël (qui accepte d'affronter sa peur pour rendre service), Attila (le chien de garde qui ne pense qu'à jouer), Chantal (la coquette farfelue qui ne se montre jamais sans sa perruque), Jean-Michel (qui réserve quelques surprises), et les autres, Thomas et le lecteur n'ont pas le temps de s'ennuyer! D'autant que chacun a souvent la réplique qui fait mouche. Les chapitres s'enchaînent donc sans temps morts. Si certains auteurs devraient raccourcir leurs livres, Gilles Legardinier devrait rallonger ses comédies. Certains diront peut-être que tout se termine un peu trop bien. J'avoue préférer cela. D'abord parce que tout s'imbrique bien. Ensuite parce que parfois, dans la vie, les choses se terminent de manière heureuse aussi, et que ce genre de romans permet d'y croire. De plus, l'auteur montre des personnages qui prennent les choses en main (parfois de manière un peu saugrenue), qui n'attendent pas, en se lamentant, que les choses s'améliorent. En outre, chacun assume ses choix et ses erreurs... même si certains le font dans la douleur. ;-)

Comme souvent, il y a beaucoup de petites phrases sympathiques. Si je ne devais en retenir qu'une, ce serait: «N'aie jamais honte d'éviter un obstacle qui te détruirait.»

Au début du récit, Thomas revient d'Inde. Il a passé vingt ans dans des pays pauvres. Il compare donc forcément la vie dans ces pays avec celle qu'il voit en France. Il est par exemple très étonné de trouver trente-neuf marques de lessive différentes en supermarché. Gilles Legardinier pousse le raisonnement plus loin. Ce n'est pas uniquement les occidentaux égoïstes, capricieux et dépensiers contre les humbles habitants de pays pauvres. Il se rend vite compte que tout le monde peut être en manque de quelque chose de vital, peut souffrir à son échelle.

Remarques annexes:
Il faudra que j'essaie le coup de la phrase qu'on ne veut surtout pas entendre pour voir si cela réduit effectivement son effet à néant. Concept intéressant... ;-)
S'il n'y a pas de chat sur la couverture du livre, il y en a dans le roman, ce qui réjouira ceux qui aiment les animaux.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Fabien Briche. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Pour une fois, je ne connaissais pas ce comédien pour ses doublages. Je l'ai donc découvert ici. Il s'est parfaitement glissé dans la peau des personnages. Avec naturel, il s'est tiré de toutes les répliques (qu'elles soient amusantes ou un peu mièvres), de tous les «plans foireux», sans jamais trop en faire. En outre, il n'a pas exagéré sa voix pour les rôles féminins, ce qui est très bien. J'ai beaucoup ri lorsqu'il interprète Thomas dopé à l'hélium. Là encore, il n'a pas eu la partie facile, et s'en est très bien sorti. Son interprétation vivante et exempte de cabotinage est un plus pour le livre audio. En effet, je pense que les comédies de Gilles Legardinier sont faites pour être entendues, et que les versions audio doivent impérativement être enregistrées par des personnes qui savent jouer sans surjouer. J'espère que Fabien Briche enregistrera d'autres livres.

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mercredi, 1 juillet 2015

Ça peut pas rater, de Gilles Legardinier.

Ça peut pas rater

L'ouvrage:
Marie Lavigne vient de se faire plaquer après dix ans de vie commune. Son ex, Hugues, a fait cela de manière très indélicate. Marie en a assez de lui et des hommes en général. La vie va pourtant lui montrer que tout le monde n'est pas à mettre dans le même panier.

Critique:
Comme souvent, avec les comédies de Gilles Legardinier, j'ai eu un peu de mal à entrer dans le livre. Le désespoir de Marie me semblait trop grandiloquent. Et puis, je n'aime pas trop les catégorisations faciles que font les personnages de cet auteur. Les hommes sont comme ci, les femmes sont comme ça. Je pense que s'il y a certains courants, il ne faut pas tout compartimenter.

À mesure de mon avancée dans le livre, j'ai compris que l'auteur s'efforçait de montrer à son héroïne que tout n'était pas si simple. Marie est tombée sur un crétin (son entourage ne l'appréciait d'ailleurs pas), mais elle se rend compte qu'elle apprécie des hommes et des femmes de tous horizons.

C'est avec émotion que j'ai retrouvé les petites phrases qui font le style de Gilles Legardinier. Certaines sont de gros délires, d'autres sont émouvantes tant elles sont vraies. Lors de l'entretien avec l'auteur, Liza (la personne des éditions Audiolib qui l'a réalisé) en a retenu une qui est particulièrement juste: «De toute façon, quand les gens font quelque chose pour vous, c'est toujours bien.» Cela m'a rappelé que j'avais dit cela, en substances, à quelqu'un quelques jours auparavant. Tout ça pour dire que les comédies de Gilles Legardinier parlent au lecteur parce qu'il y décrit la vie avec justesse. Il teinte des événements ordinaires d'humour et de phrases bien choisies qui démontrent une certaine philosophie de vie. Ses personnages sont profondément humains (même les «méchants»). Voilà pourquoi il est si facile de s'identifier à eux. À ce sujet, je vous conseille la totalité de l'entretien à la fin du livre audio, car l'auteur y parle très bien de cela. Si, au départ, le romancier semble ranger les gens dans des catégories, c'est pour mieux les en déloger en leur faisant oser être eux-mêmes ou bien se donner les moyens d'accéder à leurs rêves. Je pense notamment à Pétula qui, à mon avis, fait preuve de beaucoup de courage, et s'adapte au lieu de baisser les bras. Cela renverra fatalement le lecteur à sa propre vie. Il se demandera ce que lui peut faire pour changer ce qui ne va pas.
Je pense également à la situation d'Alfredo qui n'est pas banale. Elle m'a bien plu, justement parce qu'elle sort des sentiers battus, et qu'au final, le personnage fait ce qu'il aime, distribuant sa bonne humeur parfois bourrue à la ronde.

Marie travaille dans une entreprise de matelas. Là encore, l'auteur analyse avec pertinence le milieu dans lequel nous vivons en décrivant la manière dont les conditions de travail se dégradent peu à peu. Dans l'entretien qui se trouve à la fin du livre audio, il déplore que les hommes n'aient pas compris qu'on ne s'épanouissait qu'en étant bien. En effet, c'est une chose simple, élémentaire, et essentielle que beaucoup ne veulent pas comprendre. Je ne parle pas seulement des hauts dirigeants de grandes entreprises...

Sur un plan plus léger, on retrouve des situations comiques qui, je pense, tomberaient complètement à côté sous la plume d'un autre auteur. Il y a, par exemple, la propension de Valérie à soulever son pull. Bien sûr, certaines situations m'ont paru un peu lourdes, par exemple, lorsque Marie imagine l'inquiétude d'Hugues à son sujet (au début), mais c'est le risque quand on dépeint une situation humoristique. L'humour est très subjectif, et il est impossible de faire rire à tous les coups. De toute façon, le livre regorge de situations et de répliques comiques. Donc si certaines manquent leur but, d'autres l'atteindront.

Gilles Legardinier propose une énigme à son héroïne. Pour ma part, j'avais tout de suite deviné ce qu'il y avait à savoir. C'est sûrement voulu: le lecteur est extérieur, il sait donc voir les indices que la narratrice, trop impliquée, ne perçoit pas. Cela a eu pour effet de me faire trouver le temps un peu long, alors que Marie se creusait la tête. J'ai d'ailleurs pensé qu'elle en faisait un peu trop concernant cette énigme, mais comment aurais-je réagi à sa place?

Remarque annexe:
J'aime beaucoup l'idée de ne plus utiliser des gros mots pour jurer, mais des catastrophes qui vous sont arrivées au quotidien. C'est original. L'ennui, c'est qu'on n'a pas forcément une catastrophe passée à l'esprit juste au moment de jurer. ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Clémentine Domptail. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Je n'ai pas été vraiment convaincue par la performance de la comédienne. Certes, elle met le ton approprié pour les répliques où il convient de prendre une certaine intonation, mais je trouve qu'elle n'a pas su adapter sa voix à ce type de lecture. Ce genre de romans n'est pas facile à lire à voix haute. Il faut avoir une voix «souriante». Bien sûr, la comédienne ne va pas sourire lorsque Marie est triste, mais les comédies de Gilles Legardinier (ainsi que celles d'autres auteurs) sont pleines de lumière, de rire, de dynamisme. La voix de la personne qui les enregistre doit refléter cela. Pour moi, Clémentine Domptail n'a que partiellement réussi à entrer dans le roman.
Je sais que plus je lis (uniquement en audio), plus je découvre de jeux de comédiens (mais aussi de lecteurs bénévoles), plus je suis sévère et exigeante.

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mercredi, 14 janvier 2015

Et soudain tout change, de Gilles Legardinier.

Et soudain tout change

L'ouvrage:
Camille et sa petite bande d'amis sont en Terminale. La jeune fille raconte cette année qui sera un tournant, et pas seulement à cause du baccalauréat.

Critique:
Ce roman est mon préféré de Gilles Legardinier. Il est vrai que je suis assez sensible aux romans où des adolescents s'expriment. Bien sûr, le thème ne fait pas tout, je n'ai pas particulièrement apprécié «Lycée out» qui traitait de ce thème. Ici, l'auteur a su créer une ambiance qui m'a rappelé celle de «Le jour où tout a commencé», de Sylvaine Jaoui (on trouve d'ailleurs une Léa meilleure amie de l'héroïne dans les deux romans, mais je suppose que c'est une coïncidence).
On s'identifiera facilement à Camille, la narratrice. Toujours prête à aider quelqu'un en détresse (même lorsque la cause est perdue), soupirant pour un garçon de la bande qu'elle trouve forcément à part, lucide sur beaucoup de choses... mais ne voyant pas ce qui est évident lorsqu'elle est impliquée, n'étant pas superstitieuse mais ne pouvant s'empêcher de faire de petits paris avec la vie...

J'ai été reconnaissante à l'auteur de ne pas faire quelque chose de cliché: les jeunes superficiels, les méchants profs, les parents casse-pieds... Il y a un peu de cela, parfois, mais comme dans la vie. Au début, je trouvais dommage qu'un seul professeur semble réellement se soucier de ses élèves, mais là encore, les choses se nuancent. L'auteur montre le côté humain de certains professeurs. D'ailleurs, lorsque Camille discute (plusieurs fois) avec monsieur Rossi, elle se rend compte de certaines choses. Là où l'auteur n'exagère absolument pas, c'est lorsque monsieur Rossi décrit à Camille l'ébahissement des élèves qui le croisent au supermarché. Ah! Le prof a une vie en dehors de son métier?! ;-)
C'est pareil pour les médecins: certains ne se préoccupent pas des malades (et perdent même leurs moyens lorsqu'il s'agit de faire autre chose qu'énoncer pompeusement des théories à leur sujet), mais d'autres sont là pour de très bonnes raisons, et ne considèrent pas un patient comme un cas. Je pense que c'est ainsi dans tous les métiers.

Nous sommes dans une comédie de Gilles Legardinier, donc l'humour est présent de multiples façons. Ce sont surtout des personnages qui susciteront le rire. Comment ne pas souhaiter avoir un ami comme Tibor après la lecture de ce roman? Tibor a toujours des idées loufoques qu'il met en pratique, et bien sûr, il s'arrange pour que ce soit le plus étrange et le plus désopilant possible. Comment oublier sa mésaventure avec son ami, le porte-parapluie? Mais Tibor ne se résume pas à cela. On retient son humour, mais on n'oubliera pas sa générosité.

Lucas, le frère de Camille, n'est pas mal en tant que personnage amusant. Rien que d'imaginer les situations dans lesquelles il est capable de se mettre, le rire me prend. Je suis sûre qu'un réalisateur serait ravi de filmer ce qu'a inventé Gilles Legardinier quant à Lucas.

Il y a aussi des remarques amusantes de la narratrice. J'ai bien aimé ce qu'elle disait à propos des citations. Elle s'emporte un peu, mais son point de vue est intéressant.

Le lecteur rira également de ce qui arrive aux «méchants» de l'histoire. On pourrait se récrier que ces «méchants» ne sont pas nuancés, mais il ne faut pas oublier que des personnes comme cela existent.
Bien sûr, vous aurez d'autres occasions de rire, mais je ne vais pas tout dévoiler.

L'intrigue du roman permet de montrer des sentiments et des réactions qui redonnent un peu confiance en l'humanité: solidarité, générosité. Les protagonistes savent réagir comme il faut lorsque les événements prennent une tournure plus grave. Là encore, l'auteur n'exagère pas. Si l'individualisme et l'égocentrisme se rencontrent partout, la générosité et la solidarité également.

J'aime beaucoup le père de Camille. Il est en retrait, la jeune fille évoquant surtout sa vie lycéenne et ses amis. Cependant, le lecteur devine très vite que c'est quelqu'un de bien.

Il n'y a qu'une chose qui m'a vraiment agacée. J'ai déjà lu cela dans «Complètement cramé». L'auteur semble persuadé (ici, c'est Margot et Manon qui se font les porte-paroles de la théorie), qu'il vaut mieux être mal accompagné, être avec quelqu'un qui est là et qu'on trouve sympathique, plutôt que d'être seul. Je n'aime pas cette théorie. Je pense que l'histoire de Manon aurait dû être davantage creusée. Ce n'est pas à elle de décider que ses parents doivent rester ensemble. Si ceux-ci ne s'aiment plus, pourquoi ne pas se séparer? De plus, je suis convaincue qu'un couple qui ne s'aime plus et ne se sépare pas uniquement à cause des enfants se fourvoie. Les enfants souffriront davantage de voir des personnes qui ne s'aiment plus se côtoyer tous les jours. Peut-être que les relations des parents de Manon étaient plus complexes, mais il aurait fallu que cela soit développé et exprimé par les principaux concernés.
Quant à Margot, elle semble dire qu'on peut aimer soit avec son corps soit avec sa tête... J'aurais préféré davantage de nuance.

Remarques annexes:
Gilles Legardinier n'exagère pas non plus lorsqu'il évoque ce que j'appelle le code du café. Je me souviens avoir eu, avec une amie, à peu de choses près, la conversation que Camille a avec monsieur Rossi à ce propos. Quant à moi, j'échappe au code du café, estimant que je n'en ai pas besoin pour discuter avec qui je veux quand je veux, même si tout le monde a une tasse de café à la main excepté moi. ;-)

Je pense que le professeur d'économie a raison lorsqu'il dit que beaucoup de monde agit parce que telle célébrité ou telle personne qu'il aime agit ainsi. C'est triste, mais vrai.

J'aime beaucoup les relations de Camille avec son chat, de Tibor avec les chiens, etc. À ce sujet, Camille dit que Flocon (le chat) copie Zoltan (le chien) parce que c'est le seul modèle qu'il a. Mes chats n'ont pas connu de chiens, et ça ne les empêche pas de rapporter la balle qu'on leur lance. ;-)

Un roman qui m'a semblé plus nuancé que les autres comédies de cet auteur, dont l'ambiance et les personnages m'ont plu, dont les situations m'ont parlé.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Séverine Cayron. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
N'ayant pas été tentée par la trilogie «Cinquante nuances», j'ai découvert Séverine Cayron avec «Et soudain tout change». Au début, il m'a semblé qu'elle en faisait un peu trop. Ensuite, j'ai trouvé qu'elle entrait davantage dans la peau des personnages, qu'elle abandonnait son intonation un peu forcée, et semblait vraiment dans le roman. Je me doute qu'il n'a pas été simple pour elle d'incarner Camille et la galerie de personnages qui l'entoure. Je la réentendrai avec plaisir.

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mercredi, 10 septembre 2014

Complètement cramé, de Gilles Legardinier.

Complètement cramé

L'ouvrage:
Andrew Blake, soixante-six ans, dirige une grande entreprise anglaise. Se sentant inutile et déprimé, il décide de changer d'air. Son ami, Richard Ward, lui trouve une place de majordome dans un manoir français. Dès son arrivée, il manque d'être tué par Philippe (le régisseur), et la cuisinière (Odile), lui fait comprendre qu'elle ne voit pas son embauche d'un très bon oeil...

Critique:
Voilà un livre sympathique, lumineux. À travers des personnages qui se remettent en question grâce à de l'aide, Gilles Legardinier tente de montrer que la solidarité, l'affection, le désintéressement sont encore de ce monde. Sans se départir de sa causticité, il évoque des situations douloureuses, voire graves, et montre qu'en y mettant de la volonté et un peu de joie de vivre, on peut finir par faire avec ses blessures.
On me dira que c'est peut-être trop optimiste. Je dirais oui et non. Certes, j'ai trouvé que certaines situations (notamment celle de Manon) se réglaient un peu trop bien. Cependant, si les choses évoluent, c'est parce que les personnages y mettent du leur. Par ailleurs, on jubile lorsqu'Andrew asticote, puis dit ses quatre vérités à un personnage particulièrement antipathique. À ce moment, on s'imagine faisant la même chose avec ceux qui nous agacent.

L'humour de Gilles Legardinier est toujours omniprésent. Il est même là lors de situations délicates. Comment ne pas rire au récit épique de l'expédition punitive d'Helmut et Luigi, même si elle comporte des risques? Les visites de Richard au manoir sont également source de drôlerie.
Certaines situations sont mises en scènes, et l'auteur exagère un peu. Par exemple, la scène où Andrew se déguise en femme afin d'aider Philippe à être à l'aise pendant un dîner avec une femme est peut-être un peu poussée. Cependant, les remarques de Philippe et de Manon font que l'exagération passe très bien.
L'auteur n'hésite pas à faire dire à ses personnages de petites phrases déjantées comme par exemple celles sur les champignons.
Lorsque Philippe ou Odile sont dans les parages, on sait que certaines répliques vont faire rire.
La fête de Halloween est également un moment très amusant.
Il va de soi que je suis loin d'avoir évoqué toutes les situations cocasses du roman.

Je trouve dommage que Gilles Legardinier ait à tout prix voulu caser tout le monde. Bien sûr, à la fin, certaines choses ne sont pas sûres, mais le lecteur n'a pas de gros doutes quant à leur issue. À force, cet aspect est très agaçant.
D'autre part, on trouve beaucoup de clichés sur les hommes et les femmes. Les hommes aiment comme ci et les femmes aiment comme ça. Une femme amoureuse réagira comme ci, un homme sera différent. Je me croyais dans un de ces livres du genre «Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus», livres qui, à mon avis, sont trop tranchés. J'en ai vraiment assez des clichés de ce genre. Je préfère qu'on dise: «Une personne amoureuse réagira plutôt comme ça.» C'est plus neutre, plus nuancé.
Dans le même ordre d'idées, l'auteur laisse entendre qu'il vaut mieux être mal accompagné que seul. Dans un livre qui prône les vrais sentiments, l'aide sincère et désintéressée, j'ai trouvé cela déplacé, voire cynique. Le pire est atteint lorsqu'Andrew résume sa pensée ainsi: «(...) c'est pour tous les hommes pareil: on choisit ce qui nous va le mieux dans ce que l'on a les moyens d'attraper. Et après, pour les moins stupides d'entre nous, on apprend à aimer.»

Remarque annexe:
Il n'est pas logique qu'Odile n'ait pas pensé seule à ranger les ustensiles de cuisine les plus utilisés devant les autres.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Résimont. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
J'étais un peu dubitative quant au choix du comédien, car je le connais dans des rôles plutôt sérieux, et j'imaginais difficilement sa voix se prêter à ce genre de romans. Cependant, n'aimant pas les préjugés, j'ai voulu lire cette version audio. Philippe Résimont n'a pas démérité. Comme sa profession l'indique, il passe aisément d'un registre à l'autre. Il ne surjoue jamais, et rend très bien les intentions de l'auteur. Il parvient également à prendre une voix plus aiguë sans que cela soit ridicule pour les femmes. Pourtant, étant donné son timbre de voix, c'était loin d'être gagné. Il me semble que dans «Complètement cramé», il maîtrise mieux cet aspect du jeu que dans certains autres romans.
Je me souviens avoir été déçue (notamment pour «Une place à prendre»), car (sûrement à la demande de l'éditeur) il prononçait les noms anglophones de manière trop accentuée, selon moi. Ici, je trouve sa prononciation parfaite. Il arrive même à prononcer Heather sans en faire trop, ce qui n'est vraiment pas simple. En outre, à un moment, il prend un accent allemand, et je n'ai pas trouvé cela affecté, alors que souvent, les lecteurs en font trop lorsqu'il s'agit de faire un accent. Bravo à Philippe Résimont pour la lecture de ce roman.

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