Métisse blanche

L'ouvrage:
Kim Lefèvre raconte la première partie de sa vie au Vietnam. Sa mère est Tonkinoise, son père est français. Elle ne le connaîtra jamais, car il partit avant sa naissance.

Critique:
Étant bâtarde et métisse, l'auteur apprend vite le racisme sous diverses formes. Il est affligeant de penser qu'on est traité en fonction de sa couleur et de sa condition de femme, et non pour ce qu'on est. La narratrice a des amis désintéressés, certes, mais beaucoup de ceux qui seront attirés par elle, tout comme ceux qui la rejetteront, n'agiront qu'à cause de son métissage. Elle le porte comme une tare. Il est la raison la plus probable pour laquelle son oncle conseillera à sa mère de s'en défaire, même s'il dit que c'est parce qu'elle est impossible à éduquer.
La narratrice sera sans cesse confrontée à ce métissage à cause duquel elle ne saura pas toujours très bien où se placer. Elle cherchera à se fondre dans ses racines vietnamiennes, mais ne le pourra pas totalement.

Kim Lefèvre a écrit ce livre alors qu'elle vivait en France. Son esprit d'adulte instruite analyse lien le comportement de l'enfant, puis de la jeune fille d'alors. Hypersensible, pugnace, elle s'adapte comme elle peut aux situations qu'elle doit vivre sans jamais se résigner.
À travers son histoire, l'auteur nous raconte le Vietnam. C'est surtout sa culture qu'elle expose. Elle explique certaines choses, ce qui permet de mieux comprendre les gens de ce pays coloré, épicé, mystérieux, à l'histoire tumultueuse. C'est encore plus intéressant lorsqu'elle compare cette culture à ce qu'elle découvre au couvent des oiseaux.

J'ai aimé la candeur de l'adolescente qui vit ses premiers émois amoureux. En retrouvant sa première vraie histoire d'amour, l'auteur est parvenue à retranscrire la pureté des sentiments de la jeune fille d'alors. Bien sûr, pureté ne veut pas dire mièvrerie. La jeune fille sait très bien à quoi elle s'expose, mais sa façon de vouloir vivre pleinement cette romance, et de chérir les moments passés avec son «amant» est touchante.

Kim Lefèvre nous livre également un beau portrait de femme: celui de sa mère. Leur amour l'une pour l'autre transparaît à chaque page. La mère n'a pas toujours fait les bons choix, mais elle fut toujours guidée par le désir de préserver sa fille. Elle poussera l'amour et l'abnégation jusqu'à la traiter avec indifférence par nécessité.

«Métisse blanche», c'est un pays dont l'histoire est étroitement mêlée à la vie de l'auteur, des souvenirs qui explorent sentiments et émotions, une écriture juste, par laquelle ambiances et sensations sont parfaitement rendues.

Ce livre est sûrement une réédition, car la deuxième partie, «Retour à la saison des pluies», évoque le retour de l'auteur au Vietnam après trente ans d'absence. En outre, dans cette partie, elle parle de «Métisse blanche».
J'ai moins aimé cette seconde partie. Elle retrace pourtant un pan de la vie de l'auteur avec la même pertinence. La romancière explique qu'une fois en France, malgré l'amour qu'elle ressent pour son pays, elle l'a enfoui au plus profond d'elle-même, afin, sûrement, de pouvoir avancer plus sereinement. Ayant adoré son pays, mais y ayant vécu des choses traumatisantes, elle n'a pu évoluer qu'en l'oubliant au point de mal parler le vietnamien, trente ans après, faute de pratique.

D'autre part, elle évoque avec sensibilité les réminiscences, l'espèce de retour aux sources qu'elle finit par vivre. Son retour fait que, comme tout adulte qui se souvient, elle voudrait marcher sur les pas de son adolescence. Elle souhaite en retrouver la fraîcheur et les émois. Cela lui permet également de revoir sa famille, et elle se rend compte, avec tristesse, qu'un fossé s'est creusé entre sa mère, ses soeurs et elle. Leur amour le comble en partie, mais la différence culturelle n'est pas moindre. Par ailleurs, il y a aussi une énorme différence de train de vie.

J'ai moins aimé «Retour à la saison des pluies», car l'auteur semble moins impliquée que dans «Métisse blanche». Elle raconte cela avec, me semble-t-il, davantage de distance, de retenue, ne s'immergeant pas totalement dans ce qu'elle livre. Ce n'est peut-être qu'une impression. De plus, même si j'ai moins aimé, je pense que cette partie était indispensable à ce témoignage qui m'aurait laissée frustrée si elle n'en avait pas fait partie.

Un beau livre, un parcours initiatique, suivi d'un retour aux sources dans lesquels l'auteur décrit à merveille son histoire et son pays, dans lesquels elle fait peut-être aussi une espèce d'auto-analyse. Un livre passionnant!

Éditeur: Phébus.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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