Auteur : Lee Chang-Rae

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jeudi, 21 juillet 2011

Langue natale, de Chang-Rae Lee.

Langue natale

L'ouvrage:
Henry Park est coréen. Il vit aux États-Unis. Sa femme (Lelia) et lui tentent de reconstruire leur couple après qu'un malheur les a frappé. Henry est une taupe pour une firme de renseignements.

Critique:
Ce roman aborde plusieurs thèmes avec délicatesse et sensibilité. Le titre est très bien choisi. Henry cherche, en quelque sorte, son identité, son appartenance, sa langue. Il travaille à débusquer les dissidents, et pour ce faire, se voit contraint d'espionner des coréens. En outre, il dit plusieurs fois qu'il ne sait plus parler le coréen. Il représente une espèce de transition, d'entre-deux. Il veut s'intégrer, mais finit toujours par détester son travail.

Lelia est comme une promesse. C'est le désir de la reconquérir qui fait avancer Henry, c'est Lelia qui aide les jeunes enfants immigrés à s'approprier une langue nouvelle pour eux, et dont les sons sont parfois totalement différents de ceux qu'ils connaissent. Elle est une passerelle, une espèce de pont entre plusieurs civilisations. C'est grâce à elle qu'on accède à la compréhension. Pour moi, c'est d'ailleurs le personnage le plus sympathique du roman. Elle tente d'avancer de manière plus saine qu'Henry, même si cela signifie le tromper, et lui balancer des vérités difficiles à entendre.

Le père d'Henry est également intéressant. Il fait partie de ceux qui voient les États-Unis comme un pays de Cocagne. Pourtant, il fait un travail pour lequel il est surdiplômé. Il tient une épicerie, alors qu'apparemment, il aurait les capacités de faire autre chose qui l'élèverait davantage à ses propres yeux. Par ailleurs, il se laisse piétiner par certains clients peu scrupuleux, comme la femme qui se permet de croquer une pomme, et de la reposer.

Chang-Rae Lee aborde tout cela de manière très fine, explorant toutes les possibilités, les façons d'être, de faire... Il fait cela très bien.
J'avoue avoir préféré ce qui touchait à la famille d'Henry. Lorsqu'il s'agissait de son travail d'espion, je me suis un peu ennuyée. Pourtant, la faute n'en revient pas à l'auteur. C'est moi qui ai souvent du mal avec ce genre de thèmes.

D'autre part, la structure du livre peut être déroutante. Le narrateur louvoie sans cesse entre son passé et son présent, sans réelle chronologie. Il parle de son mariage, de son enfance, de son travail, à nouveau de son enfance, etc. Cela donne une impression de fouillis, ce qui a contribué à ma gêne. J'ai préféré «les sombres feux du passé» dans lequel les retours en arrière suivent une certaine logique, une chronologie. On y retrouve également le thème de l'homme qui veut s'intégrer à tout prix.
Cependant, cela ne doit pas vous arrêter. Malgré ma difficulté, je recommande «Langue natale» qui est un bon roman qui ne peut laisser personne indifférent.

Éditeur: éditions de l'Olivier.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 2 février 2009

Les sombres feux du passé, de Chang-Rae Lee.

Les sombres feux du passé

L'ouvrage:
Franklin Hata a quitté son Japon natal, et vit depuis trente ans à Bedley Run, petite ville de l'état de New York. C'est un homme respectable qui s'inquiète toujours pour les autres, et est toujours le plus aimable et le plus poli possible. Jusqu'au jour où commence le récit, Franklin tenait un magasin de matériel médical. De ce fait, on l'appelle docteur. Il a vendu son commerce, et est maintenant à la retraite.

Un jour, par négligence, il met le feu à sa maison. Il en réchappe, ainsi que son habitation. Cet incendie semble être le déclencheur de quelque chose, et Franklin commence une longue introspection.
Pourquoi sa fille, Sunny, et lui n'ont-ils pas su se comprendre? Ses questions le ramènent encore plus loin dans son passé.

Critique:
La première qualité de ce livre est son réalisme, sa vraisemblance. Nous comprenons sans peine ce qui a poussé les personnages à faire ce qu'ils ont fait, à devenir ce qu'ils sont devenus. Ces personnages ont des côtés attachants, et d'autres déplaisants. C'est justement ce qui fait leur vraisemblance. Les problèmes avec lesquels ils se débattent peuvent paraître ordinaires: c'est justement ce qui fait leur réalisme. Certains personnages, comme Sunny, gardent une part de mystère. Cela joue aussi en la faveur de l'auteur. On ne peut prétendre connaître entièrement une personne réelle. Ici, c'est ce que je ressens à l'égard de Sunny.

Le feu semble être un thème récurrent. Un incendie déclenche l'introspection de Franklin, Sunny adorait faire du feu, le soir, et s'allonger devant... Je suis sûre qu'il y a d'autres allusions plus subtiles, mais je ne les ai pas vues à la première lecture.

Le ton général du roman est grave. Certains moments sont désespérés. Cependant, le roman n'est jamais larmoyant. Il y a souvent des traits d'humour qui sont une pause réconfortante pour le lecteur. Et cela aussi ressemble à la vraie vie: ses bons moments, ses instants plus graves, ses passages difficiles... Certains personnages sont comme des représentations du sourire: Liv et Rainy. On est d'autant plus surpris de ce qui arrive à Rainy.

Le drame de la jeunesse de Franklin le marquera à jamais, et restera une profonde blessure qu'il enfouira en lui, mais qui, imperceptiblement, le guidera dans certains de ses choix, et fera qu'il passera trente ans à essayer de se faire pardonner, accepter, adopter, aimer... Ce récit est un moment fort du roman. Étant donné que l'auteur entremêle le passé de Franklin et son présent, le lecteur découvre le personnage par petites touches, et est toujours tenu en haleine. Cette façon de construire un roman est bien plus intéressante, à mon avis, que le classique: "Machin, arrivé à un certain âge, se repencha sur son passé.", et on voit toute la vie de Machin se dérouler. Dans ce cas, ce n'est pas la peine de commencer par "Machin a soixante-dix ans, et se repenche sur son passé" pour ne pas raconter son présent.

Comme je lis beaucoup, plus je lis, plus il est difficile de m'impressionner. Eh bien, ce livre est un de mes coups de coeur. Je vous le recommande absolument! Il est bien écrit, et les événements et les personnages qu'il décrit sont de ceux qui méritent qu'on s'y attarde.
J'ai la sensation de n'avoir rien dit de la beauté, de la profondeur, de la justesse de ce livre. Cela vient de ma peur d'en dire trop. J'espère en avoir tout de même dit assez pour vous donner envie.

Éditeur: éditions de l'Olivier.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Martine Moinat a magistralement interprété cet ouvrage. En général, je préfère que le lecteur d'un livre soit du même sexe que le narrateur si le livre est écrit à la première personne du singulier. Ici, le fait que la lectrice soit une femme ne m'a aucunement dérangée. Preuve est donc faite du talent de cette lectrice bénévole.

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